Mouvement international

En Bulgarie
dimanche 27 juin 2010

Je devais présenter, au dernier Congrès international, un rapport sur le mouvement anarchiste en Bulgarie, Je pense que, pour les camarades étrangers, il n’est pas trop tard pour faire connaissance avec notre mouvement, d’autant plus que pour la plupart d’entre eux, ce mouvement a été pendant tout le temps une véritable terra incognita. D’autre part, les événements qui se sont déroulés dernièrement en Bulgarie et la répression qui les suivit dirigée surtout contre les anarchistes, ont fait accroître l’intérêt du mouvement anarchiste bulgare.

Dans quelques articles, je tâcherai de faire ressortir en ses grandes lignes les principales étapes de l’évolution de l’anarchisme en Bulgarie.

Deux traits fondamentaux caractérisent cet anarchisme : d’abord. la tradition révolutionnaire qui nous a été laissée par testament de notre lointain passé, et ensuite, et surtout, la droiture et l’opiniâtreté naturelles du Bulgare qui peut librement exprimer sa pensée et lutter jusqu’à la mort pour sa réalisation. On peut ajouter aussi la haine extrême contre l’autorité en général, haine accrue par un esclavage de cinq siècles.

C’est seulement sous cette lumière que l’on peut comprendre comment, dans un petit pays comme le nôtre, nous ayons l’exemple de dizaines d’anarchistes qui meurent pour leur idéal, et toujours la mort des uns donne une impulsion à la propagande et à la lutte de beaucoup d’autres.

Naturellement, quand on parle de l’anarchisme en Bulgarie, il est inutile de remonter à l’époque lointaine des Bogomiles [1] et à la plus récente époque des Haïdouks populaires [2], bien que déjà dans ces deux mouvements nous trouvions en germe l’idée anarchiste. Il n’est pas nécessaire non plus de nous arrêter à l’époque de Botioff [3] et à Botioff lui-même qui, quoique ne s’intitulant pas ainsi, fut cependant le premier anarchiste.

Le premier qui dressa ouvertement le drapeau de l’Anarchie en Bulgarie fut Spiro Goulabtcheff (en 1892). Jusqu’alors les idées de socialisme qui avaient pénétré en Bulgarie après la Commune de Paris, avaient été plutôt un mélange des doctrines marxiste et bakouniste. Goulabtcheff fut un des premiers qui contribua à la diffusion de l’idéal anarchiste-communiste ; c’est lui qui a édite pour la première fois en bulgare les brochures de propagande de Bakounine, Kropotkine, etc.

Les premiers groupes d’étude et de propagande anarchiste surgissent alors. Mais de ce début jusqu’au mouvement anarchiste réel, nous avons une longue période de propagande, d’abord faible et sporadique, ensuite plus forte et plus organisée.

Lorsque parurent en 1909 et 1911 les journaux Bezvlastié (L’Anarchie) et Probouda (Le Réveil), il y avait déjà un terrain assez favorable à la propagation des idées anarchistes. Dans beaucoup de villes existaient des groupes, et la propagande fut intensifiée par la parution de livres et brochures, dont ceux de Reclus, Malatesta, Kropotkine, Grave, Faure, etc. Le groupe d’édition Bezvlastié édita les plus remarquables œuvres de la doctrine anarchiste (L’Entr’aide, les Paroles d’un révolté, La Science moderne et l’Anarchie etc., de Kropotkine ; Évolution, Révolution et Idéal anarchiste</i<, de Reclus et beaucoup d’autres). Des brochures de propagande ont été éditées aussi par quelques autres groupes.

Après Bezvlastié et Probouda, ce fut le journal hebdomadaire Rabotnitcheska Missal (La Pensée ouvrière), puis Oswobojdénié (L’Affranchissement).

Ces éditions ont crée une effervescence d’idées et partant des groupements isolés les principes libertaires pénétrèrent dans la masse des travailleurs. Mais la guerre mondiale arrêta temporairement la propagande. Elle clôtura la première période d’activité anarchiste en Bulgarie.

Sur la deuxième période nous reviendrons prochainement.

G.G.


[1Les Bogomiles : secte chrétienne fondée Par le prêtre Bogomile. au Xe siècle après J.-C. Les disciples du prêtre Bogomile niaient l’autorité, combattaient les lois et vivaient dans leurs communes purement Libertaires. Ils ne se rendaient pas à l’armée, étant d’irréductibles antimilitaristes ; ils ne visitaient pas les églises et étaient végétariens. Il va sans dire que l’autorité était sévère dans ses représailles envers le mouvement bogomile. Elle le poursuivait sauvagement, brûlait les écrits et les hommes. Néanmoins, ce fut le mouvement des Bogomiles qui fut la principale cause de la ruine de l’ancien État bulgare. Beaucoup de partisans du prêtre Bogomile avaient émigré en France méridionale ; ils y déployèrent leur mouvement qui était connu sous le nom de manichéisme.

[2Les Haïdouks populaires étaient les seuls révoltés pendant les temps sombres de l’esclavage séculaire. Ils vivaient dans les montagnes et combattaient l’autorité par leurs tcheta (bandes). Pendant l’hiver, les haïdouks enfouissaient leurs armes et descendaient dans la campagne jusqu’au printemps, pour reprendre de nouveau la culture. Sporadique et partiel depuis treize siècles, le mouvement des Haïdouks prit au XVIIIe siècle une grande extension et se déclencha en révolte en masse. Une vague d’insurrection s’abattit sue tout le pays.

[3Christo Botioff (1847 – 1876) poète et révolutionnaire, tué dans les montagnes, après avoir passé avec sa tchéta le Danube et avoir quelque peu bataillé avec l’armée turque. Botioff était disciple de Proudhon et Bakounine. C’était un militant distingué du socialisme libertaire. Avec Proudhon, il affirmait que chaque gouvernement est une conspiration de brigands contre la liberté des peuples. Sans ce donner le nom d’anarchiste, Botioff fut, dans sa vie et ses écrits, un libertaire conscient. C’est lui qui a fait le plus puissant éloge, dans la littérature bulgare, de la Commune de Paris.