Les ouvriers de Pékin ont commencé à s’organiser

Notes pour servir à l’histoire de l’Union autonome des ouvriers de la capitale
samedi 11 juillet 2009
par  Pino (Angel)

Un mouvement qui naît de lui-même, qui n’a pas de chefs ?
Il y a quelque chose là-dessous.
Jean-Paul Sartre
(« Les Communistes et la Paix »

… l’autonomie ! Tous devez connaître ça, Vingtras, vous, qui avez fait vos classes ? Ça vient du grec, à ce qu’ils disent, les bacheliers !… Ils savent d’où ça vient, mais ils savent pas où ça mène !
Et de rire en sent son verre !
Jules Vallès, l’Insurgé

Le 26 avril, l’éditorial, désormais fameux, du Quotidien du peuple stigmatise « une petite poignée d’individus » qui a « usurpé l’étiquette d’organisation ouvrière pour diffuser des tracts réactionnaires, et multiplié les contacts afin de susciter encore plus de troubles ». Il est ici fait allusion, probablement, au groupe qui, sous la signature d’« Union des ouvriers de Pékin », a mis en circulation, quelques jours plus tôt, le 21 avril, deux libelles intitulés respectivement : « Adresse au peuple de toute la ville » et « Dix questions ». [doc. n° 1 et 2] C’est, en tout cas, de cette manière que l’interpréteront les signataires des dits libelles. Dans une « Adresse aux compatriotes de tout le pays » du 17 mai [doc n°4], qui nous renseigne au passage sur la date de la fondation de cette société, ceux-ci déclarent :

Nous, l’Union des ouvriers de Pékin, dans le but de sauvegarder les intérêts des ouvriers, nous nous sommes formellement constitués à Pékin, le 21 avril 1989. Le jour même, nous avons publié deux textes : « Adresse au peuple de toute la ville » et « Dix questions » que l’éditorial du « 26 avril » a salis en les qualifiant de réactionnaires.

Entre la sortie des textes incriminés par l’organe du Parti communiste chinois et celle de la riposte de leurs auteurs, presque un mois s’écoulera sans qu’apparemment l’Union des ouvriers de Pékin se signale à l’attention par un nouvel écrit. En revanche, par la suite, durant la séquence chronologique qui précédera la nuit tragique du 3 juin, pas un jour ne passera, ou presque, sans qu’une ainsi nommée Union autonome des ouvriers de Pékin ne couche sur le papier son sentiment. En réalité, le 17 mai ne marque pas la date d’extinction totale de l’Union des ouvriers de Pékin : tout conduit à conjecturer que ces deux associations n’en faisaient qu’une et que les promoteurs de la deuxième se sont contentés d’adjoindre le qualificatif « autonome » à l’intitulé de la première.

De la protection des étudiants à une intervention autonome

C’est donc le vendredi 19 mai que l’Union autonome des ouvriers de Pékin a pris naissance, lors même que les autorités décrétaient la loi martiale. Au bas de son premier manifeste [1], ses fondateurs alertaient leurs frères du reste du pays : « Les ouvriers de Pékin ont commencé à s’organiser ! » [doc n°5]. Lorsque les premiers ouvriers se sont engagés aux côtés des étudiants, ils ont agi par sympathie envers la lutte de leurs jeunes concitoyens. Sympathie qui se traduira tout à la fois par un soutien moral et par une aide plus matérielle : collecte de fonds ou bien encore assistance logistique — on sait, par exemple, que dès l’instant où les étudiants ont entamé leur grève de la faim sur la place Tian’anmen, soit dès le 13 mai, les ouvriers ravitailleront, en nourriture et en eau potable, les étudiants venus encourager leurs camarades qui jeûnent et près desquels ils se tiennent en permanence. Mais cette bienveillance se traduira également par une intervention moins impersonnelle : après la proclamation de la loi martiale, le 20 mai, l’Union autonome agencera un service d’ordre gros de deux mille cinq cents piquets [2], destiné tout à la fois « à assurer la protection de la vie des étudiants et à maintenir la stabilité de l’ordre public à Pékin », et à « garantir l’acheminement de toutes les ressources de Pékin et des produits nécessaires à la vie courante des citadins […] ainsi que l’acheminement de tous les produits de première nécessité » [doc. n° 7]. L’Union ira même jusqu’à s’offrir d’harmoniser le chœur des « équipes chargées du maintien de l’ordre social », s’enorgueillissant, incidemment, de la qualité de son service, et magnifiant « l’ordre révolutionnaire parfait que respectent plusieurs millions de gens ». Enfin, chaque fois que les circonstances l’ordonneront, on apercevra les ouvriers à la tête des Pékinois, tout spécialement lorsque la population entravera l’avancée des troupes chargées d’imposer la loi martiale. Comme le résumera un porte-parole de l’organisation : « [leur] première tâche était de protéger les étudiants » [3].

