Du haut de mon mirador

lundi 12 juillet 2010
par  Qui Cé (E. Armand)

Nous avons reçu l’annonce d’un « Congrès communautaire » qui a eu lieu les 31 août — 1er septembre. Nous sommes fort sympathiques aux idées qui ont présidé à l’élaboration de ce Congrès, quoiqu’en général les Congrès n’aboutissent pas à grand’-chose. Mais ce qui ne nous a pas plu du tout, c’est le questionnaire posé aux personnes désirant assister au Congrès dont s’agit et qui se mêle de ce qui ne regarde que l’individu. Il importe peu de connaître « la classe sociale » des parents, le « parti politique » (?) auquel on appartient, si on a « une religion » ou si on « y croit ». La question est de savoir si on a d’abord la mentalité, le tempérament voulu pour vivre « en communauté », ensuite si on possède un métier ou une profession rendant le candidat apte à contribuer au succès et à la prospérité de la communauté. Le reste est sans importance. Il n’y a que l’esprit communautaire qui compte. L’attribution aux assistants de voix délibératives ou consultatives, fait ressembler ce Congrès à une réunion de l’Assemblée des Nations. Je ne parle que pour mémoire du malheureux « auditeur » qui peut posséder un esprit communautaire bien supérieur à ceux auxquels on a généreusement octroyé une « voix » ! Je me demande ce qu’il y a de révolutionnaire en tout cela ?

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Parmi les questions posées aux personnes désirant participer au dit Congrès figure celle-ci « Jouissez-vous de tous vos droits civiques — Sinon pourquoi ? » Qu’est-ce que la jouissance des droits civiques peut bien avoir à faire avec l’esprit communautaire ? Si les initiateurs de ce Congrès connaissaient bien l’histoire des tentatives analogues à celles qu’ils ont voulu ou veulent créer, ils sauraient que parmi les éléments les meilleurs se trouvèrent des hommes ne jouissant plus de leurs droits civiques, lesquels, en révolte contre les formes économiques de la Société, ont fourni le meilleur rendement lorsqu’ils se sont trouvés dans un milieu où l’exploitation de l’homme par l’homme ou le milieu social avait disparu.

Sans compter que l’histoire des mouvements d’avant-garde est remplie de faits ― classiques ― où de très braves gens, confiants, ont été victimes de machinations policières les entraînant dans des affaires de droit commun. Les initiateurs du Congrès en question ne devraient pas l’ignorer.

Dans le Comité du Congrès figurent deux catholiques et un protestant. Ces messieurs pensent-ils qu’une des conditions pour faire partie de la communauté de Jérusalem où « la multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme », où « nul ne disait que ses biens lui appartinssent en propre, mais tout était commun entre eux » (Actes, IV, 32, etc.). — Ces Messieurs pensent-ils qu’on exigeait des participants une carte d’électeur ou un certificat de civisme ? Je ne crois pas que ceux qui entouraient ou suivaient l’Homme de Nazareth étaient des plus recommandables au point de vue de la respectabilité. Que n’ont-ils accompli cependant !

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Nous recevons des brochures concernant l’Éthiopie et l’Érythrée. Que les fascistes italiens aient commis des crimes monstrueux en Éthiopie, cela ne fait aucun doute et lorsque la brochure intitulée Italy’s War Crimes in Ethiopia établit que le nombre des victimes de l’occupation et de la guerre s’élève à 760.000, c’est à faire frémir, étant donné la population relativement peu importante du pays. Les Érythréens voudraient être réunis à la mère patrie et se plaignent que les autorités militaires anglaises se servent de fonctionnaires italiens dans leurs rapports avec la population. Non seulement, les rassemblements de plus de trois personnes sont interdits en Érythrée, mais l’entrée des cafés, cinémas, restaurants, hôtels, etc., est interdite aux indigènes. Les chauffeurs italiens ne peuvent charger d’indigènes sous peine de retrait de licence !

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Une des conséquences de la guerre — une de celles autour de laquelle ont fait le moins de bruit ― c’est l’anéantissement des deux millions de volumes qu’elle a causé rien qu’en France. Les bibliothèques de Tours, de Caen, de Douai, de Cambrai, de Chartres ont été complètement anéanties. La bibliothèque universitaire de Strasbourg a perdu un demi-million de livres. Pour Vire, la guerre s’est soldée par la destruction d’une bibliothèque de 72.000 volumes, de 55.000 pour Beauvais, de 90.000 pour Brest. Cherbourg, Dunkerque, Falaise, Saint-Dié, Vitry-le-François ont également perdu tous leurs livres. Or, le livre est devenu maintenant un objet rare et on ne peut songer à remplacer les ouvrages traitant de l’histoire locale, dont, pour un grand nombre, il n’existait qu’un exemplaire unique…

Il serait trop long d’énumérer les pertes irréparables à déplorer en ce domaine, en France comme ailleurs bien entendu. On ne prétendra pas pourtant qu’une bibliothèque est un objectif militaire. Mais allez faire entendre raison au guerrier de profession ou d’occasion. Dans tout soudard, un Omar sommeille.

