La vénus d’Arles

, par  Aubanel (Théodore) , popularité : 5%
Tu es belle, ô Vénus d’Arles, à faire devenir fou !
Ta tête est fière et douce et tendrement ton cou
S’incline, Respirant les baisers et le rire,
Ta fraiche bouche en fleur que va-t-elle nous dire ?
Les amours, d’une bandelette, avec grâce ont noué
Tes longs cheveux sur ton front, par ondes frisés.
O blanche Vénus d’Arles, O reine provençale,
Aucun manteau ne cache tes superbes épaules ;
On voit que tu es déesse et fille du ciel bleu ;
Ta belle poitrine s’offre à nous, et l’œil plein de flammes
Se pâme de plaisir devant les jeunes hauteurs
Des pommes de ton sein, si rondes et si pures.
Que tu es belle !… Venez, peuples, venez téter
À ses beaux seins jumeaux, l’amour et la beauté.
Oh ! sans la beauté que serait le monde ?
Que luise tout ce qui est beau, que tout ce qui est laid se cache !
Fais voir tes bras nus, ton sein nu, tes flancs nus,
Montre-toi toute nue, ô divine Vénus !
Ta beauté t’habille mieux que ta robe blanche ;
Laisse à tes pieds tomber la robe qui, autour de tes hanches,
S’enroule, cachant tout ce que tu as de plus beau :
Abandonne ton ventre aux baisers du soleil !
Comme le lierre s’agrippe à l’écorce d’un arbre.
Laisse dans mes embrassades étreindre en plein ton marbre ;
Laisse ma bouche ardente et mes doigts tremblants
Courir, amoureux, partout sur ton corps blanc,
O douce Vénus d’Arles ! Ô fée de jouvence !
Ta beauté qui répand sa clarté dans toute la Provence
Fait belles nos filles et nos gars sains ;
Sous cette chair brune, Ô Vénus ! il y a ton sang,
Toujours vif, toujours chaud. Et nos filles alertes,
Voilà pourquoi elles s’en vont, la poitrine ouverte ;
Et nos gais jouvents, pourquoi ils sont forts
Aux luttes de l’amour, des taureaux et de la mort.
Et voilà pourquoi je t’aime, — et ta beauté m’égare,
-- Et pourquoi, moi chrétien, je te chante, ô grande païenne !

Théodore Aubanel

Traduction littérale de José Rouquet