L’imprimé, la scène, l’écran

vendredi 9 juillet 2010
par  E. Armand

RENÉ MARCA : Abstracts (Fusionnisme pictural et poétique). Ed. de l’auteur, 2 pl. d’Anvers, Paris 9e. — René Marca me fait l’honneur de me mander cette plaquette, tirée à 425 exemplaires. J’avoue humblement ne pas entendre grand-chose à cette poésie et à cette peinture, qui pourraient. évidemment. être plus hermétiques. René Marca n’est pas obscur. À titre d’échantillon j’extrais d’Abstracts un poème « La Fleur et le Fruit » :

A l’époque fraîcheur vous avez dix-huit printemps
La mode est à la natte la robe
Assez longue et de fille êtes splendide brin tant
Qu’à votre charme tout œil s’enrobe
 
À trois lustres de là, jeune encore paraissez
Avec les cheveux brefs jupe courte
Et pour vous corseter à bloc point ne paressez
De peur sait-on que la « dupe » écourte :
 
À trois dimensions je veux vous envisager
À quatre même aussi dans l’espace
Être toujours pareille et ce malgré l’usager
Amour qui s’étiole et passe !

Que voulez-vous, je ne conçois pas le non-conformisme intellectuel sans clarté et même sans ponctuation !

E. A.

LA RADIO. — Dans « Le Figaro », M. Pierre Seize a soulevé le toit qui recouvrait le palais où trôné Dame Radio. On se doutait un peu de ce qu’y trouveraient ceux qui ne reculeraient pas devant une investigation un peu sérieuse : ingérence politique, gabegie des dépenses, abus des parlottes, régime des clans et coteries, insuffisance de pas mal d’artistes, dictatures abusives de certains directeurs, cachets scandaleux, pléthore de fonctionnaires ― et j’en passe. Quant à la vulgarité des émissions, nous autres ― les chers auditeurs ― nous n’avions pas besoin de M. Pierre Seize pour nous en apercevoir. Pour une bonne pièce de théâtre, que de chansons d’amour bêtes à faire pleurer. Il est vrai que pendant que le bon peuple se pâme à les écouter ― et à s’abrutir ― l’État a toute possibilité de réduire et réduire encore la marge laissée a l’autonomie individuelle.

L’ÉTRANGE RÊVE. ― Ceux que la psychanalyse intéresse verront sans déplaisir ce film (Blind Alley). Évidemment, c’est de la psychanalyse à l’usage du grand public. Comme dans tout film américain qui se respecte, ou y trouvera des gangsters et tout ce que leur présence peut entraîner. Il y a surtout un psychiatre qui arrive à démontrer à l’ennemi nº 1, auquel il a arraché le secret d’un rêve, qu’il souffre du complexe d’Œdipe. Je le répète, sans demander à ce film de bonne qualité plus que ce qu’il peut donner, c’est à voir. Il paraît que la censure vichyssoise aurait stupidement mutilé la bande originale. On aimerait la voir dans sa version intégrale. (E. A.)

LA MOUSSON. ― Autre film qui mérite d’être vu. Intérieurs et extérieurs à aspect véridique. Catastrophes bien rendues. Bons artistes. En ce moment où les rapports de l’Inde avec les Anglais sont à l’ordre du jour, on ne regrettera pas le temps consacré à la vision de cette assez longue bande. Mais je me demande si les spectateurs qui n’ont pas lu le livre de Bromfield suivront l’intrigue et les péripéties du film en sachant bien de quoi il retourne ? (E. A.)