Là ne se bornera pas le rôle de l’Union autonome des ouvriers de Pékin. Ceux qui la composent vont s’appliquer aussitôt à entraîner le prolétariat pékinois dans le mouvement mais, cette fois, en tant que sujet et pas uniquement comme une force d’appoint. Cela, pour deux raisons. D’une part — raison accessoire —, parce que les membres de l’Union sont persuadés que les étudiants, abandonnés à leurs seules forces, n’obtiendront rien du gouvernement et que seule la coalition des producteurs directs, eux qui détiennent le pouvoir de paralyser le procès de production, assure quelque chance aux revendications étudiantes d’aboutir. D’autre part — et l’on tient là la raison fondamentale —, parce qu’ils sont intimement convaincus qu’une participation concrète des masses laborieuses, et du reste de la population, contribuera à créer une situation rendant tout retour en arrière impossible, et, partant, « à envoyer la tyrannie en enfer » [doc. n°3], à « renverser la dictature et le totalitarisme » et à « promouvoir la démocratie » [doc n°9] : pour l’Union autonome des ouvriers, en effet, — et ses représentants prenaient, en ce sens, le contre-pied de l’opinion des leaders étudiants —, il n’a jamais fait de doute qu’avec la proclamation de la loi martiale, une nouvelle phase avait débuté qui rejetait au deuxième plan les initiatives étudiantes. La jeunesse des écoles, selon elle, en s’engouffrant dans la coche entaillée par la mort de Hu Yaobang et en menant les choses aussi loin qu’elle en avait la faculté, avait accompli sa tâche historique [doc n°5]. Une première manche avait été remportée [doc n°11], s’ouvrait alors la « bataille décisive » dans laquelle les ouvriers avaient leur mot à dire. Les appels de l’Union ne prêtent à aucune équivoque sur ce point [doc n°9, 11, 12, 13, 15]qui développent presque une morale du sacrifice [doc. n°3, 5]. Le mouvement s’étant, dorénavant, mué en un mouvement global de la société [4], il revenait à la société entière de l’assumer, et en tout premier lieu à la classe ouvrière. Le 20 mai, l’Union énonce ses objectifs : « Lutter pour la démocratie, s’opposer à la dictature, soutenir et protéger les étudiants qui font la grève de la faim, et accélérer le processus de démocratisation du pays… » [doc n°6]. Et le lendemain, elle extérorise sans ambages la ferme prétention de conduire la manœuvre : son but « consiste à diriger correctement ce mouvement démocratique et patriote » [doc n°7]. Les membres de l’Union — armés de cette certitude que les autorités chinoises leur ressassent depuis des lustres, et que stipule la Constitution, à savoir que la classe ouvrière dirige la Chine, et prouvant qu’à leur tour ils savent jouer du langage qui sanctifie la dictature du prolétariat — estimeront que la « classe ouvrière [étant] la classe la plus avancée », il lui revient d’en « incarner la force cardinale » [doc n°9, 12]. Tout en se plaignant que tel ne soit pas le cas dans la société actuelle : « Une réforme radicale du système d’État […] permettra au peuple de devenir le maître véritable » [doc n°17]. L’Union rêve, donc, d’exprimer « véritablement les aspirations des ouvriers » [doc n°8, 16]. Selon toute vraisemblance, l’idée du prolétariat investi d’une mission émancipatrice, chère à Marx, sous-tendait la dialectique de l’Union autonome. Toutefois, à distance et vu de l’extérieur, on a du mal à distinguer, dans un discours dont les accents trahissent tous les dehors de l’avant-gardisme, entre une argumentation purement rhétorique et ce qui relève de l’adhésion sincère à un postulat éthique.

Pour obliger les autorités à exaucer les vœux des grévistes de la faim [5], donc, l’Union pensera à user de la menace du débrayage. (Recours à une forme élémentaire du combat ouvrier qui n’en témoigne pas moins d’une certaine audace si l’on songe que la dernière Constitution chinoise, celle de 1982, dénie à la population le droit de grève [6], et qui ne laisse pas d’être étonnant si on considère que l’Union a multiplié les professions de foi légalistes[doc n°4, 7, 8, 16] ). Ainsi, le 19 mai, l’Union évoque un éventuel arrêt de travail total qui durerait vingt-quatre heures, à compter du lendemain, midi [doc n°5]. Et, effectivement, le 20 mai, à cinq heures huit, très exactement [7], elle lancera un mot d’ordre de grève générale auprès des actifs de la ville, mais pour une durée illimitée (l’appel ne s’étend pas aux agents des secteurs de l’électricité, de l’eau et du gaz, ni à ceux des postes et télécommunications) qui ne s’achèvera qu’avec le départ des troupes, de Pékin. Quant à apprécier en toute rigueur les répercussions de cet appel, la besogne ne se révèle pas aisée. Certes, les autorités ne manqueront pas d’arguer des désordres survenus dans la production et l’aménagement du travail pour légitimer l’intrusion de l’armée, mais cela ne nous renseigne nullement sur l’ampleur des débrayages. Pour autant que nous puissions trancher, tout porte à croire qu’ils sont restés très marginaux, les autorités n’ayant cessé de jouer alternativement de la carotte et du bâton pour dissuader toute initiative : les directions des usines ont brandi l’épouvantail des licenciements [8] ou promis des « primes de stabilité » [9]. Même si l’Union autonome a pu, dans un accès d’optimisme serein, certifier que : « personne n’[était] en mesure de […] contraindre [les ouvriers], sous la menace des armes [doc n°12], au travail, qu’elle ait songé, le 22 mai, à le réitérer, nous incline à penser que son appel à interrompre la production n’avait pas dû être entendu [10].

