Éros dans le IIIe reich

vendredi 16 juillet 2010
par  Relgis (Eugène)

Chapitre I


Les témoignages d’un général allemand retraité au sujet des anormaux sexuels. ― Les pratiques homosexuelles. ― Leur influence dans la vie sociale, dans la politique intérieure et extérieure de l’Allemagne. ― L’entourage de Guillaume II. ― Le comte von Eulenburg et von Holstein, l’Éminence Grise. — La prostitution masculine ― Le chantage autour de l’article 175. ― La diplomatie et les secrets de l’État. ― La consanguinité dans les sphères monarchiques.


« L’historien qui désire étudier les erreurs et les errements de la politique intérieure et extérieure allemande de l’époque qui précéda la guerre (1914-1918) ne peut pas être indifférent aux problèmes moraux. »

C’est ainsi que débute un « chapitre pénible » du livre « Mein Damaskus » (édit. Fackelreiter, Hamburg, 1929) qui renferme les mémoires et les témoignages d’un ancien général « de dragons », Dr h. c. Paul Freihert. von Schoenaich. Après avoir quitté l’armée, il est devenu à la fin de la guerre l’un des chefs du pacifisme actif et président de la « Deutsche Friedensgesellschaft » qui réunissait des centaines de groupes et associations qui ont exprimé, dans la mesure du possible, l’esprit de « l’autre Allemagne », finalement étranglée par la tyrannie nazie.

L’auteur ajoute que les problèmes moraux qui ont été couverts du manteau du silence se rapportent particulièrement aux pratiques homosexuelles, qui eurent un rôle bien plus important qu’on ne le croit habituellement. Après avoir esquissé le problème au point de vue scientifique, c’est-à-dire de l’évolution biologique, qui est besoin de centaines de milliers et de millions d’années pour arriver à la différenciation des sexes. Von Schoenaich montre que, même aujourd’hui, certains hommes sont animés de sentiments et d’impulsions de nature féminine et, parfois, des femmes éprouvent le même phénomène sexuel, tout comme les hommes.

La plupart des hommes sont normaux, c’est-à-dire hétérosexuels, — mais à certaines périodes de leur vie, ils sont attirés par le même sexe, et ils éprouvent des penchants anormaux (homosexuels). Ces périodes peuvent durer des semaines, des mois, des années, soit à l’époque de la jeunesse ou à un âge plus avancé, soit chez l’homme, soit chez la femme, même à l’époque de leur vie commune, ce qui n’exclut point « les mariages heureux ». L’article 175 du Code pénal allemand qui punit de l’emprisonnement les rapports anormaux entre « les personnes du sexe mâle » (mais non entre les femmes) a suscité de nombreux débats dans tous les milieux. Redoutant cet article répressif, de nombreux individus provenant de toutes les classes sociales allemandes ayant des prédispositions sexuelles anormales, non pas seulement ceux qui pratiquaient l’homosexualité, ont été suspectés, poursuivis, mis au ban de la société. Toutes ces personnes ont donc eu à souffrir moralement, obsédées par la crainte d’être dénoncées et traduites en justice.

Selon l’auteur que nous citons plus haut, et qui fit durant de nombreuses années des recherches dans les milieux homosexuels, 10% de la population allemande serait la proie de ces anomalies ! Nous avons lu en 1930, dans une revue spécialisée, que, selon certaines statistiques, l’on comptait en Allemagne, qui n’était pus encore devenu le grand Reich nazi, environ deux millions d’homosexuels ; ceux-ci avaient leurs clubs et leurs associations, leurs cafés, leurs publications et leur littérature spécifique.

Issus de ces milieux, d’aucuns ont accédé aux fonctions les plus influentes de l’État. On a écrit de nombreux volumes « d’histoires » au sujet des relations érotiques des grands hommes d’État avec leurs maîtresses et de leur influence sur la vie politique. Mais on a passé sous silence les rapports entre les hommes d’État homosexuels, dont l’influence sur la vie sociale intérieure et la politique extérieure a été néanmoins mise à découvert à l’occasion de plusieurs grands « scandales », tel celui du comte von Eulenburg, de l’entourage même du Kaiser Guillaume Il. Étant officier, von Schoenaich a pu observer ces mœurs de près, dans son milieu, cela depuis l’école des cadets jusqu’au régiment de la garde ; il s’intéressa spécialement. aux suites néfastes de ces relations anormales dans la politique intérieure et internationale, de même que leurs répercussions morales sur le peuple allemand.

