Les briseurs d’image

samedi 17 juillet 2010
par  Percheron (Auguste)

Les chemins que nous sont montrés
Des compagnons, âmes ardentes,
Sont pour nous lignes ascendantes
Où nous nous sentons attirés.
Tout : statues, emblèmes, mirages,
Est tombé sous leurs lourds bâtons ;
Fiers comme eux, nous les imitons :
Nous sommes des briseurs d’images !
 
Les dieux ont croulé devant nous ;
Les rois qui sont de même essence
Ne trouvent plus qui les encense
Et veuille plier les genoux.
Vous, rois, vous, prophètes, vous mages,
Vous soutenez une entité ;
Nous, nous voulons la liberté :
Nous sommes des briseurs d’images !
 
Autorité, lois et pouvoirs,
Dont nous portons les lourdes chaînes
Craignez pour les luttes prochaines :
Vous serez brisés sans espoir.
Vous nous venez des anciens âges
Et continuez leurs exploits
Quand nous ne voulons plus de lois…
Nous sommes des briseurs d’images !
 
Patrie et Famille ! Des mots
Qu’ont inventés les égoïstes.
Que nous ont dorés les sophistes
Et dont se sont épris les sots.
Nous leur laissons les avantages
D’une double maternité ;
Nous, nous aimons l’Humanité :
Nous sommes des briseurs d’images.
 
Le premier voleur qui l’osa
A dit : C’est à moi cette terre !
Sous cette forme autoritaire
Jusques à nous on en usa,
Comme si terre, ondes et plages
N’appartenaient pas à chacun ;
Nous ne les voulons pour aucun :
Nous sommes des briseurs d’images !
 
Quand, sous un pénible labeur,
L’individu courbe l’échine
Et que doucement s’achemine
Vers la fortune, l’exploiteur,
La honte couvre nos visages,
Non pour le maître et l’enrichi,
Mais pour l’ouvrier avachi :
Nous sommes des briseurs d’images !
 
Nous méprisons tous préjugés,
Nous vivons libres dans un monde
Où partout le vil et l’immonde
Jusqu’au pinacle sont juchés ;
Dans les innombrables rouages
Où languit la société
Nous recherchons la vérité :
Nous sommes des briseurs d’images !

Auguste Percheron