Grogne de la police ou malaise de la société ?

lundi 13 septembre 2010

C’est avec un étonnement amusé que les militants ouvriers ont suivi le conflit des policiers en uniforme avec leur ministre. On connaît les faits, ils ont été relatés abondamment par la grande presse, et plutôt que l’aspect anecdotique — et burlesque — de l’affaire, intéressons-nous aux causes et aux conséquences de cet affrontement.

Quelle a d’abord été la réaction des forces de « l’opposition » ? On pourrait la résumer par « avec nous au gouvernement, on rasera le policier gratis… », agrémentée de quelques nuances. Cet âge d’or du pandore et de ses collatéraux, ce sourire garanti de la ménagère au monsieur en uniforme qui protège les petits enfants traversant les rues à la sortie de l’école, ce jeune au regard sans haine — voire sans mépris —, cette matraque autoguidée qui évitera les crânes des badauds pour ne choisir que ceux des hypocrites meneurs, enfin ce retour du corps de la police au sein de la communauté nationale avec les félicitations du jury — et une petite promotion — c’est ce que nos grands hommes des forces de l’opposition constructive promettent à ces Français en uniforme responsables de l’ordre et de la loi, égarés par un gouvernement et un ministre de l’Intérieur sans honneur !

Voilà qui ne doit pas nous surprendre ! Un certain nombre d’expériences historiques sont là pour nous prouver à l’envi que la mauvaise police c’est toujours celle de l’autre… ici on peut mettre un nom commun quelconque, tel que gouvernement, régime, système, pays, parti, etc. Rappelons-nous la promesse du gouvernement de « Front popu » d’ouvrir les archives de la police et de désigner à la vindicte ouvrière indic et autres infiltrés dans les organisations syndicales et politiques. C’était juré. Tu parles ! On y a cru pourtant…

Chaque militant de chaque syndicat sait qu’avec lui et ses camarades milite dans la même confédération un personnage bivalent et paradoxal : le flic syndicaliste ; mi-chair mi-poisson, pris entre la discipline de son corps et sa volonté de se lier avec les autres salariés, voilà quelqu’un qui se prépare une vie difficile et pleine de remords ; remords parce que généralement la discipline l’emporte, mais pas toujours et, en ce cas, ce sont les difficultés qui commencent…

Un camarade de la C.F.D.T. vécut une nuit de collage l’expérience la moins banale de sa vie de militant : découvrant brusquement deux képis derrière lui, trop près, et déjà se résignant, il entendit : « Débine-toi, le car va passer ! » Vous voyez bien qu’ils existent !

Mais quant à défendre le corps constitué représenté par les diverses polices — visibles et invisibles ! Un camarade de travail, quelque peu troublé dans sa lecture quotidienne de « l’Huma », lecture sans doute trop sommaire et dépourvue de l’œil dialectique, s’énervait fort l’autre jour : « La C.G.T. qui défend les flics, on aura tout vu ! »

Un optimisme exagéré — qui serait vraiment de mauvais aloi —pourrait faire croire à quelque copain que chez les policiers sans grade, les obscurs, recrutés parmi les couches populaires naît un embryon d’esprit de classe ; allons, ne rêvons pas. On voudrait un peu plus de sous, et puis être des agents actifs du « maintien de l’ordre » suppose des besognes désagréables, et on se sent mal aimés !

Et comme nous sommes sur le terrain de la lutte des classes, de quelle classe, de quel ordre sont-ils objectivement les défenseurs ?

Cette mini-révolte de la police ne doit pas nous faire tirer des plans sur la comète ; mais elle est un symptôme, un signe, une indication sur le processus de désagrégation de la société capitaliste actuelle. Les pouvoirs publics vont réprimer la grogne de la police, laquelle, qui se pensait la petite préférée, ne sera pas contente. Un État aux forces de police démoralisées est plus vulnérable.

Comme disent les Anglais : « Attends et regarde ».

L’Alliance syndicaliste.