Du haut de mon mirador

samedi 10 juillet 2010
par  Qui Cé (E. Armand)

Tout arrive. On a donné récemment le nom de Louise-Michel à une station du métro de Paris Qui aurait imaginé cela il y a 63 ans ? Je viens de parcourir le numéro du 21 juillet 1883 de « Liberty » qui contient un compte-rendu in-extenso du procès intenté à la bonne Louise (à laquelle, de Boston. Tucker s’intéressait fort) et à ses « complices » Pouget (le futur éditeur du « Père Peinard »), Mareuil, Martinet et d’autres dont notre génération a oublié tous les noms. Pillage (?) de boulangeries, déploiement du drapeau noir, exaltation des idées anarchistes, brochures incendiaires distribuées à l’armée, détention d’explosifs — est-ce ce passé qu’ont voulu mettre en vedette ceux qui suggérèrent la dénomination de la station dont il s’agit ? Louise Michel fit courageusement face à ses juges : « Ce n’est pas moi qu’on traduit à la barre, mais l’Anarchie », s’écriait-elle. Si c’est cela qu’on a voulu rappeler, les temps ont bien changé, me direz-vous. Mais tes temps ont-ils si changé, en vérité ?


Au moment du procès de Louise Michel on conservait encore tout vif te souvenir des massacres versaillais et l’inculpée rappelle que « nos frères furent écrasés comme du grain par la meule ». Elle a vu faire fusiller par le sinistre Galliffet deux braves commerçants qui n’avaient jamais participé à la Commune… Pauvre Louise ! Aujourd’hui on s’occupe peu si les gens sont coupables ou innocents et qu’apparaissent peu de chose les fusillades et les déportations des valets de Thiers par rapport aux horreurs des camps de concentration, des fours crématoires, des assassinats massifs de femmes et d’enfants, des tueries perpétrées par les bombes — atomiques ou non — parmi une population innocente, après tout, des crimes ou de la folie de ses dirigeants.


Le « citoyen » Rochefort — qui depuis… — comparaît comme témoin. Malgré les protestations de Louise il rapporte quelques faits la concernant. « Je vous ai vue — expose-t-il — à 300 lieues au sud du Cap de Bonne-Espérance, le thermomètre à peine au-dessus de zéro, sans bas et presque sans souliers, parce que vous aviez fait don de tout cc que vous possédiez à vos compagnes » … À la Nouvelle-Calédonie Louise Michel fit de sa case un hôpital où elle accueillit des malades et les soigna, couchant elle-même sur le sol nu… »

Alors on ne tournait pas en ridicule les anarchistes qui intègrent la pitié et la compassion dans tes principes dont ils se réclament.


Bernard Shaw trouve que les partis de gauche ne sont pas assez divisés. Politique à part, l’article où il expose son point de vue contient pas mal de vérités, « Nazisme écrit-il — veut dire en allemand parti-national-socialiste, c’est-à-dire exactement ce que représente le gouvernement anglais.

« Aux États-Unis… en fait, le président est suprême et inamovible pendant quatre ans, tout comme chez nous (en Angleterre) le gouvernement l’est pendant cinq ans. Ce n’est pas de la démocratie quotidienne »,— Ailleurs, il dit : « Totalitaire est un autre mot dont nous nous servons abusivement. Étant donné que toute loi est totalitaire, je ne sais pas trop ce que cela veut dire. » Shaw ne croit pas que tous les travailleurs puissent être mis dans le même comité au nom de l’égalité, de la fraternité et de l’unité, c’est comme si on essayait de faire des bonbons avec du soufre, du salpêtre ou du charbon. Tant que le mouvement prolétarien ne sera pas divisé en groupes et sociétés séparées, il n’y aura que des bagarres.

Donc — conclut-il — « prolétaires de tous les pays, en avant, mais ne fusionnez -pas ».
C’est une opinion.


Les rois n’épousent plus les bergères, mais un ancien mannequin d’un grand magasin du West End à Londres aux « proportions parfaites » nous assure-t-on (hauteur : 5 pieds 8 ½ pouces, taille 24 pouces, hanches 35 pouces, buste 32 pouces, mesures anglaises) vient de convoler en justes noces avec le duc de Rutland, un gros propriétaire foncier dont les domaines mesurent à peu près 18.000 acres (7,300 ha.) de superficie. évalués à 550,000 livres sterling, (264 millions francs-Philip).

