Guerre à la guerre

lundi 22 février 2010
par  E. Armand

La condamnation du sergent Marten

Un capitaine allemand nommé von Krosigk ayant été tué au cours des manœuvres, on n’a pu retrouver l’auteur de ce meurtre — de cette vengeance plutôt. Mais l’autorité militaire ne lâche pas si facilement prise, aussi s’est-elle rabattue sur un sergent nommé Marten, acquitté une première fois par un tribunal de Ire instance et qui, sur appel du ministère public, vient d’être condamné à mort.

Vous entendez bien à mort. Un homme contre lequel n’existe aucune preuve, aucune présomption. — bon soldat, estimé de ses chefs.

Cela s’appelle, dans la vie civile un meurtre. Tous les journaux tonnent contre le jugement.

Depuis le socialiste Vorwærts jusqu’à la conservatrice Post et à l’agrarienne Deutsche Tegeszeitung, c’est un tollé général, et notre pauvre sergent n’a plus qu’un espoir ; la grâce impériale.

Encore heureux qu’on ne l’ait pas fusillé sur le champ !

Gloire posthume.

Le Matin nous narre en d’enivrantes phrases, le sort réservé aux héros morts sur le champ de bataille. La fameuse Maison des dernières cartouches à Bazeilles est l’objet d’un trafic éhonté. Et l’ossuaire de Bazeilles, ou crânes, tibias, thorax, fémurs, avant-bras. s’entassent avec les débris de képis et de casques, les lambeaux de capotes ou de tuniques, les chaussettes, les godillots, etc. Les touristes, mâles et femelles, viennent, visitent, palpent, touchent du bout de la canne ou de l’ombrelle, les ossements, ricanent, font leur réflexions plus ou moins obscènes ou déplacées.

Horrible, scandaleux !

Voilà la gloire qui vous attendait, bruns français aux yeux noirs qui vous firent hacher pour la patrie, blonds bavarois aux yeux bleus qui mourûtes pour das Vaderland.

C’est pour que vos os servent ainsi de pâture aux yeux des touristes, que des mères ont souffert pour vous mettre au monde, que des pères ont peiné pour vous assurer la subsistance. Hélas !

Alliance inévitable

Il parait que l’augmentation de l’alcoolisme en Angleterre chez les femmes et les jeunes filles et une des nombreuses conséquences de la guerre au Sud de l’Afrique. D’après le Kitchenblatt toutes les ouvrières de fabriques, sans exception, sont adonnées à l’eau-de-vie. C’est à la suite de l’excitation qui a gagné la population dans les nombreuses fêtes qui lui ont été offertes (prise de Kimberley, retour des volontaires, etc.) En 1900, quatre mille jeunes filles d’une vingtaine d’années ont été emprisonnées pour ivresse constatée.

Guerre, alcoolisme, débauche, meurtres, tout ça forme l’alliance maudite dont la racine est le pêché.

E. A.