À travers le monde

Allemagne
mardi 27 juillet 2010

Journaux allemands : Il serait important, à l’heure actuelle, que nous entretenions un contact actif avec les anarchistes d’outre-Rhin. Voici quelques indications pour ceux de nos amis qui lisent l’allemand.

Nous recevons Der Freie Arbeiter et Der Syndikalist. Nous parlerons ultérieurement de celui-ci. Der Freie Arbeiter (Le Travailleur Libre, 12 marks par an, Berlin 0.17. Bödikerstrasse 30), paraît depuis longtemps ; il en est à sa 12e année. Mensuel au début de 1919, il donne maintenant 2 numéros de 4 pages par mois. Au-dessous du titre, deux mains brisent un fusil ; puis le motto : Savoir et Vouloir ; enfin l’indication, organe de la Fédération des anarchistes d’Allemagne.

Nous croyons. bon. de donner ici un résumé de la déclaration de principe parue dans le n° 13.

L’organisation. actuelle de la Société repose sur la propriété individuelle et sur l’État. Le but du propriétaire terrien n’est pas de satisfaire aux besoins de ses semblables, mais de gagner de l’argent. Le commerce repose sur le même principe. Et chaque progrès technique avantage le capital. Sur le terrain international, la concurrence des capitalistes est la cause permanente de conflits. La protection de la propriété et la division des populations en « classes » expliquent l’existence de l’État. La forme de l’État, République ou Despotisme, n’a aucune importance. La centralisation à outrance est l’œuvre de l’État et de l’Église. Toute initiative est contraire au principe de l’État, aussi s’oppose-t-il à tout progrès.

Et textuellement : « Les communistes-anarchistes sont adversaires de tout monopole ; ils désirent la mise en commun du sol, des instruments de travail, des matières premières et de toutes les richesses sociales, et la réorganisation de toute la société, sur la base du Communisme libre. Partant du fait qu’en fin de compte le socialisme est une question de culture et ne peut venir que d’en bas par l’activité créatrice du peuple, les communistes-anarchistes rejettent tout étatisme ; elle ne pourrait amener que la pire forme d’exploitation, le capitalisme d’État, et jamais le socialisme ».

Ce ne sont pas les décrets et les ordonnances qui amèneront à une organisation, mais l’initiative des individus et des groupes travaillant dans l’intérêt de l’ensemble. Le but du communisme-anarchisme n’est pas la division du travail, mais la synthèse des productions agricoles, industrielles et intellectuelles. Ils repoussent la centralisation et lui opposent le système fédératif. Ils ne veulent pas conquérir le pouvoir central, mais le détruire. Ils sont ennemis du Parlementarisme et des églises. Ils veulent un système d’éducation qui s’appuie sur la nature, et tendent à développer le sentiment de la responsabilité. Ils proclament l’égalité des sexes. Ils s’élèvent contre les frontières et en faveur de la liberté des peuples. « Ils rejettent radicalement toute tendance vers une soi-disant unité nationale derrière laquelle ne se cache que la domination des classes dirigeantes ». Ils se tiennent sur le terrain de l’action directe.

Cette déclaration n’est point celle que je concerte, mais elle a sur celle-ci : elle existe et peut servir de base à une discussion. Ce qui me frappe, c’est ce qu’elle tait plutôt que ce qu’elle dit. Elle est sans aucun rapport avec les données particulières du temps présent. Elle ignore totalement les évolutions actuelles. Pas la moindre allusion à la secousse formidable que vient de subir l’humanité, ni aux espoirs que suscite sa terminaison, ni à la révolte russe. Elle peut aussi bien avoir été écrite il y a nombre d’années, ce qui excepterait l’absence totale du mot « militarisme », de ce document.

Et puis, je trouve un autre défaut à cette déclaration ; c’est qu’elle soit uniquement une déclaration de principes, de principes sous forme de logique touchante. Or, le problème qui se pose aux hommes, aux révolutionnaires, ne se résoudra pas — même provisoirement — par la Raison pure. Il ne faut pas oublier les sentiments, les affinités, les passion, en un mot, la nature même de l’homme.

P.R.