La grève des tisserands du Lancashire

jeudi 8 juillet 2010

(I.N.O.) – Malgré toutes les conférences impérialistes et les expériences destinées à maintenir le cours de la livre, la crise s’aggrave de jour en jour en Angleterre. L’armée des chômeurs se chiffre maintenant par plus de trois millions, le mois d’août ayant amené une augmentation de 48.000 chômeurs. En ce qui concerne le chômage, l’Angleterre se trouve placée au même niveau que l’Allemagne et les États-Unis où une moyenne de dix pour cent de la population fait partie de la grande armée des sans-travail.

Les propriétaires du textile anglais cherchent à compenser la perte de profit due au resserrement du marché par une exploitation accrue des ouvriers. Depuis une année déjà, l’union des ouvriers du textile et l’union patronale entretiennent des pourparlers dans ce but. S’il avait été possible de conclure ces pourparlers au double profit des patrons et de l’association des ouvriers du textile anglais, un accord aurait été conclu depuis longtemps, mais les ouvriers du textile étaient opposés à ces tentatives d’entente. Ce n’est certainement pas la faute des bonzes syndicaux réactionnaires si l’on a abouti à une grève de l’industrie textile. En Angleterre, les intérêts des bonzes sont plus particulièrement liés aux intérêts de la classe dominante que dans n’importe quel autre pays, étant donné que dans de nombreux cas le fonctionnaire syndical est également un représentant de l’État. Ainsi le président de l’association des ouvriers du textile est aussi juge de paix de Lancashire, de sorte qu’il peut à la fois être président du comité de grève et exercer un droit de police de cette région. Aussi étrange qu’il puisse paraître, ce fait n’offre rien d’extraordinaire dans l’Angleterre des Trade-Unions, mais constitue le résultat d’une collaboration séculaire des classes.

Si pendant les années de prospérité cette collaboration paraissait supportable, on doit constater maintenant que les membres des Trade-Unions s’orientent depuis quelques années dans une voie révolutionnaire. Aussi longtemps que le capitalisme a pu importer en Angleterre ses richesses coloniales, il a pu satisfaire en partie les revendications des ouvriers, les membres des TradeUnions étaient de complets réformistes qui repoussaient loin d’eux toute mentalité révolutionnaire et choisissaient comme chefs des officiers et des employés d’état. La nouvelle orientation dans les syndicats correspond à la tendance des colonies à se suffire à elles-mêmes économiquement. L’industrie textile anglaise a été durement frappée par le mouvement gandhiste aux Indes. Le fait que l’hindou ne se laisse plus autant exploiter implique pour elle une perte que l’ouvrier anglais devra supporter. C’est ce qu’admettent très bien les propriétaires du textile anglais, ainsi que les vieux bonzes des syndicats.

Tout d’abord, les propriétaires proposèrent aux tisserands d’assurer le fonctionnement d’un plus grand nombre de métiers pour augmenter leur production individuelle, et naturellement sans augmentation de salaire. Étant donné que ce procédé aurait eu comme résultat le renvoi d’un nombre considérable d’ouvriers, ceux-ci refusèrent d’accepter cette proposition. Par la suite, les patrons décidèrent une diminution de 14 p. cent, ce qui provoqua la grève actuelle. Celle-ci est menée contre le désir des chefs qui ont dû céder à la pression et se conformer à la volonté des masses.

Bien qu’il ne s’agisse que d’une grève à propos des salaires, non seulement les chefs, mais aussi le gouvernement anglais, craignent de perdre complétement leur influence sur les masses. Le gouvernement essaie d’intervenir comme arbitre, et les chefs tentent de tromper les masses par des phrases révolutionnaires et des actes réactionnaires. Publiquement, ils sont pour la grève, alors qu’ils manœuvrent contre elle dans les coulisses.

Le 14 septembre a eu lieu le Congrès de l’Association syndicale à Newcastle. Après avoir condamné unanimement la politique réactionnaire du patronat, 1.000 livres ont été votées pour le fonds de grève, et il fut décidé en outre de rassembler des fonds dans tout le pays et de soutenir les grévistes même s’ils n’étaient pas membres du syndicat. Aussi vrai que tout cela fut décidé, aussi vrai est-il que tout cela ne sera pas appliqué.

Les chefs appliquent tous leurs efforts à maintenir les ouvriers dans les Trade-Unions. Les revendications radicales telles que pour le socialisme, pour la journée de six heures, pour la semaine de cinq jours, sont mises en avant dans ce but.

La grève elle-même n’est pas totale. Certaines fabriques travaillent avec un personnel plus ou moins réduit. Les briseurs de grève sont tous des éléments démoralisés par un long chômage, le besoin et la misère. En plusieurs endroits se produisent des collisions entre les grévistes et la police.

(à suivre)