Dans notre courrier

, par  Rüdiger (H.) , popularité : 3%
Suite à la parution du notre n°13, le camarade H. Rüdiger de la S.A.C. (Anarcho-sndicalistes de Suède) nous avait envoyé un mot concernant l’article relatif à la « Beat Generation » (La Révolte de la Jeunesse), dans lequel il disait, à propos du phénomène plus spécifiquement suédois, que « ces phénomènes sont intéressants, nais il est difficile de les interpréter et d’en tirer des conclusions… »

À cela, nous répondions en demandant au camarade de rédiger ce qu’il pensait, lui, de ce problème. En tant qu’anarcho-syndicaliste, et aussi en tant qu’habitant de la Suède (où, rappelons-le, de violentes manifestations de jeunes eurent lieu, ces dernières années, à plusieurs reprises et en plusieurs endroits. À Stockholm notamment.).

Nous recevons, in extremis, une lettre de lui, d’où nous extrayons les passages suivants :

(…) « Il est vrai, il faut étudier le problème de la jeunesse, et nous le faisons d’une façon permanente. Il n’y a aucune théorie officielle ou définitive pour expliquer ces faits [1], et aucun remède absolu et sûr.

Matériellement : les appartements des familles sont trop petits ; les jeunes gagnent bien et ne savent pas quoi faire de leur argent ; éthiquement : c’est une jeunesse sans idées, sans idéal social. Mais, comme il est naturel, elle est pleine de vitalité, comme les jeunes toujours. Ils font leur « révolution sans idées », ils ont un besoin (naturel et justifié) de se séparer des adultes, de trouver un autre « style ». À tout prix. Un style sans contenu.

Puis, il y a une autre chose : la fin, l’effondrement de toutes les idéologies. Les jeunes n’aiment plus les « grandes idées » qui ont apporté trop de malheurs à l’humanité. C’est aussi vrai. Mais leur rébellion est purement matérialiste, parce que le vide remplace les idéologies.

Je ne veux pas essayer de parler des remèdes. C’est très difficile. Il y a mille remèdes, et c’est toujours individuel. Il faut de la patience et ne pas accuser ou condamner. Le salut peut seul venir de la jeunesse elle-même.

Je pense aussi que l’appel à la lutte sociale, conçue économiquement, a perdu son sens pour cette jeunesse.

Voilà quelques idées. Mais c’est tout à fait personnel et je n’ai aucun programme, ni rien. Il faut être modeste. Je tâche de voir une espèce de libération aussi dans la nouvelle attitude des jeunes – la libération du joug des « grandes idées ». Mais c’est une liberté vide de sens. Il faut poser la question de Nietzsche : il n’est pas intéressant wovon (de quoi) je suis libre, mais wozu, c’est-à-dire ce que je veux faire de ma liberté, con contenu. (…)

[1« Ces faits » : « Je ne pense pas seulement à certaines formes d’agressivité qui se sont produites, mais aussi au nouveau « style de vie » des jeunes, à des provocations innocentes et à l’indifférence politique et sociale, au mépris des idées, etc. »