La Commune d’hier à aujourd’hui

, par  Bolzer (B.), Mahé (S.) , popularité : 4%

Les commémorations de la Commune ne manqueront pas. Du P.C.F. aux intellectuels bourgeois, en passant peut-être — qui sait ? — par la très gouvernementale télévision, on évoquera l’attendrissante et tragique épopée. Mais il ne suffit pas pour nous de dire que « les communards montèrent à l’assaut du ciel », il s’agit d’en tirer les leçons.

1871 : Malgré la répression policière sous l’Empire, les travailleurs s’organisent.

Le 18 mars, c’est l’insurrection armée ! Mais Engels aura beau dire : « La dictature du prolétariat, c’est la Commune de Paris », les communards de 1871 voulaient, eux, détruire l’État, briser la machine bureaucratique et militaire, et non la faire passer dans leurs mains.

La Commune eut certes ses faiblesses, ses insuffisances, ses erreurs… qui lui furent fatales. La révolution bolchevique eut Cronstadt, qui ne fut pas seulement un drame, mais bel et bien l’échec d’une révolution et la fin des Soviets.

Avec l’expérience stalinienne, nous voyons à quel point la lutte acharnée des Communards pour une cause vite désespérée prend de l’importance dans l’histoire du mouvement ouvrier. Ce n’est pas une querelle de pure forme entre marxistes et fédéralistes, mais deux conceptions de l’émancipation des travailleurs qui, à ce stade, s’opposent.

Certes, isolée de la province, la Commune de Paris ne pouvait rien surtout quand oubliant ses divergences la bourgeoisie internationale venait en aide aux Versaillais : Bismarck libère 100.000 prisonniers pour mater les communards.

Il manquait à la Commune une organisation qui, reconnaissant les tendances au socialisme naissant, aurait, sur une base fédérative, été capable de coordonner les luttes. Il fallait cette organisation capable de fédérer les communes de France.

Ce que nous devons en revanche dénoncer c’est cette opinion perfidement répandue par les adversaires véritables de la Commune, bourgeois ou staliniens, selon laquelle celle-ci mourut de la multiplicité de ses tendances. Au contraire, la Commune de 1871 fut la démonstration vivante et exaltante de la démocratie ouvrière. Blanquistes, anarchistes, internationalistes et autres coopérèrent à la construction de la Commune. On constate d’ailleurs qu’aux moments les plus cruciaux, les majorités et minorités passèrent au travers des tendances. Dans ce domaine, la Commune donne un exemple.

Les filles de la Commune, ce furent d’abord les communes rurales d’Aragon qui en 1936 pratiquèrent la gestion directe de l’agriculture et réussirent même à éliminer la monnaie ! Ce fut la révolution hongroise de1956, et plus près de nous les « événements » actuels de Pologne.

En 1956, en Hongrie, tout un peuple se révolte contre l’exploitation de la bureaucratie stalinienne ; les ouvriers hongrois se battent pour instaurer un véritable socialisme tandis que la presse réactionnaire et les bureaucrates staliniens s’accordent pour ne voir dans cette révolution qu’une réaction nationaliste et de petits-bourgeois.

Ensemble, ils ont sali la révolution hongroise qui était irrécupérable pour les uns comme pour les autres. En vérité, malgré le joug stalinien et les bourrages de crâne, les Hongrois ont redécouvert spontanément les formes naturelles de lutte de la « Commune de Paris » et ont montré aux travailleurs la voie du socialisme. Il est bon de comparer les aspirations des communards et les revendications des conseils ouvriers hongrois.

En 1871, les usines abandonnées sont remises aux associations ouvrières. En Hongrie la gestion directe des usines par les conseils ouvriers est à l’ordre du jour.

Sous la Commune le traitement des fonctionnaires de l’administration et du gouvernement ne doit pas dépasser le salaire d’un ouvrier. Les Hongrois demandent l’écrasement de la hiérarchie des salaires.

En 71, l’armée permanente instrument de la bourgeoisie est remplacée par l’armement du peuple. En Hongrie, en 1956, on crée les milices ouvrières.

Les communards veulent une fédération des communes de France. En Hongrie les conseils ouvriers s’opposent à la reconstruction d’un nouveau pouvoir bureaucratique et, en se fédérant, s’apprêtent à assumer l’organisation du pays.

On n’a pas le droit de célébrer en France la Commune de Paris quand on a laissé écraser dans le sang la révolution hongroise et quand on se tait — ou presque — devant les « événements » de Pologne !

Ne nous trompons pas, l’anniversaire de la Commune ce n’est pas seulement une médaille que l’on astique ni un drapeau noir ou rouge que l’on promène devant le mur des Fédérés ; c’est une lutte incessante que la bourgeoisie réprime avec son État, ses curés en civil et ses flics ; c’est la lutte de tous les jours, ingrate et besogneuse avec de temps en temps ses juin 36, mai 68, ses Espagne, ses Hongrie et ses Pologne.

Ce que les travailleurs hongrois et polonais ont découvert spontanément malgré l’emprise du stalinisme, les travailleurs français peuvent le retrouver à leur tour.

Il nous appartient à nous, militants anarcho-syndicalistes, d’agir pour que cela soit.

Agir avec notre classe, là où elle est organisée et particulièrement dans les syndicats puisque c’est par là que passe encore l’essentiel de la lutte des classes.

Finalement, la répression de M. Thiers, les chars russes, et dans une moindre mesure les accords Matignon et les accords de Grenelle,

« Tout ça n’empêche pas, Nicolas, qu’la Commune n’est pas morte ! »

B. Bolzer – S. Mahé.
Groupe de Nantes