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La Lanterne Noire n°4 (décembre 1975)
Courrier
Article mis en ligne le 9 avril 2007

par Lepeintre (P.)
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(…) Pour en venir au numéro 2, je l’ai trouvé passionnant, bien que mes divergences avec vous soient profondes. Quoi qu’il en soit, vos vues obligent le lecteur à remettre en question, et approfondir d’une façon critique ses options théoriques.

Par exemple, je suis le premier à admettre que le phénomène fasciste n’est pas seulement dû à des problèmes économiques, mais qu’entrent en action des problèmes affectifs, comme l’a clairement prouvé à de multiples reprises Wilhelm Reich dans La psychologie de masse du fascisme ou dans L’homme et l’État.

Mais l’erreur dans la critique de LEPEINTRE à propos des Cahiers du Futur, est de confondre les faits subjectifs et les faits objectifs : si des militants sociaux-démocrates ou communistes allemands ont rejoint, à cause de facteurs irrationnels (chauvinisme, peste émotionnelle, racisme, corporatisme), les S.A., c’est oublier qu’il n’a jamais été question pour Hitler ou Himmler de faire une révolution sociale, même chauvino-populiste, comme a pu le faire Peron, par exemple : ils se sont simplement servis des aspirations de justice sociale des masses allemandes afin de les canaliser, et investir la potentialité révolutionnaire des masses dans une politique agressive, raciste, donnant ainsi aux masses une illusion de mouvement.

Aujourd’hui, cette ambiguïté du fascisme n’est plus possible, le verbiage socialisant des fascismes n’a plus cours, il a fait place à sa véritable image, la portique barbare des couches sociales en prise à une peur panique devant la montée des forces révolutionnaires partout dans le monde. Pinochet, Franco, l’A.A.A. ne s’embarrassent plus de faire « social », ils répriment, tuent, torturent, envoient les forces répressives dans les usines, dans les champs, afin d’imposer leur dictature — il est d’ailleurs significatif que l’A.A.A., d’abord « Alliance Anti-impérialiste d’Argentine », soit devenue « Alliance Anticommuniste d’Argentine », fourguant au vestiaire la phraséologie nationalo-chauvine, afin de se montrer telle qu’elle est en vérité, une force répressive, anti-révolutionnaire…

Quoi qu’il en soit, tout ce qui est dit est vrai pour la période allant de 1920 à 1945. Bien sûr, on pourrait parler de Peron, de l’Argentine d’aujourd’hui où des gens de droite comme des gens de « gauche » (Montoneros) se réclament de Peron : cela est dû au simple fait que Peron est le seul dictateur fasciste ayant pris au sérieux, sous l’influence d’Evita Peron, la phraséologie sociale-chauvine du fascisme. C’est en quoi le phénomène péroniste est intéressant, et que les événements en cours en Argentine sont passionnants ; bien que je considère les « Montoneros » non pas comme des sociaux-fascistes, mais comme des gauchistes un peu particuliers, légèrement apparentés aux trotskystes, mais surtout au guévarisme…

P. Z., Argentat (19).

réponse (sur l’irrationnel et la barbarie)

un parti moderne autour d’une idéologie cohérente

« Jamais tant qu’aujourd’hui, les données scientifiques les plus récentes, tant dans les domaines de la chimie, de la biologie, de la psychologie, de la médecine ou de l’urbanisme — pour ne citer que ceux-là — n’ont démontré l’importance, dans le processus de formation de la vie des notions d’ordre, de sélection, de hiérarchie. De ces notions que, précisément, nous revendiquons comme bases de notre société. »

(Présentation de Propositions pour une Nation nouvelle, manifeste du Parti des Forces Nouvelles, dans Initiative Nationale — « mensuel des Forces Nouvelles » — N° 5, juillet-août 75.)

Un ouvrage aussi « sérieux que l’Encyclopaedia Universalis peut réduire la discussion de l’œuvre littéraire et politique d’un Drieu La Rochelle à une question d’impuissance sexuelle. Le concept d’hystérie de masse, merveilleuse alliance du non-homme et du non-individu, escamote de même la réalité sociale d’un mouvement. Contre la peste (brune), contre le cancer (rouge), contre la gangrène et la pourriture (démocratiques). une prophylaxie s’impose. Et c’est ainsi que les démocraties ont pu mettre à leur actif ces magnifiques triomphes du génie humain que furent Dresde, Hambourg, Hiroshima et Nagasaki…

Je suis bien d’accord peur établir la distinction entre le discours du fascisme et sa nature véritable — encore faut-il voir qu’il n’en va pas autrement du stalinisme (ou de la démocratie républicaine) — dont la psychologie de masse n’a pas à être faite, puisque ces pestes-là (la rouge et la tricolore) nous viennent de l’apothéose de la Raison, l’Être Suprême de Robespierre, inspirateur de Lénine. Divinité humaine bien assoiffée de sang, et ennemie de toute humanité, qui a cautionné toutes les Terreurs. De nos jours, c’est bien au nom du Socialisme Scientifique que les contestataires sont soignés dans les asiles psychiatriques de la Patrie du Socialisme ; et faut-il rappeler les expériences neurologiques envisagées contre les « fous » de la R.A.F. ?

Il ne s’agit pas de faire l’apologie de la folie, qui n’a pas plus — mais pas moins — de sens que celle du crime. Mais il faudrait bien se demander où s’arrête (et surtout, où commence) la raison du plus fort…

Quant au point central de cette lettre, à savoir la faillite du fascisme en tant qu’idéal (contre-) révolutionnaire de masse, le problème est vaste, et se pose d’ailleurs pour les autres idéologies (et rappelons que Pinochet n’est pas plus fasciste que Boumedienne n’est léniniste, ou Indira Gandhi démocrate). Nous y reviendrons…

P. L.


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