Notons, également, que l’Union ne se tiendra pas à l’écart des démonstrations de rue. Elle paradera, sous son drapeau et derrière ses calicots, dans les grands cortèges de Pékin, et en particulier dans ceux du 25 et du 28 mai, proposant, pour l’occasion, ses propres slogans [doc. n°10 et 15].

L'auto-organisation

À sa fondation, l’Union établira un comité permanent qui désignera un commandant en chef. Mais la question de l’autorité ne s’est aucunement imposée à elle comme une priorité, l’improvisation conservant une part prépondérante : « Au début, nous n’avons pas procédé à des élections. Nous avons donné la priorité à la qualité. Et ceux qui en avaient le désir et le talent, nous leur avons confié le rôle de dirigeants » [11]. Ensuite, le 21 mai, l’Union assignera les postes au sein de son comité permanent et communiquera son organigramme : un collectif de direction, un secrétariat, un bureau à la propagande, un service d’intendance et un bureau de liaison [doc n°7] [12]. Le 25 mai, elle rendra public un « Programme préparatoire », élaboré, semble-t-il, le 21, où elle se dépeint par-dessus tout comme une organisation autonome et indépendante, que chacun rejoint (ou quitte) volontairement. Et, trois jours plus tard, le 28, elle divulgue ses « Statuts provisoires », plate-forme qui intègre, dans son préambule, le « Programme préparatoire ». Mais ces statuts décrivent en fait le fonctionnement interne d’une organisation à venir : l’assemblée générale, le comité permanent et la commission exécutive [doc n°16]. Car, parlant d’elle, l’Union autonome n’évoquera jamais autre chose qu’une commission préparatoire [doc n°21]. C’est assez dire que l’Union ne s’est jamais considérée autrement que comme une association transitoire « adaptée à la situation » [doc n°7] [13], une « organisation spontanée provisoire créée par les ouvriers de la capitale dans une période exceptionnelle » [doc n°6], et qu’elle avait en vue la formation d’une structure stable, aux contours fermes.

L’Union autonome, quand bien même sa raison sociale suggérerait le contraire, n’était pas un corps strictement pékinois. Elle englobait, dès l’origine, des travailleurs venus de tous les coins du pays que les manifestations étudiantes avaient attirés à la capitale. Et c’est à bon droit qu’elle aurait pu se prévaloir du titre d’« Union autonome des ouvriers chinois ». Mais, pour des raisons qui ressortissent assurément à la tactique, ses fondateurs lui ont délibérément substitué une dénomination plus modeste, propre à ne pas inquiéter les autorités. On ne sache pas que Deng Xiaoping soit un familier de la langue d’Homère, mais s’il ignore d’où elle vient, il sait mieux que quiconque — lui qui préside aux destinées d’un parti qui ne comptait qu’une cinquantaine de sectateurs lors de sa fondation, en juillet 1921 et qui est aujourd’hui le parti le plus important en nombre dans le monde —, où peut conduire l’autonomie. Et, sous son règne ou sous celui de Mao, chaque fois qu’un cercle quelconque a fait mine de se constituer sur une base nationale, ou regroupant toutes les couches de la société, les « Jésuites de l’État », pour paraphraser Marx, n’ont eu de cesse de le réduire à néant.

Signalons ici l’existence de multiples organisations ouvrières libres disséminées dans tout le pays, dont rien n’autorise à établir avec certitude si elles entretenaient entre elles des liens organiques ou si elles se sont constituées à l’imitation de celle de leurs homologues de Pékin [14]. L’étendue du phénomène autonomiste, sur lequel nous sommes encore mal renseignés, ne s’est d’ailleurs révélée qu’à l’heure où les autorités ont déclenché l’offensive, les circulaires sur l’interdiction des « organisations illégales », les avis de recherche et les comptes rendus d’arrestation mentionnant des compagnies dont parfois nul ne soupçonnait l’existence : le Groupe de soutien des ouvriers de Wuhan, l’Union autonome des ouvriers de Shanghai, l’Union autonome des ouvriers de Nankin, l’Union autonome et démocratique des ouvriers de Xi’an, l’Union autonome des ouvriers de Changsha, l’Union autonome des ouvriers de Hangzhou, l’Union autonome des ouvriers du Guizhou, la Solidarité de Nanchang, etc. [15] Une Union autonome des ouvriers de Canton a même choisi de s’édifier au lendemain des massacres de Pékin [doc n°23]. Mais nous y reviendrons.

L’Union autonome des ouvriers de Pékin enregistrait les inscriptions, sans distinction de branche ou de secteur d’activité. Des employés de plus de quarante industries de la ville (lesquelles embauchent environ cent mille personnes) s’y seraient ainsi affiliés [16]. Mais des travailleurs de la capitale paraissent avoir opté pour une structure verticale : une Union autonome des ouvriers de la construction urbaine a ainsi été fondée le 21 mai [doc n°22].

Restreinte, au départ, à quelques individus — « Une dizaine d’entre nous se sont rencontrés là [place Tian’anmen], et l’idée de faire quelque chose ensemble nous a semblé très naturelle. » [17] —, l’Union autonome revendiquait cinq mille cinq cents cartes au bout d’une dizaine de jours (soit au moins un représentant dans chacune des deux mille usines de Pékin [18]), et si on adjoint à ce chiffre le nombre des sympathisants proclamés dans les entreprises, ce sont presque treize mille individus qui se seraient bientôt reconnus dans la pratique et les intentions de l’organisation [19].

