Illusions sociologiques

lundi 12 juillet 2010
par  Grivet-Richard (M.)

Les destins de l’esprit humain ne sont point limités à ceux de notre existence. Ils ne sont point asservis aux besoins et aux exigences de nos matérialités périssables, non plus qu’au besoin de se définir et de se révéler, ni aux multiples servitudes des formes d’effectivité.

Que sont notre existence matérielle et notre rôle humain dans l’infinité ? Moins qu’un souffle. Que sont-ils dans l’existence du monde terrestre ? Un fait mathématique aussi complet en soi que s’il était indispensable.

Nous sommes davantage en servitude avec le monde terrestre qu’avec l’infinité, avec le rotatif qu’avec l’absolu, avec de vaines apparences qu’avec l’immuable vérité.

Mieux nous concevons comment nous pouvons nous accommoder de notre force humaine d’existence, moins nous obtenons du genre humain de le pouvoir librement.

Mieux nous démontrons comment il est aisé de concilier les exigences antagonistes de notre forme humaine d’existence et de ses aptitudes, moins le genre humain semble discerner que la vérité se manifeste à lui autant que les moyens de décider selon ses enseignements. Nous n’expliquons ce phénomène qu’au bénéfice de l’ordre social conditionnel, temporaire, relatif et sophistique ― et qu’au détriment de l’ordre naturel, équitable et enseigné par nos acquiescements mêmes.

Que nous découvrions ou puissions faire du nouveau dans ce monde où nous sommes, nous n’en demeurons pas moins certains que nous n’y changerons rien d’essentiel avec des résultats aussi nécessairement durables que ses lois propres d’existence.

Aussi, les raisons d’être de cette erreur sont-elles plus purement humaines encore que terrestre ; et cette erreur nous met en présence de deux imperfections : celle du monde terrestre et celle de l’humanité.

Le monde terrestre est imparfait dans ses aptitudes et l’humanité est trop imparfaite dans l’usage qu’elle fait des siennes. À coup sûr, les inaptitudes du monde terrestre font obsession sur les aptitudes du genre humain.

La perfection humaine, la perfection sociologique, elles semblent au genre humain inutilisables dans le monde terrestre.

Ce n’est peut-être pas une illusion ni un mensonge que le genre humain est tel qu’il semble pouvoir être : il n’offre pas davantage d’impunité absolue que de vérité définitive. Aussi, est-ce trop optimiste de le croire tel volontairement ; aussi est-ce trop ingénu de le supposer tel par pur hasard.

Mais alors, si ces perfections y sont inutilisables, à quoi bon ordonner des méthodes de n’y obtenir rien que d’imparfait et d’insuffisamment perfectible ?

Si le vice du monde terrestre est tel, nous pouvons parvenir progressivement à en neutraliser les risques sans nous astreindre à les imaginer ni à les imiter par anticipation.

M. Grivet-Richard