Or, le mannequin en question se faisait 15 livres sterling par semaine (7.200 fr,) en exerçant sa profession. Voilà qui va faire rêver tous les mannequins de Londres et d’ailleurs.

Mais ne trouvez-vous pas scandaleux ce duc qui possède une telle étendue de terrain, dont il serait sans doute bien embarrassé s’il lui fallait en cultiver une parcelle de ses propres mains (il est officier aux gardes-grenadiers), alors que dans son pays tant de malheureux sont encore obligés de coucher, toute la famille, dans la même chambre ?

Trois cars remplis de fermiers et d’employés au service de Sa Grâce se sont rendus à Londres pour assister à la cérémonie (certains de ces fermiers se rendaient pour la première fois dans la capitale britannique) et offrir au couple un cadeau de mariage, dont le montant a été collecté parmi eux. On voit que l’accession au pouvoir des travaillistes a laissé subsister la grande propriété foncière et tout ce qu’elle traîne à sa suite.


En Amérique, le KU KLUX KLAN, de fâcheuse mémoire, reparaît a la surface. On croyait dissoute cette association cagoularde qui, après la guerre de 1914-1918, s’attaquait avec une insistance haineuse aux nègres, aux juifs, aux catholiques, aux étrangers, recrutant assez facilement des adeptes parmi ceux qui se réclament des Américains 100 %. Elle eut et son actif maint lynchage de noirs. Ils prétendent compter cinq millions d’adhérents et ont établi leur quartier général à Atlanta, en Georgie, loin dans le Sud. Ils s’en prennent maintenant aux syndicats. Des millions de tracts ont été distribués qui débutent ainsi : « Libérez les esclaves de 1946. Supprimez les syndicats. Les États-Unis ont plus d’esclaves qu’ils n’en avaient il y a 90 ans. » On sait que M. Truman, lors de la dernière élection présidentielle, fut accusé d’avoir appartenu au « Klan », ce qui fut vigoureusement nié d’ailleurs.


Les quotidiens publient le fait-divers suivant :
_ « Avant-hier, alors qu’on le croyait en voyage, Georges Desmet, chimiste, habitant à Fresnes, près de Valenciennes, rentrait à l’improviste et trouvait sa femme en compagnie d’un galant.
_ « Fou de rage, le mari trompé arrosa les coupables d’acide sulfurique.
_ « Les deux amants, atrocement brûlés, ont été admis à l’hôpital. »

Voilà encore deux victimes de l’hypocrisie sexuelle — un drame qui aurait pu être évité, si la franchise avait régné dans le ménage en question. Les deux hommes auraient pu être des amis, d’autant plus unis qu’ils aimaient la même femme.

Mais allez donc parler de franchise dans un monde où on veut bien jouir de sa liberté, mais sans endosser de responsabilité ni prévoir les conséquences possibles des mensonges sur lesquels on prétend édifier sa joie de vivre. Connues ou tenues secrètes, de semblables tragédies se produisent quotidiennement — heureusement sans entraîner de pareilles suites — simplement parce qu’on s’unit ou cohabite, sans avoir discuté à l’avance le contrat d’union ou de cohabitation.


Au cours d’une réunion de ravitailleurs tenue à Grosvenor House, à Londres, un certain Lord Horder a déclaré que des expériences récentes avaient prouvé que les hommes pouvaient vivre en parfait état de santé sans absorber de vitamines, tant le corps humain est capable d’adaptation. Il y a cent ans, conclut Horder on ne parlait ni de vitamines, ni de calories, ce qui n’empêchait pas les paysans d’être bien bâtis et de jouir d’une bonne santé. Tout cela parce que leur chère était équilibrée : du pain, du lait, une tranche épaisse de lard gras, alternant avec du pain, du fromage, du beurre. Vitamines ou pas, calories ou non, nous autres, nous nous contenterions bien chaque jour de ce « menu équilibré » !


Pas de bonnes nouvelles des « milieux libres » américains, alors que les États-Unis sont la mère patrie des colonies fouriéristes, socialistes, anarchistes, individualistes, etc. La guerre a passé par là. Si « Llano Colony » subsiste toujours sous la forme coopérative, « Sunrise » s’est dissoute, « Stelton », dans le New Jersey, existe encore, mais c’est un groupe peu important. Prière à nos lecteurs de l’extérieur de nous fournir toutes informations possibles et vérifiables sur les milieux de vie en commun (associations volontaires) existant dans leur pays.

Qui Cé