Les responsables de l’Union ne se sont pas contentés d’écrire, ils se sont aussi beaucoup dépensés en harangues : les haut-parleurs de la radio de l’Union, installés sur la place Tian’anmen, égrenaient inlassablement leurs mots d’ordre, les présentateurs n’interrompant leur lecture que pour diffuser l’Internationale. Des mandataires de l’Union partaient, aussi, sillonner nuit et jour, les rues de la cité, ou les alentours des établissements de la région, à bord d’un minibus équipé de haut-parleurs, la « voiture de propagande » [20].

Justement, quels furent les thèmes de campagne ? L’enthousiasme éveillé par les opérations étudiantes chez les ouvriers de la capitale justifiait leur appui, mais il ne motivait pas, à lui seul, leur participation. Les ouvriers chinois avaient, pour eux-mêmes, des raisons de s’enflammer. Ces raisons, plusieurs des textes que l’Union a édités les évoquent, bien que de façon allusive. À considérer le corpus établi (nous laissons de côté les exigences strictement conjoncturelles, comme la demande d’une réunion de l’Assemblée populaire nationale), il appert que les doléances gravitent communément autour des thèmes suivants : l’échec de la réforme économique [doc. nos 1, 2, 3, 4, 14, 18], la corruption mandarinale et l’affairisme officiel [doc. nos 1, 2, 3, 4, 14, 18], l’insuffisance des salaires [doc. nos 1 et n° 4], l’inflation [doc. nos 1, 2, 3, 4, 14], l’exploitation ou les sanctions économiques [doc. n° 3 et n° 4]. À ces doléances, qui ont été à l’origine, dès avant les événements d’avril-juin, de conflits collectifs explicites [21], s’ajoutent des revendications positives : les droits de l’homme, le respect de la dignité humaine, la démocratie, le respect de la légalité, la réforme, la liberté [doc. nos 3, 4, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18]. Pourtant, indépendamment de l’embarras qu’elle a éprouvé pour expliciter son projet — et peut-être même, plus trivialement, pour le saisir —, afin, subséquemment, de le communiquer, c’est certainement la tentative en soi de s’ériger de manière autonome qui constituera l’apport primordial de l’Union à la convulsion du printemps 1989. Cette tentative ne trahit rien d’accidentel. Sans même s’évertuer à rattacher la pratique des ouvriers chinois à l’expérience prolétarienne universelle, force est d’admettre que, depuis la fin de la « Révolution culturelle », chaque fois que les Chinois ont eu le loisir de respirer, ils ont formulé le souhait de créer un lieu où ils se rassembleraient seuls et sans intermédiaires pour discuter de leurs problèmes et envisager la façon de les régler [22]. Les efforts déployés par l’Union autonome des ouvriers de Pékin visaient, avant tout, à l’organisation, à une auto-organisation. Et l’objurgation lancée, par l’Union, à chacune des couches de la société, et avant tout à la classe ouvrière [23], de se fédérer sur une base analogue à la sienne [doc. n° 15], allait bien au-delà de toutes les revendications ponctuelles qu’elle aurait pu hasarder si le temps le lui en avait été accordé. « Conseillez-vous soigneusement », recommande Erik Satie dans une de ses Gnossiennes, l’Union aurait pu faire de ce cri sa devise. On notera que, d’une certaine façon, l’Union a franchi le stade des velléités pures : endosser, par le biais des équipes de piquets ouvriers, les besoins de la population, voilà qui dépassait la simple combinaison tactique — assurer coûte que coûte l’ordre dans la cité pour que le pouvoir ne tire pas prétexte du chaos pour intervenir —, en administrant la preuve, de facto, que les ouvriers de la capitale ne reculeraient pas, ici et maintenant, à prendre les affaires en main.

