La science et l’anarchisme

samedi 28 mai 2011
par  Rouget (Léon)

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L’espèce humaine a commencé à se différencier des espèces animales à une époque très lointaine, dont nous n’avons pas d’idée exacte, faute de documents préhistoriques à ce sujet.

Comment s’est produite cette différenciation ? L’hypothèse suivante, pour qui a étudié la zoologie, ne semble pas déraisonnable :

On remarque en effet en zoologie que chaque espèce animale, a, selon ses besoins d’existence, un organe mieux développé que les autres. Exemple : les oiseaux de proie qui ont besoin de planer très haut et de voir très loin, ont des yeux perçants et fascinateurs ; l’abeille, qui butine des milliers de fleurs, a des yeux à milliers de facettes pour apercevoir mieux ces innombrables fleurs ; le lion, l’ours, tous les carnivores ont des ongles et des dents pointus pour déchirer plus facilement leurs victimes.

Le besoin crée l’organe, et l’espèce humaine actuelle — qui au moment de sa différenciation, était une des plus mal douées, n’ayant ni la force, ni l’agilité, ni la vue perçante — a dû, pour conserver sa vie et son logis. S’améliorer un organe moins visible, mais le plus utile de tous : le cerveau.

Il lui fallut « trouver des combines » pour dépister ses ennemis qui en voulaient à sa chair, et ainsi se perfectionna, se développa merveilleusement la matière moelleuse qui compose aujourd’hui notre cerveau.

Et de génération en génération, l’instinct animal du début s’affina de plus en plus par le besoin et aboutit à l’organisme de compréhension, de raison et d’invention, qu’est aujourd’hui le cerveau humain.

Par instinct, comme tous les autres animaux, l’espèce humaine distinguait le jour de la nuit, le soleil et le beau temps, de la pluie. Comme les autres espèces, elle fuyait devant l’orage.

Devenue un peu supérieure par suite de l’amélioration de l’organe cérébral, elle remarqua mieux ces différences.

Le jour la rassurait, elle distinguait d’où pouvait venir le danger et le dépistait. Et puis le jour lui apportait la possibilité de voir, de travailler, de se distraire.

La nuit l’épouvantait. Ne rien voir et tout à craindre !

De là à faire du « jour » une force supérieure à l’espèce humaine, puisqu’on ne pouvait ni le retarder, ni l’avancer, mais une force bienfaisante, amie qu’on devait remercier, intercéder, prier, il n’y avait qu’un pas !

Et faire de la nuit une force supérieure à l’espèce humaine pour le même motif, mais une force malfaisante, mauvaise, une ennemie qu’il fallait détester et fuir, n’était pas plus difficile !

Le bien et le mal étaient nés !

Furent rangés comme amis : le soleil, cette grosse masse brillante qui répandait sur la terre sa chaleur et sa lumière ; la pluie, fée bienfaisante sans laquelle l’herbe se serait desséchée et les arbres n’auraient pas porté de fruits.

Furent considérés comme ennemis : le rayon de feu qui fendait le ciel en zigzag, et le grondement sinistre qui se faisait entendre presqu’aussitôt après.

Une foule d’autres phénomènes furent classés ainsi, et alors il y eut deux grandes subdivisions de forces puissantes qui se combattaient toujours.

Il fallait tâcher de se concilier les bonnes et de se débarrasser des mauvaises.

Les bonnes forces furent douées par l’imagination enfantine des hommes d’un pouvoir plus fort que les forces mauvaises.

Ils pensaient qu’il suffisait de ne pas les fâcher pour qu’elles les comblent de leur faveur, et qu’elles empêchent les mauvaises de déchaîner leurs méfaits.

Lorsque ces dernières triomphaient, les hommes de l’époque pensaient que c’était pour les punir d’avoir offensé les forces amies, les bonnes forces.

Pendant des milliers d’années, les hommes, tout en se perfectionnant à chaque génération, en évoluant, durent penser ainsi.

Qui pouvait leur faire douter ? Ils n’avaient aucun moyen de contrôle, ni de recherche.

Par suite de leur vie en société, une hiérarchie s’était formée, les plus malins faisaient travailler les autres pour eux.

Quelques-uns, par leur patiente observation, dérobèrent quelques secrets à la nature, mais loin de les divulguer, ils les gardèrent précieusement pour eux et leurs familles et s’en servirent comme d’une arme redoutable pour asservir les autres.

Ce furent les prophètes, les sorciers, ils se liguèrent avec les forts et établirent leur pouvoir, leur exploitation sur tous les autres.

Ceux-ci se soumirent, craignant les châtiments.

L’autorité prenait corps !

Mais cette autorité, contre nature, qui dure depuis ce moment ne devait pas tarder à s’exercer sur certaines individualités rebelles, et la révolte naissait aussi.

Petit à petit, les explications, les dogmes enseignés par les prophètes, à qui les bonnes forces, les dieux, — comme on les appela ensuite — avaient enseigné les vérités éternelles furent mis en doute, la science allait naître.

Elle était déjà née dans une certaine mesure, puisque les hommes, en poursuivant leur évolution, avaient déjà arraché à la nature quelques secrets : les outils de pierre et le feu.

Avec le feu, ils allaient apprendre à travailler les minerais, en extraire les métaux.

Après l’âge de la pierre taillée, l’âge de feu, l’âge de bronze. Et puis, d’autres découvertes suivirent : le tissage, la fabrication du verre

On fit des lentilles, on les dressa vers le ciel, et les grossières explications du monde, avec les cieux et les enfers, apparurent mensongères.

Le monde aujourd’hui est de la matière en mouvement. Tous les corps que l’analyse spectrale différencie ne sont que les mêmes atomes animés de vitesses différentes.

L’autorité établie au moment de l’essai de différenciation de l’espèce humaine maintient la science sous sa puissance et la fait servir à ses seuls intérêts. Elle s’empare de ses découvertes et s’en sert pour se maintenir au pouvoir.

Cette même autorité persécute les anarchistes

Mais les temps sont proches où cette autorité va disparaître.

Alors, la Science libérera les hommes de leurs chaînes matérielles et l’Anarchisme les libérera de leurs chaînes politiques, militaires, religieuses, économiques et sociales.

(À suivre.)

Léon Rouget.

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