Réflexions sur l’article « rêvons l’anarchie »

lundi 12 juillet 2010
par  Jouhet (F.)

 [1]

La liberté individuelle ne peut se concevoir que là où il y a, non seulement égalité de force et de moyens de chacun vis-à-vis d’autrui mais encore vis-à-vis des Pouvoirs Organisés.

Ce ne sont pas, à mon sens, le raisonnement ou le sentiment qui décident, mais la contrainte qui menace. Or, cette menace. seuls les Pouvoirs Organisés peuvent l’exercer sans crainte et sans remords.

Comment se soustraire à là menace des Pouvoirs Organisés ?

On peut imaginer deux réponses.

Une société où tous seraient également armés ou une société où tous seraient également désarmés.

« Tous désarmés » — c’est l’idéal — impossible à réaliser, car les armes existent et nul n’empêchera aux méchants et aux coquins de s’en servir.

« Tous armés » ― cela paraît au premier abord d’une inconcevable barbarie. Cela m’apparaît pourtant comme la seule forme future d’une société durable et juste.

Je présente comme donnée que la liberté individuelle ne peut être que la liberté et la possibilité d’être armé à égalité non seulement de quiconque, mais encore des Pouvoirs Organisés.

Comment cela pourrait-il se réaliser ? Je l’ignore.

Je sais bien que mon raisonnement va faire crier à la cruauté tous les lecteurs plus ou moins sensibles de « L’Unique ».

Je soutiens, moi, que ce sera le dernier principe des sociétés humaines, comme c’en a été le premier.

Imaginez ce que pouvait être la Justice, (avec un grand J) dans les temps passés, sous le régime de la flèche empoisonnée, plus loin encore : à l’ère de la massue ? Peut-on se représenter quelle pouvait être la menace, la contrainte, que faisaient peser sur les hommes les Pouvoirs Organisés de ces époques, de ces pays-là ?

Pourtant l’homme a survécu. Il vit encore.

Quelle explication peut-on donner des salamalecs des sauvages, si compliqués et qui paraissent si ridicules ?

À mon sens, ces salamalecs sont la démonstration le plus évidente, la plus explicite des bonnes intentions qu’on éprouve à l’égard du semblable qu’on rencontre sur son chemin, de la non-intention qu’on nourrit de lui faire aucun mal et de l’en convaincre ― armé lui-même, il peut frapper, tuer, s’il éprouve la moindre crainte.

Il est possible que la connaissance de l’utilité des salamalecs se soit pendue, de sorte que ceux qui les utilisent ne le fassent plus que par tradition.

Je prétends que dans une société où tous posséderaient les mêmes moyens de menace, de contrainte les uns à l’égard des autres, cette possession donnerait des individus de tact et de prévenances les uns à l’égard des autres. Et que l’existence des Pouvoirs Organisés serait impossible.

Je voudrais bien lire une étude sérieuse, poussée, documentée sur la susceptibilité et le tact des habitants des contrées où le port d’arme n’est pas prohibé, où il est pratiqué par chacun.

F. Jouhet


[1Sur l’article publié dans le numéro précédent de L’Unique