Une opposition ouvrière instituée

En un peu moins de trois semaines — telle aura été sa durée de vie —, l’Union a quand même réussi, à défaut de fignoler un programme futur d’action ou de démontrer la cohérence d’un projet général, à présenter l’esquisse d’une plate-forme organisationnelle. Syndicat ou parti politique ? L’union se voulait avant toute chose une organisation de masse [doc. n° 8], et elle s’est définie elle-même, une fois au moins, comme une « organisation syndicale » [doc. n° 7]. (Parlant d’elle, d’aucuns ont souligné la fascination du modèle polonais, celui de Solidarnosc [24].) Mais, à l’évidence, l’Union n’entendait pas se satisfaire du rôle traditionnellement dévolu aux syndicats dans les pays qui se prétendent socialistes. (On sait que dans l’énoncé général du marxisme-léninisme le syndicat est conçu comme une courroie de transmission du parti et que l’économique se subordonne au politique.) Et il n’est pas davantage assuré qu’ils aient eu en tête le modèle occidental des centrales ouvrières. Car l’Union se fixait pour « objectif fondamental » d’exprimer dans un même souffle les « idées [ou les revendications] économiques et politiques » des ouvriers (et aussi de « garantir à ses adhérents l’ensemble des droits légaux ») [doc. n° 8 et 16]. Cela étant, on observe, dans les documents qui nous sont connus, que c’est surtout la dimension économique qui affleure. Les seules tâches concrètes qui sont envisagées formellement sont celles qui gravitent autour des problèmes relatifs à ce qu’on résumera par l’expression générique de négociation du contrat de travail (dans son acception large) : la défense des droits et des intérêts des ouvriers [doc. n° 8 et 16]. Toutefois, l’Union se défendra de n’aspirer à être qu’une « organisation de bien-être » [doc. n° 8 et 16]. On discerne là une critique implicite du mandat rempli par le syndicat officiel, lequel syndicat n’est cité à aucun moment dans les textes en notre possession (celui-ci ne s’est-il pas muré dans un silence prudent tout le long des événements, nonobstant le timide geste esquissé par certains de ses cadres en faveur de la cause étudiante ? [25]). En revanche, d’autres sources spécifient la position de l’Union à l’égard de la Fédération des syndicats de Chine : les fondateurs de l’Union étaient tous issus de la Fédération, ils en jugeaient, bien sûr, l’influence pratique nulle et remettaient en cause et son idéologie et son mode de fonctionnement [26], même s’il n’entrait pas dans leur vue, apriori, de lui succéder. L’Union ne briguait pas non plus, manifestement, un rôle de parti politique [27]. Et, comme pour marquer irrémédiablement sa rupture d’avec la conception bolchevique de l’ordre social, elle déniait à toute organisation le droit de s’immiscer dans ses affaires, mieux, elle a exigé haut et fort celui de contrôler le Parti communiste — ce qui supposait non seulement le rejet mais une inversion totale des canons léninistes [doc. n° 8 et 16]. Encore que cette inversion soit toujours pensée dans le référentiel du système. En effet, si, comme nous venons de le noter, on traquerait en vain toute référence à la Fédération des syndicats de Chine dans le discours de l’Union autonome, il n’en va pas de même avec le Parti communiste, qui s’y voit qualifié de « Parti de la classe ouvrière » [doc. N° 16] [28]. L’Union insistera sur ce point, ce n’est pas la direction du Parti dans son intégralité qu’elle conteste, ce sont certains des dignitaires (les premiers, il est vrai ) [doc. n° 18], mais elle n’en dénoncera pas moins toutes les intrigues destinées à l’amalgamer avec les bureaucrates tombés en disgrâce, Zhao Ziyang ou bien encore l’un ou l’autre de ses hommes liges. Consciente aussi des risques de manipulation par une faction du pouvoir, l’Union n’oubliera pas de fustiger les « politiciens ambitieux qui se trouvent à l’intérieur du Parti communiste » et qui seraient tentés, sur le dos du peuple, d’« usurper le pouvoir » [doc. n° 4]. Là encore, il serait délicat de séparer ce qui relève de la tactique (ne pas attaquer de front le Parti) et ce qui accuse un fond d’illusions, n’était le fait que l’Union a avancé son programme à une époque où elle pouvait espérer une réforme du régime. Certains des responsables de l’Union se sont même essayés à penser une société de pluripartisme, dominée par une « Conférence politique de participation » réunissant plusieurs partis, dont le Parti communiste, et toutes sortes de groupements sociaux, avec, au premier rang, l’Union elle-même, dont les délégués seraient élus [29]. En quelque sorte, l’Union se serait alors métamorphosée en opposition ouvrière instituée. Toutefois, la dernière profession de foi de l’Union se prononce sans ambages pour un renversement du régime : « La pratique prouve, y lit-on, que désormais la question qui se pose au mouvement démocratique est la question du pouvoir » [doc. N° 18] [30].

Il est une dimension du projet de l’Union qu’on ne saurait évacuer : le souci, qui confine quasiment à la manie, de ne pas s’écarter du strict cadre de la loi. À différentes reprises, on rencontre sous la plume des rédacteurs de l’Union des locutions comme : « respect de la légalité », ou : « usage de tous les moyens légaux » [doc. nos 4, 7, 8, 16]. Et un de leurs tracts le stipule : « nous avons inscrit sur notre bannière : “légalité” » [doc n° 4]. Au demeurant, il avait été prévu que les adhérents de la future organisation prêteraient le serment suivant : « Je respecterai de mon plein gré la Constitution et les lois de l’État… » [doc. n° 16]. À telle enseigne qu’interrogés par des syndicalistes de Hong Kong sur la question de savoir si l’Union chercherait à conquérir le droit de grève, les mandataires de l’Union auraient répondu qu’ils souhaitaient avant toute chose s’organiser dans le cadre du système légal en l’état [31]. Un rigorisme, affecté ou sincère, qu’illustre aussi la volonté de l’Union de se voir reconnaître officiellement (sur ce point, au reste, elle ne se singularise en rien, ni vis-à-vis des coordinations estudiantines, ses contemporaines, ni vis-à-vis des ligues non officielles du premier « Printemps de Pékin », de dix ans ses aînées [32]). Rendons-lui cette justice, elle ne s’est pas bercée longtemps d’illusions sur les chances d’une légalisation à court terme [33].

