Éditorial

lundi 26 octobre 2009
par  Noir et Rouge

La grandeur à tout prix

On dira ce qu’on voudra la grandeur est en bonne voie. Ce pays, réputé grand, aimé et estimé du monde entier pour sa « culture », son « humanisme », sa prise quotidienne de Pastilles était vraiment tombé bien bas.

Libéré par les Alliés, nourri (à la petite cuillère) par le plan Marshall, vaincu par quelques bandes d’Asiates dans la cuvette de Dien-Bien-Phu, humilié par la spectaculaire ascension économique de l’Allemagne, ce pays n’était plus au fond qu’une puissance d’avant-dernier ordre, une sorte de colonie américaine. Un pays sans bombe atomique.

Mais, de Gaulle était là… Grand chef d’une petite puissance il lui fallait se faire remarquer. Mais comment attirer l’attention des Grands lorsqu’on n’est pas capable de venir à bout, même avec les moyens les plus barbares, de « quelques bandes d’Arabes », lorsque, sur le marché mondial, on n’est pas fichu d’avoir des prix compétitifs, lorsqu’on n’a pas de bombe A… ?

Faute de pouvoir jouer les molosses, de Gaulle choisit la tactique du roquet, du petit qui fait ch… les grands, qui mordille les chevilles et s’attache aux basques.

Alors, comme une starlette pique sa crise de nerfs au milieu des grandes vedettes pour se faire remarquer du producteur, de Gaulle fit du tapage : et de soustraire la flotte française de la Méditerranée à l’emprise de l’OTAN, et de retarder la Conférence au sommet, et de montrer à la « perfide Albion » qu’on est pas moins perfide qu’elle… Et de faire entendre à Mr. L. qu’au fond, on pourrait s’arranger puisque dans 50 ans il nous faudra tous ensemble, nous les Blancs, nous défendre contre le péril des Jaunes de Pékin. Et d’inviter le Mr. K. à venir montrer patte blanche blanche en France…

Pour bien montrer qu’on est grand, on se paye le luxe d’essayer de faire exploser une petite bombe de rien du tout, du type foire à la féraille d’Hiroschima 1945. Laquelle volatilisa tout de même plus de 200.000 habitants de l’infortunée ville japonaise, sans compter les morts « à retardement » dont la liste, depuis cette époque, jour après jour s’allonge… Mais de ces babioles la « France » n’a cure. D’ailleurs, il n’y a qu’a écouter le Grand Charles lui-même, Debré, Nocher, grâce à « notre » bombe, on pourra faire la paix. En attendant, on fait donc la bombe. Ce qui « nous » vaut d’être condamné par les 2/3 des Nations unies (la voilà bien l’Anti-France !). Alors on déclare passer outre…

Qu’on le veuille ou non, la tactique De Gaulle réussit, on tient désormais compte de la France, cette emmerdeuse…

D’ailleurs, tout le monde y trouve son compte :

Les U.S.A. Le mot autodétermination valant pour les « Américains » son pesant de pétrole, les incite à, fermer les yeux sur les fredaines gaullistes.

L’U.R.S.S. : La France étant tout de mène le plus court chemin entre les États-Unis et l’Allemagne fédérale et une chaîne n’ayant que la résistance de son plus faible maillon… Mr. K. n’a qu’a se féliciter de voir la France ruer dans les brancards de l’OTAN.

Que ce soit sur le plan international ou sur le plan national, le style De Gaulle varie peu.

Au monde divisé, à la France divisée, il s’offre en arbitre flattant ou gourmandant a tour de rôle, les uns et les autres, brouillant les cartes de chacun pour mieux glisser la sienne.

Comme tout bluff, c’est un jeu dangereux. Il peut réussir pendant quelques temps, mais s’écrouler au moindre incident, une peau de banane déposée négligemment par un membre de Jeune Nation dans l’escalier de l’Élysée, ou une pincée de poudre de perlimpinpin dans le potage Biaggi du général et tout serait consommé.

Un Caïd

Mais rassurons-nous : pour l’instant, il est là, et un peu là, il parle d’or (et accessoirement du pétrole saharien).

Le peuple, dans sa généralité, est rassuré « De Gaulle va faire la paix en Algérie », et commence à le regarder comme un bon papa faisant le don de sa personne ce qui quoi qu’on en dise, est toujours bien vu en France.

Rendons à César ce qui lui revient : sa paix, elle prend des allures de césarienne.

Et surtout les Français, incorrigibles cocardiers, se réjouissent de la « grandeur » retrouvée. Car enfin, Staline eût ri au nez d’un Vincent Auriol si celui-ci s’était avisé de l’inviter, et l’Amérique eût coupé illico les crédits Marshall dès la moindre rumeur d’une bombe A française, sous le règne d’un des quelconques présidents « le » précédent.

Les fins lettrés dodelinent de la tête sur les « Mémoires de Guerre » non par sommeil, mais parce qu’ils reconnaissent que ce De Gaulle, pour un général, a de la syntaxe, est pétri de latinités et est même doué d’un certain sens de l’Histoire.

Quand à la « gauche », la voilà bien rassurée : plus besoin de faire semblant de lutter pour la paix en Algérie puisque l’autodétermination est proposée par De Gaulle…

Et puisque Thorez vous le dit, en faisant crisser les pneus du Parti dans un virage digne de la Série Noire, « il faut savoir terminer une guerre » et De Gaulle saura bien, lui qui y est « contraint par l’action des masses guidées par le P.C.

