Le parlementarisme à fait son temps

jeudi 8 juillet 2010
par  Aldred (G.A.)

Pendant plus de vingt-cinq ans, d’après ma propre expérience, le soi-disant « socialisme » parlementaire n’a négligé aucune parade ni aucun boniment pour persuader à la pauvreté laborieuse de lui confier à Westminster le soin d’être la voix de son silence. Les députés travaillistes devaient tout dire, et l’émancipation sociale serait le résultat de leur besogne.

Toutes les illusions ont une fin et le parlementarisme touche à la sienne. Qu’on se tourne vers les ministres travaillistes du gouvernement de coalition nationale, ou vers leurs ex-collègues de l’opposition, le son de cloche est le même. Les promesses dorées de palliation sociale se sont englouties dans la débâcle de la livre-sterling. « La question n’est pas de pallier aux misères du capitalisme – proclament-ils d’une même voix – mais de savoir les supporter ».

Au commencement, il était dit que le parlementarisme devait tout bouleverser, et nous épargner en même temps les boucheries et les misères de la révolution. Au lieu de cela, il nous a apporté les boucheries et les misères de la paix capitaliste.

Ensuite, et cela jusqu’aux dernières élections générales, les travaillistes (j’ai sous les yeux en écrivant leurs principaux discours et déclarations de programme) se sont engagés à nous mener par petites secousses jusqu’à la terre promise – tandis que l’action, directe nous aurait précipités dans l’abîme ! –

Et maintenant, nous avons le dernier mot du parlementarisme : « Sauvez les meubles ! Au secours de l’Empire ! Perpétuons l’exploitation ! ».

Lorsque, voilà bien des années, j’ai essayé de démontrer que le parlementarisme « révolutionnaire » finirait en impérialisme conservateur, on m’a ri au nez et traîné dans la boue. L’histoire a suivi son cours : le bavardage a procuré aux uns position et fortune, aux autres une misère toujours plus noire. Mais à qui a-t-elle donné raison en fin de compte ? Est-ce que Messieurs les parlementaires sont prêts à nous rencontrer sur une tribune publique, devant des auditoires prolétariens, et à rendre des comptes de leur étrange manière de servir ? Le gant est lancé, qu’ils le ramassent s’ils s’en sentent encore capables.

… 1906 – 1931 ! L’époque du parlementarisme ouvrier. Elle s’est ouverte par la renégation du socialiste John Burns, qui a lâché le drapeau rouge pour manger dans la vaisselle d’or du roi ! Elle s’est terminée par la domestication de tout le mouvement travailliste officiel à la vaisselle d’or et à la parité-or ! La misère qui existait au commencement est là, plus que jamais. Les rêves dorés de la palliation sociale se sont écrasés contre le mur d’or. Je puis me tourner vers la déclaration anti-parlementariste initiale de 1906, fort d’une expérience accrue et d’une lutte élargie. L’anti-parlementarisme est confirmé. Il touche à son but :

L’établissement d’un Conseil d’Action permanent à Glasgow a été décidé à une conférence des ouvriers et chômeurs, tenue le samedi 19 septembre aux Halles Centrales. Environ deux cents délégués représentant, entre autres organisations de la classe ouvrière, la Bourse du Travail et l’Union locale, diverses sections politiques et de nombreux syndicats, assistèrent à l’assemblée, qui était convoquée par le Comité d’Action pour la liberté de parole, de Glasgow.

Une résolution fut adoptée qui mettait en évidence la valeur de l’unité pratique réalisée sur le terrain de la lutte contre la police pour imposer la liberté de propagande politique en plein air dans le parc de Glasgow, et qui désignait comme le besoin vital du moment la création d’un mouvement d’unité englobant toutes les organisations de la classe ouvrière et des chômeurs dans le but de concentrer une agitation de masse contre le raccourcissement des salaires et la suppression des indemnités de chômage, buts avoués du capitalisme.

La base du Comité d’Action de Glasgow pour la libre parole devait donc être élargi conformément au dessein d’établir un nouvel ordre de société. Pendant deux heures environ, les délégués discutèrent des lignes générales du programme dont la rédaction devait être remise entre les mains d’un Comité provisoire. On adopta finalement un projet, présenté par les Antiparlementaristes, qui fixait comme tâche au Conseil d’Action de développer les instruments nécessaires pour en finir avec la crise économique permanente qui est devenue l’état normal du régime capitaliste, et pour poursuivre le transfert du pouvoir, ou action politique, et de toute autorité sociale entre les mains des Conseils d’ouvriers dûment délégués et établis.

Les termes exacts de la résolution sont les suivants :

« La conférence décide

  1. – De considérer les voies et moyens par lesquels pourront être préparés et développés les instruments nécessaires pour en finir avec la crise économique permanente qui est devenue l’état normal du régime capitaliste.
  2. – De poursuivre le transfert, dans chaque district, de tout le pouvoir d’action politique et de toute autorité sociale à des Comités d’Action représentatifs des ouvriers, dûment délégués et établis.
  3. – De laisser aux organisations de propagande affiliées à ces Conseils leur droit d’agitation indépendante et d’auto-administration conformément à leurs conceptions particulières, et afin d’influencer l’opinion publique de la classe ouvrière ; pourvu que cette agitation ne soit pas en contradiction avec une adhésion loyale aux décisions pratiques du Conseil d’Action et avec un soutien fidèle de sa politique sur toutes les questions qui pourront surgir, à partir du moment où elles auront été discutées et tranchées par un vote ».

Les Parlementaristes n’ont pas d’autre programme qu’un programme de capitulations ménagées devant l’attaque capitaliste. Les anti-parlementaires ont une constitution et un programme de résistance intégrale : Construisez les Conseils prolétariens d’action, l’organisation complète de lutte et de solidarité de la classe ouvrière toute entière ! Construisez la constitution nationale des opprimés ! Que chaque prolétaire, homme ou femme, en travail ou en chômage, technicien ou manuel, sans distinction de croyance ou de tendance politique devienne un membre du ou des Conseils d’Action ! Qu’il se fasse leur propagandiste. Action directe et organisation intégrale. Tout le pouvoir aux travailleurs en Conseils. Telle est la réponse des ouvriers au carriérisme parlementaire. L’anti-parlementarisme touche au but avec un programme pour la classe travailleuse toute entière.

G.A. Aldred (Grande-Bretagne)