Nocturne

mardi 27 juillet 2010
par  Jacques (Henri)

Nuit froide et molle, sans vertèbres.
Serrant son carcan noir au cou,
Me voici, je ne sais plus où,
Emprisonné dans les ténèbres.
 
Les corridors du fond du puits
M’entourent de cloisons opaques,
Je tâtonne le sol, par plaque,
Mes mains sont des yeux dans la nuit.
 
Comme une bête aux dents d’un piège,
Se révulse ma volonté
De n’être dans l’obscurité
Qu’un peu plus d’ombre qui s’agrège.
 
Je me sens coulé dans le bloc
D’une onde insaisissable et dure,
Qui, par d’invisibles fissures,
Glisse en moi, sans bruit et sans choc.
 
La conscience ramassée,
Pour s’abolir d’être aux abois,
Flotte comme un morceau de bois
Sûr l’eau pesante, sans pensée.
 
Elle écoute un silence noir,
Fait de mille ombres chuchotantes :
Les fluides humains en attente
Qui se cherchent par les couloirs.
 
Un peu plus elle d’être nue,
Elle ose scruter son destin,
Et par delà les mots déteints
Sent des vérités inconnues.
 
Et j’entends, du profond en-bas
Se dégorger sa voix funèbre :
Que fais-tu dans cette ténèbre ?
Et mon cœur dit : je ne sais pas.

Henry-Jacques
(La symphonie héroïque, Scherzo).