Les prodromes de la répression et les massacres de juin

Car les événements n’allaient pas tarder à renseigner les membres de l’Union sur ce point. Le mardi 30 mai [34], trois des leurs, Shen Yinhan, Bai Dongping et Qian Yuming, sont arrêtés par la Sécurité publique, de même que 11 motards appartenant aux « tigres volants », une escouade de commerçants privés qui sillonnait la ville pour évaluer l’avancée des troupes chargées d’imposer la loi martiale et en informer la population. C’était un premier avertissement des autorités dont on ne mesurera pas, alors, l’importance.

L’Union autonome se transporte au siège de la police, qu’un millier d’ouvriers ou d’étudiants assiégeront [35]. Elle rédige une « Dépêche », faisant état des pourparlers avec les forces de l’ordre [doc. n° 19], et un « Avis urgent » [doc. n° 20] narrant les détails de la capture de leur militant. Le soir, une réunion se tient sur la place Tian’anmen : Han Dongfang donne lecture des « Statuts provisoires » de l’Union [doc. n° 16] et le conseiller juridique des ouvriers expose la situation des militants enfermés. Une « Conférence de presse » qui fera l’objet d’un bulletin [doc. N° 21].

Le mercredi 31 mai, les étudiants protestent contre la garde à vue des trois ouvriers. Dans l’après-midi, ils sont quelque trois mille à défiler sur la place Tian’anmen d’où il s’ébranleront, en cortège, escortés de plusieurs milliers d’ouvriers, pour rejoindre le bureau de la Sécurité publique. Là, la foule scande : « Ouvriers, étudiants, tous unis pour conquérir la démocratie ! » ou « Non aux rapts ! » Pour finir, les émissaires de l’Union autonome des ouvriers annoncent que leurs compagnons ont été relaxés à 17 heures. Mais le même jour, à l’antenne de radio Pékin, est lu un communiqué de l’Agence Xinhua qui signale que les gérants de quarante entreprises de la capitale ont demandé par écrit aux autorités « d’interdire les organisations illégales qui provoquent l’agitation au nom des ouvriers », soit l’Union autonome des ouvriers [36]. Les dés sont maintenant jetés.

Le 2 juin, le Beijing ribao [quotidien de Pékin] reproduit en première page une : « Déclaration du syndicat général de la municipalité de Pékin en date du 1er juin, demandant énergiquement l’interdiction immédiate de l’organisation illégale « Union autonome des ouvriers » » [doc. n° 24] où l’on rappelle que les syndicats officiels « sont les seules organisations socio-politiques à représenter les intérêts de la classe ouvrière ». [37] :

Au cours de ces derniers jours, une petite poignée d’individus se sont rassemblés et ont fondé une organisation illégale appelée l’« Union autonome des ouvriers » en se réclamant fallacieusement de la classe ouvrière. Ils ont répandu des rumeurs, distribué des tracts, lancé des slogans demandant le renversement du gouvernement populaire, fomenté des grèves, pris d’assaut des organes de la sécurité publique et prétendu qu’ils étaient en train de fonder une organisation autonome « complètement indépendante ». Leurs objectifs étaient de diviser les rangs de la classe ouvrière et de se livrer à des activités illégales destinées à saboter ouvertement l’ordre social de la capitale qui allait en s’améliorant.

Et en première page du Quotidien du peuple s’étale une missive du président de la Fédération des syndicats de Chine. Ni Zhifu presse les prolétaires de se ranger aux côtés du Parti, et de propager ses principes et sa politique parmi les masses, cela au profit de la stabilité sociale [38].

Sur l’attitude de l’Union autonome, au cours de la sinistre nuit du 3 au 4 juin, les éléments font défaut. On croit seulement savoir que ses troupes s’interposeront entre les étudiants et les forces de l’ordre, lors de l’assaut de la place Tian’anmen. Écoutons un étudiant de l’Université Qinghua, présent sur les lieux :

C’est alors qu’un groupe d’ouvriers et de citoyens des « brave-la-mort » se sont précipités. Ramassant par terre des bouteilles et des bâtons, dont ils ont usé comme d’armes, ils ont chargé l’armée et lui ont opposé une résistance acharnée. À ce moment-là, l’Union autonome [des étudiants] a donné l’ordre de battre en retraite hors de la place. Alors, il n’était pas encore 5 heures. [39]

Chen Xitong, le maire de Pékin, dans son rapport sur les événements, allègue de son côté :

À cinq heures de l’après-midi [le 3 juin], des chefs de la « Fédération autonome des étudiants » et de la « Fédération autonome des ouvriers » ont distribué sur la place Tian’anmen des couteaux, poignards, barres de fer, chaînes de fer et bambous pointus, et crié qu’« il fallait battre à mort tous les soldats et policiers capturés. » La « Fédération autonome des ouvriers » a diffusé au haut-parleur un appel à « renverser le gouvernement par les armes ». [40]

Mais il est le seul à affirmer cela, ou, plus exactement, seule la version officielle chinoise accrédite la thèse selon laquelle les occupants de la place Tian’anmen se seraient armés. Tous les témoins, au contraire — et leurs récits concordent —, font état des recommandations insistantes prodiguées à la foule par le quartier général de la place de ne pas céder à la violence, et attestent qu’« aucun ouvrier n’a jamais usé d’une seule arme » [41].