Accompagné d’un policier en bourgeois, il visita un jour une salle de bal de la banlieue berlinoise. « Le tableau ne s’effacera jamais de mes yeux. Plusieurs centaines d’hommes et de femmes de tout âge et de toutes les classes, la plupart maquillés, un certain nombre d’hommes travestis en femmes et de femmes habillés en hommes. Dès que nous entrâmes dans la salle bien éclairée, chacun se rendit compte que nous étions des visiteurs guidés par la police. Il semble que le service de renseignements y fonctionnait à la perfection. Mais en dehors de nombreuses mines antipathiques, flétries par le vice, je vis des visages aux traits fins, à l’expression spiritualisée. Quelques-uns voulaient probablement gagner la bienveillance de mon ami le policier, car ils nous firent le récit brutal et sincère des choses les plus cyniques ». Lorsque l’auteur de l’ouvrage demanda au policier pourquoi l’on autorisait de tels bals et réunions, alors que l’article 175 du Code Pénal était encore en vigueur, il apprit que ces « réjouissances » étaient intentionnellement permises pour que les autorités pussent mieux connaître les milieux homosexuels. — « Le chantage joue un rôle très important dans ce milieu. Nombreux sont ceux qui sont guidés uniquement par leurs penchants intimes. Mais il y a encore un très grand nombre d’individus qui font des sentiments et des prédispositions des autres une simple affaire d’argent… La prostitution masculine joue un rôle très grand. Malheur à l’étranger qui a la malchance de tomber entre les mains de ces vampires ! Il est pressé comme un citron ». La menace de l’article 175 a des effets désastreux qui mène jusqu’au suicide — et la police s’en prend, à juste raison, pour une fois, plutôt aux auteurs du chantage, aux professionnels, qu’a leurs victimes.

Dans l’armée, où le général von Schoenaich a pu bien milieux observer la prostitution masculine, celle-ci s’était répandue d’une façon tellement alarmante que les commandants furent obligés de prendre des mesures énergiques. De simples soldats étaient arrivés à se vendre, non par goût, mais uniquement pour de l’agent. Cette « pratique dégoûtante » eut, au point de vue moral, les suites les plus graves dans la vie militaire et gagna à son tour les milieux civils — et même les couches profondes de la nation. Les rapports entre les grades étaient en général troublés par l’obsession de ce vice ; l’autorité des officiers homosexuels — et ceux-ci furent très nombreux — s’exerça sur leurs subordonnés, et non pas seulement en ce qui concerne la « discipline » apparente. La plupart des soldats qui se prostituaient ainsi étaient entièrement perdus ; ils ne pouvaient plus revenir à un métier normal, car « pourquoi se dépenser en des travaux difficiles, alors qu’ils avaient accès à une activité rentable, sans la moindre fatigue ? ».

À l’occasion d’un grand procès qui fit scandale on apprit « des choses vraiment effroyables ». La corruption dans la vie publique ― politique et mondaine — avait ses racines dans une anomalie que l’hypocrisie de « la morale » persécutait grâce à un article de loi, rarement appliqué dans toute sa rigueur, mais toujours utilisé comme menace par des bandes entières d’entretenus et de maîtres chanteurs.

Les effets étaient plus profonds sur la politique intérieure qu’on ne le croit ― « L’étroite solidarité de tous les intéressés était funeste. Toute la vie politique, économique et sociale était mystérieusement entourée comme d’un réseau par des individus qui, par leur nature et leur loi, étaient liés l’un à l’autre en une puissante communauté de destin ». En général le secret était bien gardé et de véritables homosexuels savaient compromettre des personnes honorables, ayant des vertus intellectuelles et artistiques exceptionnelles, mais normales dans leur vie sexuelle. Dans les conseils des ministres, on discutait souvent ces problèmes. Von Schoenaich lui-même était appelé par le ministre de la guerre pour fournir des éclaircissements sur certains cas qui pouvaient former l’objet d’interpellations au Reichstag. La façon dont se déroula le procès engagé contre le comte von Eulenburg entama aussi le prestige de la Justice officielle, et non seulement celui de la caste militaire impériale.

Quant aux répercussions sur la politique extérieure, elles étaient plus graves encore. À l’époque de la « crise marocaine » une revue révéla le fait que dans une maison de prostitution masculine bien connue, avaient lieu des rendez-vous intimes entre un haut fonctionnaire d’État allemand et un diplomate étranger ― et que les projets les plus secrets de la politique allemande avaient été ainsi livrés aux « ennemis ». Mais cette « trahison » ne provoqua qu’un « silence de mort » car il apparut qu’il y avait des intérêts d’État bien plus grands, d’un côté comme de l’autre, pour qu’un pareil scandale fût étouffé avec un soin spécial.

Eugène Relgis (à suivre)