À un tout jeune homme

, par  Germinal , popularité : 3%

… Comme je te l’ai dit, puisque tu villégiatures à la campagne, aie soin de ton corps, de tes vêtements, de tes chaussures. À table, sois correct sans être gêné, mâche bien les aliments, ce qui t’évitera de trop boire. Mange des pêches, des figues, et surtout des raisins, peu de melon, pas ou presque pas de prunes ou d’abricots, ces derniers fruits étant lourds et indigestes. Lève-toi de table avec un restant d’appétit : tu e feras ainsi un bon estomac.

Fais des promenades, des marches peu longues, de la bicyclette sans exagération, amuse-toi avec tes camarades aux jeux qui donnent de la souplesse au corps et n’atrophient pas le cerveau, respire à pleins poumons l’air pur et embaumé des champs, rends-toi bien compte des beautés de la nature, écoute le chant de liberté des oiseaux : cela améliore les sentiments et vous rend plus sociable.

Mais, dans tes ébats joyeux, n’oublie pas que tu vas bientôt faire l’apprentissage de la vie ; étant livré à toi même, il te sera moins pénible qu’a bien d’autres garçons de ton âge si tu sais ou si tu veux d’avance, prendre de bonnes dispositions et d’utiles précautions en vue de la lutte pour la vie, que tu pourrais avoir à soutenir.

Rien ne te manque de ce qui peut faire de toi un homme dans la vraie signification du mot : mémoire, intelligence, volonté. En appliquant ces trois qualités primordiales du travail, tu pourras obtenir ta liberté la conserver même dans un milieu d’esclavage, même en étant au service d’un patron, que – si méchant et si vindicatif qu’il puisse être – il craint toujours plus l’homme libre, fort, énergique, persévérant, que l’individu soumis, veule, rampant, lequel ne lui inspire sûrement qu’une médiocre confiance : les lâches étant capables de toutes les vilenies et de toutes les bassesses.

Ibsen a dit : « L’homme seul est le plus fort. » Je le crois en ce sens qu’il agit par sa propre volonté et non par ordre, ainsi que marchent et agissent les foules desquelles il faut toujours se méfier.

Je pense bien que tu œuvreras pour devenir cet homme : ce qui ne t’empêchera, pas de marcher la main dans la main avec ceux qui te voueront une amitié réciproque et qui te donneront des preuves de solidarité en cas de plaisirs ou de désagréments.

C’est beau de voir une jeunesse pleine de bonté, de gaîté, d’entrain, de gaîté naturelle et animée du désir de vivre ainsi en bonne camaraderie !…

Germinal