Le tribut de l’Union autonome aux victimes de la nuit sanglante sera très lourd. Si l’on en croit Chai Ling, la jeune étudiante qui était le commandant en chef du quartier général de la place Tian’anmen : « … les membres de l’Union autonome des ouvriers qui se trouvaient autour de la place sont tous morts, et ils étaient au moins 20 ou 30 ». [42]

Pourfendre l'autonomie

La répression ne fait pourtant que commencer. Car les jours de l’Union autonome étaient comptés depuis les interpellations du 30 mai. Les premières arrestations interviennent, les fuyards sont pourchassés, les réseaux mis en pièces. la Sécurité publique se targuera, ultérieurement, d’avoir, « avec l’aide d’une information fournie par les masses » saisi, au début du mois de juin, une presse d’imprimerie clandestine, propriété de l’Union, ainsi que divers autres ustensiles ayant été dérobés à des véhicules militaires [43]. Le 8 juin, le gouvernement populaire de la capitale répand une circulaire, la circulaire n° 14, « sur la reddition des dirigeants des « organisations illégales » » [doc. n° 25] intimant l’ordre à l’Union autonome de s’auto-dissoudre et à ses animateurs de se livrer d’eux-mêmes à la police, texte qui sera repris et amplifié par une circulaire du ministère de la Sécurité publique en date du 12 juin, lue à l’antenne de Radio Pékin la veille [44] et insérée dans le Quotidien du peuple le lendemain. Le 10 juin, Yang Fuqiang, qu’on tient pour un des conducteurs de l’Union, est intercepté, et la Fédération des syndicats de Chine délivre une « Lettre aux ouvriers, employés et cadres syndicaux de tout le pays ». Un extrait regarde sans équivoque l’Union autonome :

Nous mènerons une lutte résolue contre la soi-disant « Union autonome » et autres organisations illégales. Elles ont ouvertement mis en avant un programme appelant les ouvriers et les commerçants à se mettre en grève dans l’intention de paralyser les villes et de renverser le gouvernement. De cette façon, ils ont parfaitement exposé leurs desseins contre-révolutionnaires. Il est nécessaire de désigner et de démasquer les dirigeants réactionnaires de ces organisations illégales pour écraser leur arrogance et détruire leur sinistre but. [45]

Le 14 juin, le bureau de la Sécurité publique de Pékin émet un avis de recherche contre trois de ses dirigeants, Han Dongfang, He Lili et Liu Qiang [doc. n° 26], et la télévision centrale programme un film où sont étalées, entre autre imprimés, des cartes d’adhérent de l’Union autonome des ouvriers de Pékin, ainsi qu’un reportage où l’on exhibe cinq membres de l’organisation tombés aux mains de la police et qu’on vient de soumettre à l’interrogatoire [46]. Le 14 juin, la radio de Shanghai prévient ses auditeurs que les « piquets ouvriers spéciaux de la capitale » ont été décapités et que 16 de leurs activistes sont sous les verrous [47], et le Quotidien du peuple s’attarde sur la reddition de responsables de l’Union autonome des étudiants de Pékin et de l’Union autonome des ouvriers de Pékin. Le lendemain, on apprend que Liu Qiang, a été capturé à Wuchuan, en Mongolie intérieure, par le service de la Sécurité publique de Hohhot, de même que Liu Huanwen — débusqué, lui, à Shijiazhuang —, qu’on présente comme un des chefs des « piquets ouvriers dépendant de l’Union autonome des ouvriers de Pékin » [48]. Le 17 juin, la Sécurité publique de Pékin précise que cent vingt-huit « rebelles », dont quelques-uns font partie de l’Union autonome des ouvriers de Pékin, se sont rendus [49].

Les persécutions débordent les confins de la capitale. Dans tout le pays, la chasse aux indépendantistes est ouverte. Et notamment la traque aux assemblées ouvrières. Car la répression, si elle a eu pour propos de châtier ceux qui avaient osé se soulever, tout autant que de décourager de nouvelles tentations de révolte en abattant les courages — Corda pavor sternit —, s’explique aussi par ce mobile [50]. Deng Xiaoping ne s’est-t-il pas épanché ainsi devant ses collègues du nouveau comité permanent du Bureau politique :

Il faut écraser l’émeute jusqu’au bout. L’occasion est belle. Nous pouvons, d’un coup, interdire dans tout le pays les organisations illégales. Et c’est vraiment une bonne affaire. [51]

Dans les tout premiers jours de juin, forts des recommandations édictées par le ministère de la Sécurité publique le 12 juin, les gouvernements populaires des divers échelons promulguent leurs propres notifications, lesquelles concluent que les groupements indépendants sont illicites, exhortent les meneurs et leurs troupes à capituler, et incitent la population à la délation.

Les renseignements dont on dispose proviennent essentiellement des écoutes radiophoniques de la BBC. Deux remarques. D’une part, ces informations sont nécessairement incomplètes : elles sont limitées dans le temps (les autorités chinoises ayant, assez rapidement, préféré s’adonner à une répression silencieuse [52]) et dans l’espace (les données concernent les principales localités du pays). Elles n’en témoignent pas moins de l’envergure du fait autonomiste. D’autre part, nous n’avons retenu ici que les informations qui faisaient directement référence à des alliances ouvrières, à l’exclusion des coordinations étudiantes, des amicales de citoyens, des cénacles ou bien encore des partis politiques et autres sectes religieuses [53].