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Dans Post du 5 juillet Dorothy Thomson raconte le fait suivent : « Je connais un citoyen tchèque, un Allemand sudète, qui fut toujours fidèle à la République tchécoslovaque, marié à une Juive. Lorsque les nazis envahirent le pays, ils s’aperçurent qu’il était Allemand de race et ne lui demandèrent que de divorcer, ce à quoi il se refusa. Son refus lui valut d’être interné dans un camp de concentration, sa femme étant déportée dans un autre camp. Le hasard fit que l’un et l’autre survécurent aux tourments et que, le même jour, ils se retrouvèrent à Prague pour reprendre la vie commune. Or, le voilà arrêté de nouveau comme « Allemand » et sur le point d’être expulsé du pays, alors que la femme est autorisée a demeurer en Tchécoslovaquie. mais à condition de divorcer. Ce qu’à son tour elle refusa de faire. Ces deux personnes qui s’aiment et dont rien n’a pu altérer l’affection commune sont vouées à une vie d’exil et de misère. N’est-ce pas honteux ? »

Était-ce la peine de se libérer du nazi-fascisme pour en arriver là ?

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Nous avons sous les yeux une revue nudiste danoise où il est question de l’histoire d’une jeune fille appartenant à une famille nudiste pratiquante et qui remporta les plus grands succès dans des examens universitaires. Comme on lui demandait à quels motifs elle attribuait sa réussite, elle répondit qu’ayant toujours été élevée parmi les nudistes, son esprit n’était plus préoccupé par la question sexuelle et qu’elle avait pu consacrer tout son temps à l’étude, alors que ses compagnes, tourmentées par cette question, s’en entretenaient entre elles secrètement, suivaient les leçons avec peine, toujours préoccupées de résoudre le soi-disant mystère de l’union des sexes. Il convient d’ajouter que cette jeune fille avait reçu de ses parents une éducation sexuelle intégrale. Ce récit nous fait songer à ce journaliste qui prétend qu’éduquer sexuellement les enfants ce serait détruire « la poésie » qui entoure la génération : nouveaux nés trouvés sous les choux ou déposés par les cigognes. Quand on pense à tous les malheurs et les drames auxquels cette soi-disant poésie a donné lieu, on se dit qu’il y a des coups de pied quelque part qui se perdent.

À propos de nudisme, nous apprenons que sous le titre ÉROS, « Vivre » reparaît et se publie tous les deux Mois. Édition luxueuse sur papier glacé. Naturellement le prix de l’abonnement est élevé : 500F L’adresse est : de Mongeot, Manoir Jan, Fontenay-St-Père (Seine-et-Oise).

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Nous sommes à l’âge de la désintégration nucléaire, ce qui n’a pas empêché « la Sainte Vierge » d’apparaître (comme si de rien n’était) dans un terrain vague de la 200e rue à New York, dans le quartier du Bronx, aux regards surpris d’un gosse de neuf ans, fils rte parents catholiques, très ignorants et très fanatiques, ce qui va très bien ensemble. Le crépuscule tombait, César, c’est le nom de l’enfant, jouait avec des compagnons de son âge. Ils allumèrent des fagots pour se chauffer, le froid étant vif. Soudain arrivèrent deux autres enfants, surpris, et effrayés parce qu’il leur avait semblé apercevoir une lumière tenue par une main. César, s’armant de courage, s’élança… et se trouva nez à nez avec la « mère de Dieu », laquelle tenait à la main un chandelier doré, muni d’une bougie allumée ; elle intima au gamin atterré d’inviter les enfants du quartier à s’assembler et à prier tous les soirs à sept heures, puis elle disparut. La « vierge » était vêtue d’un manteau bleu, qui tourna au rose et sous ce manteau l’enfant aperçut un costume de nonne ou petite sœur.

On jugera de la mentalité de César par sa réponse à un journaliste qui lui demandait son jeu préféré « jouer à la police et aux voleurs ». Quand même la Madone aurait pu choisir un confident plus sérieux.

Gageons que cette histoire finira par l’érection d’une chapelle ou d’une église, ce qui augmentera dans de fortes proportions la valeur du terrain abandonné dont le propriétaire, s’il est croyant, fera sans doute don à l’Église… Il n’y a pas à dire, celle-ci est un metteur. en scène de premier ordre ! Il est vrai qu’elle sait à qui elle s’adresse.

Qui Cé