Ce qui se passe

Au palais
samedi 11 décembre 2010
par  Raymond (Maurice)

Le conseiller Bouchardon. — Une face de pleutre, à moustaches épaisses, un regard froid, visqueux ; la parole lente et cérémonieusement bête, telle est la première impression que donne l’ex-juge d’instruction Bouchardon.

Il a de nombreuses campagnes « judiciaires » à son actif. Il y a une vingtaine d’années, c’était une de ces innombrables médiocrités du Parquet de X… et de celui de Paris.

La guerre le fit capitaine… de quoi ? Mystère ! D’une section de potences ; ou d’une douzaine de pelotons d’exécution ? Jamais on ne l’a su !

Capitaine-instructeur… après, pourvoyeur infatigable des fossés de Vincennes, il eut son heure de célébrité. Valet des basses-œuvres de la bourgeoisie capitaliste-militariste, et exécuteur soumis des ordres du sieur Clemenceau, au même titre qu’Ignace, Mornet, Abert, Priolet, etc…

Et cela à l’abri du danger : il a été de l’immense foule de ceux qui n’ont rien perdu, mais tout gagné à la mort des autres. Corbeau ou hyène ? Il ne pourrait pas le dire lui-même.

Seulement il y a le positif : une grasse sinécure, des fétiches de toutes couleurs, une espérance, un siège au Sénat et ensuite l’apothéose de la rue des Martyrs… et tout sera parfait !!!

L’Illustre « Lemercier ». — Ce n’est pas le premier des « juges », mais c’est bien le premier des « drôles » ». Il est « drôle » par tempérament. Lorsqu’on voit sa figure maigre et barbue, quand on aperçoit sa somnolence maladive, inhérente au métier, on comprend la répugnance des « justiciables » à avoir affaire à lui.

Dans le monde des loups, l’ours doit paraître un personnage bien tyrannique, c’est sans doute l’impression que fait 1’« honorable président » sur la foule des paperassiers du Palais.

Il a acquis une partie de sa célébrité dans les « affaires » anarchistes ! Les libertaires ne lui ont pas ménagé leurs bonnes paroles — paroles qui ont le don de le mettre dans des colères froides.

Il remplace Bulot, de graisseuse mémoire et s’efforce d’être à sa hauteur.

Y arrive-t-il ? Dans le méprisable, il n’est pas besoin de faire de grands efforts et, dans l’occurrence, on peut dire qu’il est au-dessus de sa tâche.

M. Raymond.
EXPLICATION

Un lecteur de La Revue Anarchiste m’a fait tenir le mot suivant : Quoique n’étant guère partisan du régime judiciaire actuel, j’estime cependant que vous outrancez un peu le tableau. S’il peut y avoir de bien mauvais juges, il y en a aussi de bons. Je ne citerai, pour mémoire que le président Magnaud, appelé de son temps le « bon juge »… »

Je réponds à ceci : il a toujours été dans mon intention la plus formelle, en faisant ressortir du bourbier judiciaire certaines faces hideuses, de clouer au pilori la « justice bourgeoise » tout entière !

J’ai voulu aussi faire connaître qu’en sus de sa malfaisance journalière ladite « justice » donne fatalement naissance à des monstres de bassesse et de corruption.

Ce que l’on peut déduire de l’affirmation de mon contradicteur, c’est que toute la « magistrature » est mauvaise, puisqu’un seul « juge », faisant tache dans la généralité des « Brid’oison » modernes, mérita — ô douce ironie — le surnom de « bon » !!