Vers une fédération unitaire des travailleurs du monde

samedi 11 décembre 2010
par  Colomer (André)

Afin de bien comprendre l’importance du mouvement syndicaliste que la C.G.T.U. représente en France et de discerner la nature et la puissance de l’action mondiale d’émancipation qui doit résulter de la nouvelle organisation des travailleurs, il suffit d’observer autour de nous les manœuvres désespérées des vieilles centrales syndicales (en commençant par la C.G.T. de la rue Lafayette) et les évolutions acrobatiques des parties communistes et socialistes.

De tous les côtés nous assistons aux affres et aux contorsions grotesques d’une agonie sans courage.

C’est M. Jouhaux dont les effectifs fondent et que les ministres de la République ne prennent même plus au sérieux. C’est M. Dumoulin posant sa candidature comme conseiller technique du gouvernement français et subissant l’affront d’un recalage. La C.G.T. officielle a trop mauvaise mine. Ses parrains Poincaré et Millerand n’osent la mener dans le monde. Ils en ont honte comme d’une fille trop maigre, trop jaune. Jouhaux et Dumoulin ne peuvent plus se livrer à leurs petits exercices de chantage. Ils ont trop usé du Prolétariat… ça ne prend, pas plus sur les Bourgeois et leurs ministres que sur les prolétaires. Finita la commedia. Il va falloir déchanter.

En Allemagne, la section nationale d’Amsterdam, riche de cotisants mais pauvre de militants, s’est faite l’auxiliaire la plus précieuse du gouvernement d’Ebert et de Rathenau. Les syndicats qui en dépendent ont pour but essentiel de comprimer tout mouvement révolutionnaire de classe et de faire servir la force prolétarienne aux intérêts généraux de la nation allemande. Nous en avons eu un exemple lors de la dernière grève générale des chemins de fer.

En Angleterre, le Trade-Unionisme a châtré le syndicalisme. Les ouvriers, selon ses méthodes, prennent leur parti du régime d’exploitation et se contente de bénéficier des garanties provisoires que leur concèdent Patronat et État, sous forme d’un illusoire contrôle et d’un sort matériel plus largement assuré, sans souci des milliers et des milliers de sans-travail qui peuplent les bas-quartiers de leurs misères sordides.

Voilà, pour l’Internationale d’Amsterdam, le bilan du mouvement ouvrier. Triste tableau de servitude et d’égoïsme mesquin !

Quant à l’Internationale « syndicale rouge », celle de Moscou, il n’est pas besoin de faire le tour du monde pour en connaître l’activité. Elle se réduit aux seuls syndicats de Russie. Et nous savons la vie servile de ces organisations. Sous la dépendance absolue du parti communiste, c’est-à-dire de l’État russe, les syndicats n’ont aucune liberté d’opinion, aucune liberté de revendication, aucune possibilité d’action. Le droit de grève leur est refusé. Les délégués d’usines et d’ateliers sont désignés par un comité sous la haute tutelle des autorités bolchevistes et soumis à l’approbation… obligatoire des ouvriers.

Par la confusion de l’État et du prolétariat, on annihile l’activité émancipatrice des travailleurs.

Ainsi, dans les deux Internationales « syndicales » nous constatons le même reniement des principes du syndicalisme, la même abdication de la force ouvrière et de la liberté du travailleur entre les mains du Pouvoir, la même capitulation du producteur devant le fonctionnaire, représentant de la raison d’État.

Quant aux partis politiques, leur jeu est trop grossier pour que nous nous attardions à en analyser les péripéties. Ils peuvent d’ailleurs tout se permettre, puisqu’ils échappent tous également au contrôle direct de la classe ouvrière. Par leur recrutement et par leurs fins, ils sont plutôt destinés à faire exercer sur la classe ouvrière le contrôle de leurs comités directeurs.

Plus un parti est social, socialiste ou communiste, plus il se permet de surveiller de près le monde des exploités, de le guider, de le commander.

Que l’Internationale politique soit IIe, IIe et demie ou IIIe, c’est toujours à la Dictature sur le prolétariat qu’elle aspire. Aussi les Cachin, les Vandervelde, les Longuet, les Krassine, les Blum et les Souvarine, peuvent-ils se séparer, puis se rejoindre, s’injurier et s’embrasser, ça ne signifie jamais qu’une même ambition de dominer, dont les travailleurs n’ont rien à espérer, que la continuation de leur misère et de leur esclavage.

D’ailleurs, les faits historiques viennent illustrer aux yeux du peuple la vanité des partis. Lénine signant un traité d’alliance avec Rathenau qui vient de livrer, par l’intermédiaire de Poincaré, au gouvernement d’Espagne nos camarades syndicalistes Joachina Conception et Nicolau Fort… Voilà de quoi dégoûter les prolétaires de la « dictature du prolétariat » !

À tant de lâcheté, de capitulations, de diplomatie, qu’oppose notre C.G.T.U.? La seule force de sa pureté prolétarienne. Elle groupe les producteurs sur le terrain de la production ; elle leur montre la lutte de classes comme un fait ; elle leur désigne les causes du mal social : l’exploitation capitaliste et l’autorité gouvernementale. Elle combat tout ce qui se superpose à l’activité des travailleurs : patronat et État. Elle appelle tous les exploités au sein de leur organisation de classe, afin de préparer la révolution qui ne sera émancipatrice que par l’œuvre même des travailleurs. Elle se prépare à la gestion des biens issus de l’activité de ses adhérents. Elle tue en elle le fonctionnarisme et le centralisme générateurs d’Autorité. Elle anime les régions. Elle donne plus de vie aux localités, plus de puissance et d’initiative à l’individu.

Enfin songeant a une Internationale des travailleurs, elle ne cherche de liens par le globe que ceux de la solidarité dans la production et dans l’émancipation humaine. Elle dédaigne le centre politico syndical d’Amsterdam lié avec la Démocratie bourgeoise ; elle s’écarte du centre politico syndical de Moscou lié avec la Dictature bolcheviste. Elle fait appel aux travailleurs, partout où ils s’associent entre eux, pour former la seule Internationale qu’elle connaisse : celle des exploités de tous pays, sans-patrie et sans lois, avides de jouir librement des biens communs d’une terre dont ils sont les seuls ouvriers.

D’Espagne, d’Italie, d’Amérique, déjà des voix puissantes s’élèvent pour se joindre à celle de la C.G.T.U. Voix pures, voix annonciatrices d’un demain qui nous accordera, dans la déroute définitive de tous les corbeaux de politique, la Fédération unitaire des travailleurs du Monde.

André Colomer.