En cours de route, chronique de toujours

, par  Bailly (Aimé) , popularité : 3%

L’air est pur et la route est large ; mais nous ne sonnerons pas la charge.

C’est que nous n’avons rien de ces belliqueux qui tracent toujours leur chemin avec l’aide de cette violence et cette ruse qui font de la vie sociale quelque chose d’insupportable.

Si nous tenons par-dessus tout à ce que bien de nos désirs soient satisfaits, nous n’utilisons jamais la contrainte pour les réaliser.

Ce n’est pas parce qu’il nous arrive de faire la grosse voix et que, bien souvent, il nous faut montrer les dents afin que place nous soit faite, que nous sommes pour cela des ogres.

Si la lutte quasiment permanente nous a rendus austères, sévères et même un tantinet agressifs quand les besoins se font sentir, notre vraie révélation : c’est l’Amour.
Oui, l’Amour…

Mais là encore, il faut chercher à s’entendre avant d’entrer en plein en la matière.

Nous n’appelons pas Amour, cette chiennerie ou bien cette comédie qui font si bien fureur au pays des hommes et des femmes de « quantité »…

Chez nous, il n’y a que la « qualité » qui nous intéresse en tout : c’est ce fait que nous n’avons absolument rien de commun avec les conformistes.

Ce n’est pas un genre que nous nous donnons, mais une authentique spécificité dont nous usons.

Ce n’est pas non plus parce que les besoins physiques parlent chez nous comme chez tout le monde, que nous nous laissons dominer par eux : il s’en faut de beaucoup.

Passionnés comme nous le sommes, nous nous sentons plus d’une fois soulevés et emportés par ces impulsions, qui ont du bon mais qui sont souvent sujettes à égarement.

Pour que ces passions nous servent bien, c’est-à-dire pour qu’elles puissent maintenir en nous ce feu sacré qui nous anime, jamais nous ne les diminuons, mais nous nous efforçons de les bien tenir en laisse.

Bien sûr, c’est du travail et, pour en arriver là, il faut avoir passé par bien des traverses et n’avoir pas craint de se mesurer franchement et courageusement avec tous ces bouillonnements intérieurs qui n’ont qu’un but : nous bien éprouver…

Laissons de côté pour l’instant — nous y reviendrons en temps voulu — ce qui forme et constitue l’essentiel de l’Éthique individualiste an-archiste, pour continuer ce que nous avons commencé.

Les êtres bien à part que nous nous déclarons être, ne pouvant vivre sans ces propulseurs primordiaux que sont la Sensibilité, la Cérébralité et la Sexualité, tous trois solidement et savamment organisés ; c’est donc faire œuvre de Libération véritable que de tenter cette transcendante coordination.

Notre très regretté ami Han Ryner a, dans Le Drame d’être Deux, traité de la question. Sans chercher à marcher sur ses brisées nous tentons tout simplement et succinctement d’en reparler.

Pour que deux « moi » de sexes différents puissent faire de cette lutte parfois cruelle, presque toujours désordonnée, qu’est la nécessité des satisfactions sexuelles et érotiques, une tentative d’harmonie quasi complète, il faut d’abord que les affinités entrent en jeu et qu’ensuite la Volonté fasse des siennes.

Nous étant promis dans — « Le Bonheur d’être Deux » [1] — de n’humilier personne mais d’accomplir ce geste d’amour qui peut aider tous les affranchis en puissance à trouver au plus tôt leurs propres directives, nous dirons ce qu’il y a de beau, de fécond et de noble dans cette coopération affinitaire résultant de la confrontation des mots, des faits et des gestes de deux êtres en voie d’évolution.

Tout cela ne s’est jamais fait tout seul : les incompréhensions, les égarements et les déchirements n’ont point manqué d’intervenir et de faire parler d’eux : puisqu’ainsi le veut la Vie, ce serait chercher à vouloir tricher que de n’en point causer

Mais les sensations se trouvent dirigées — sans jamais être diminuées — par le désir d’échange et la « volonté d’harmonie » ; peu à peu le « rodage » s’accomplit, l’entente prend naissance et nous voyons le bonheur poindre.

Le mot « lâché », il va falloir s’étendre quelque peu afin de se bien faire comprendre :

« Ce serait une erreur de croire que ce bonheur réalisé ou bien en voie de construction consiste à se regarder le nombril et à ne plus rien intercepter de ce qui a lieu de pénible, de douloureux, d’arbitraire, d’angoissant et de dramatique à l’extérieur.

L’Individualisme dont nous nous recommandons étant tout autant une affaire de CŒUR qu’une marque de l’ESPRIT, ce serait se montrer de mauvaise foi que de l’assimiler à cet « arrivisme » que les superficiels et les malveillants font marcher de pair avec l’Individualisme an-archiste.

Même si nous sommes unis indissolublement par la chair et par tout ce que l’Art de vivre en Beauté exige de ses partisans, nous n’en restons pas moins pour ça de ces attentifs, de ces émotifs, de ces fraternels, constamment prêts à répondre positivement aux S.O.S. lancés de par l’univers, Sentant et Pensant par ceux de « notre monde ».

Sans vouloir marquer nettement une prépondérance et tout en laissant aux manifestations personnelles le soin de s’affirmer nous osons croire que nous restons dans la mesure quand nous nous laissons aller à placer la sensibilité quasiment au sommet des comportements individualistes.

Ayant fait de notre mieux pour bien éclairer notre lanterne afin que chacun puisse y voir, nous ne mériterons point d’être sujet à confusion ; cela parce que nous nous serons consciencieusement appliqués à tracer nettement la ligne de démarcation entre cette « sensiblerie » — qui ne mérite pas grande attention — et la sensibilité dirigée que nous nous plaisons à nommer LA SENSIBILITÉ INDIVIDUALISTE.

Puissent les vrais chercheurs et les aventuriers éthiques s’arrêter quelque peu au carrefour des chemins en vue de renouveler leur souffle et de bien écouter en eux-mêmes, avant de reprendre la route qui doit nous mener vers le Jardin Enchanteur !…

A. Bailly

[1À paraître.