Du Général au particulier

Oui, pas d’erreur, le « style » De Gaulle, c’est quelque chose de nouveau et il nous faut essayer d’y voir clair, de ne pas tomber dans le panneau.

Car à ce « style », qui, par certaine côtés, s’apparente du point de vue technique à la « diplomatie » d’un Nasser ou d’un Krouchtchev, la gauche benoîte qui n’y voyait encore, il y a peu, que de l’« empirisme » risque bien de se laisser prendre.

Parce que De Gaulle n’installe pas le fascisme qu’on croyait, parce qu’il veut « autodéterminer » les Algériens, parce que Mr.K. vient voir si la soupe est bonne, une certaine gauche a tendance a croire que c’est arrivé et que le problème n°1 qui ce pose au parti ou au syndicat est la reprise des cartes 1960…

Une seule lecture : la feuille de paye ! tel pourrait être le mot d’ordre.

La trahison des Leclerc

Sur le plan économique le gaullisme a mis en sommeil ses beaux projets d’association Capital-Travail.

Il mise actuellement sur la baisse des prix et pour cela n’a pas hésité à favoriser l’« expérience Leclerc » quitte à se mettre à dos les « petits commerçants ». Bien que les ouvriers omettent rarement, lorsqu’ils sont en vacances a Palavas-les-Flots, d’envoyer une carte à leur crémière, ils ont au fond du cœur une sourde haine des commerçants, haine positive en ce sens que le commerçant vivant de l’exploitation des travailleurs au stade de la distribution, rejoint le patron qui exploite a celui de la production. Les commerçants sont partie du régime d’exploitation que les travailleurs devront tôt ou tard abattre.

En ce domaine l’« expérience Leclerc » connaît quelque popularité puisque ses magasins font une baisse réelle de 20%, et qu’ils rencontrent l’hostilité du commerce traditionnel.

L’« expérience » Leclerc une fois débarrassée de son tam-tam démagogique, qu’en reste-t-il ?

1°) Un super-patron, (chaîne de succursales) qui raccourcit le circuit traditionnel de distribution en se passant des intermédiaires ce qui lui permet d’abandonner 20% de son chiffre d’affaire et d’accroître ses bénéfices et, par le côté inhabituel de l’opération, de se passer d’un budget de publicité celle-ci étant assurée par la presse et radio gouvernementales.

2°) Une entreprise qui surmonte par la concentration le destin du petit commerce qui est voué économiquement à un processus de disparition.

Quoi de « révolutionnaire » en tout cela ? Ah ! oui le raccourcissement du circuit ! Mais les Prisunics et Monoprix avaient déjà pratiqué cette méthode, seule adaptée au capitalisme actuel.

Alors ? Pour qu’il y ait révolution dans l’épicerie il faudrait qu’il y ait, non seulement raccourcissement du circuit, mais liaison directe production-consommation et suppression du PROFIT. Hors cela, i1 n’y a qu’aménagement au sein du capitalisme et au fond nous n’en avons rien a foutre – « Aménageons » plutôt notre propre classe pour abréger notre exploitation.

Le capitalisme évolue, l'exploitation demeure

Quant à De Gaulle, il reste « l’homme des monopoles ». Il est donc l’homme du capitalisme moderne. Quoi de plus normal qu’il soit avec les trusts pétroliers pour l’exploitation du pétrole du Sahara, contre le capitalisme local d’Algérie, à forme coloniale vétuste.

Quoi de plus normal qu’il joue le super Market et le « Leclerc » contre l’épicier du coin.

Car l’Ultra vinassier d’Algérie, tout comme l’épicier ou l’artisan sont des vestiges d’un capitalisme dépassé, absorbé par l’évolution économique.

Ce qui nous intéresse en tout cela ce sont les modifications qui résultent de cette évolution sur les conditions de notre exploitation.

En Schématisant et d’un coup d’œil rapide on voit que ces concentrations auront pour effet d’absorber les entreprises fortes et de rejeter vers le prolétariat la majeure partie du petit commerce après sa faillite. Après que la lutte des classes eut souffert de l’écran constitué par les classes moyennes il semble que la redistribution des classes doive s’opérer vers un retour à deux classes plus délimitées : prolétariat et monopoles.

Le Marché Commun, après quelques années confirmera cette tendance. Déjà les plus grandes sociétés des 6 pays opèrent des jumelages internationaux, jumelages qui pourraient être bientôt suivis de fusions. À ces concentrations supranationales il faudra bien que les travailleurs répondent par une coordination de leur lutte et un accroissement de celle-ci. Il faudra bien renouer avec un internationalisme actif.

Le problème, pour les travailleurs ne sera pas résolu par une autodéfense chauvine. Il ne pourra l’être que par une solidarité constante dans la lutte des ouvriers des 6 pays.

Les ouvriers auront alors à surmonter leurs particularismes, à se débarrasser de leurs influences (démocratie chrétienne et P.C. en Italie, Sociale-démocratie en Allemagne, P.C. en France, Démo-chrétienne et sociale démocratie en Belgique) à créer leurs organismes de lutte de classe, faute de quoi la surexploitation pour les uns, le chômage permanent pour les autres seraient leur lot.

Noir & Rouge