Le Calice

mardi 15 septembre 2009
par  Bizeau (Eugène)

Nous publions ci-dessous trois poésies inédites de notre camarade Eugène BIZLAU. Ces poésies sont extraites du recueil Le Calice, à paraître prochainement.

DU TAC AU TAC

« Il faut courir vers le front :
C’est le devoir qui l’exige ! »
Docile comme un mouton
Et bête jusqu’au prodige !….
 
« Il faut avoir les élans
D’un peuple que la foi mène !… »
Sous les obus crépitant
Qui fauchent la race humaine !…
 
« Il faut par de beaux exploits
Montrer que la France est forte »
Et que lés jambes de bois
Sont faites pour qu’on les porte !…
 
« Il faut, d’un effort puissant,
Le front nimbé de lumière »
Apprendre aux buveurs de sang
Comment on mord la poussière !…

FAUX ENTRAIN

Élan spontané des vertus guerrières
Quand a retenti l’appel du clairon,
L’entrain des soldats « courant aux frontières »
Cracha vers le ciel un brutal juron :
 
Car, malgré les chants criminels et bêtes
Qu’on donne en pâture au peuple martyr,
Jamais les combats ne seront des fêtes
Pour les .pauvres gens qui vont y mourir.
 
Vouloir qu’ils soient gais, qu’ils aient un air crâne,
Sans voir que leur front s’est creusé d’un pli,
C’est avoir en soi le cerveau d’un âne
Ou la cruauté d’un monstre accompli.
 
Ce soir, ayant bu l’alcool à pleins verres,
Ils se croient déjà sur les bords du Rhin,
Mais les plus joyeux ne sont pas sincères,
Et dans leur ivresse il est du chagrin.
 
Avant de sourire au breuvage influe
Qui fait oublier misère et douleur,
Ils ont eu d’abord des larmes dans l’âme,
Et ces larmes-là leur venaient du cœur !…

UN HOMME

« Et ce qui courbe un peuple -avorte aux pieds d’un homme ! »’ Victor Hugo

Toi, tu n’as pas commis le crime d’obéir,
Et tu l’as condamné du fond de ta géhenne ;
Et l’on a fait de toi l’apôtre et le martyr
Incarnant le meilleur de la nature humaine.
 
Toi, tu n’as pas voulu sabrer les Allemands
Ni leur offrir non plus la cible de ton crâne,
Et rien n’a prévalu sur les raisonnements
Que ton courage oppose à ceux d’une peau d’âne.
 
Rien n’a pu détourner tes yeux de l’horizon
Où brille à tes regards la vérité suprême ;
Et pour ton idéal tu braves la prison
Avec la noble foi d’un laboureur qui sème.
 
Devant l’écroulement des marbres de Paros
Où la célébrité gravait d’autres images,
Ton attitude altière est celle d’un héros
Digne des plus beaux noms et des plus grands hommages.
 
Et si Diogène, un jour, sa lanterne à la main ;
Venait scruter le cœur des gens que l’on renomme,
En disant à plus d’un : « Va-t’en de mon chemin ! »
C’est chez toi qu’il irait pour découvrir un homme !

Eugène BIZEAU.