Dès le 5 juin, sept adhérents de l’Union autonome des ouvriers de Hangzhou sont attrapés [54]. Le 7 juin, le gouvernement de la ville de Xi’an proscrit les « organisations illégales » [55]. Le 9 juin, le gouvernement municipal de Shanghai lui emboîte le pas, visant franchement l’Union autonome des ouvriers de Shanghai (alias Union autonome des syndicats de Shanghai). Selon la télévision de Shanghai, neuf membres de l’Union seraient gardés par la police. Le lendemain, dans l’après-midi, une centaine d’étudiants des Universités Fudan et Tongji assiègent le local de la Sécurité publique de la ville, pour exiger leur libération, aux cris de : « Rendez-nous les dirigeants de nos ouvriers ! » [56]. Le 10 juin, toujours, dix personnes sont écrouées, qu’on devine proches des « piquets ouvriers » ou de l’Union autonome des ouvriers de Nankin [57]. Enfin, le gouvernement de la ville de Nanchang adopte un texte contre les « organisations illégales » telles que l’Union pour la solidarité de Nanchang [58]. Le 11 juin, le gouvernement provincial de l’Anhui s’aligne à son tour, empruntant un ton comminatoire vis-à-vis de l’Association autonome des ouvriers de Hefei, de l’Union des ouvriers de Hefei ou bien encore de l’Association spontanée des ouvriers de Hefei [59]. Le Conseil syndical de la municipalité de Hefei, de son côté, dans un accès de zèle, apostrophe les autorités pour qu’elles suspendent les activités des alliances ouvrières dissidente [60]. Le 12 juin, le gouvernement de la ville de Changsha répercute l’écho des dispositions centrales touchant au sort qu’on doit réserver aux « organisations illégales » et dénonce, entre autres, l’Union autonome des ouvriers de Changsha [61]. Le gouvernement provincial du Gansu également, la circulaire émise pour l’occasion citant nommément l’Union autonome des ouvriers de Lanzhou [62]. De même que le département de la Sécurité publique du Zhejiang (dix jours plus tard, le 22, on relatera que dix-huit bandes ont été disloquées, dont l’Union autonome des ouvriers de Hangzhou) [63]. À Xi’an, on confesse que des têtes de l’Union autonome des ouvriers de Xi’an ont été incarcérées depuis déjà quelque temps [64] (et, le 25 juin, que six membres du Corps des piquets ouvriers de Xi’an ont été empoignés [65]). Le 13 juin, un militant de l’Union autonome des ouvriers de Tianjin est appréhendé à Yinchuan [66], et le département de la Sécurité publique de la province du Guizhou fait savoir à la population que certaines organisations ont été mises hors-la-loi dans un avis où l’on mentionne une Union autonome des ouvriers de Guiyang [67]. Le 14 juin, on découvre que l’Union provisoire des ouvriers de Hohhot (Mongolie intérieure) a été condamnée et que quinze de ses partisans ont été placés en détention préventive [68]. Le même jour, le Groupe patriotique de soutien aux ouvriers de Shanghai est démantelé, et huit de ses membres emprisonnés (et quelques autres le lendemain) [69]. Le 15 juin, c’est la Sécurité publique de Jinan qui flétrit les « organisations illégales » : on dévoilera, ensuite, l’existence d’une Union autonome des ouvriers de Jinan et d’une Union démocratique des ouvriers de Jinan, deux groupes qui auraient fini par fusionner [70]. Le gouvernement de la ville de Wuhan enjoint les « meneurs » et les « criminels » à s’avouer vaincus : « Les syndicats autonomes mis sur pied dans certaines usines de Wuhan sont des organisations illégales qui n’ont fait l’objet d’aucun enregistrement et qu’on doit démanteler sur le champ. » [71]. Le 21 juin, le bureau de la Sécurité publique de Shanghai fait savoir que cent vingt-six individus se sont livrés d’eux-mêmes depuis le 15, parmi lesquels des militants de l’Union autonome des ouvriers de Shanghai [72].

Le 28 mai, la Fédération des syndicats de Chine, abondant sans réserve dans le sens des « discours importants des camarades Li Peng et Yang Shangkun », convie ses troupes à « rejoindre les larges masses étudiantes qui s’opposent résolument aux activités d’une poignée d’agitateurs qui poussent sciemment les ouvriers à la grève et à provoquer l’agitation » [73].

Société, tout est rétabli…

Les autorités chinoises vont immédiatement insister sur les répercussions économiques des événements survenus au cours des semaines précédentes. Chen Xitong, après avoir chiffré le coût de la « rébellion » proprement dite — si l’on peut s’exprimer ainsi —, évaluera à 1,3 milliards de yuans le montant des pertes subies par la production [74].

On engage, conséquemment, les travailleurs à retrousser leurs manches pour récupérer le temps perdu. Le 9 juin, la radio de Pékin colporte une « Annonce du Conseil des affaires d’État pour mettre résolument un terme au trouble de l’ordre économique et pour assurer une production industrielle normale » [75]. Le rôle productiviste des syndicats y est entériné et l’on remâche l’homélie ordinaire :

Nul n’est autorisé, sous aucun prétexte, à assiéger les usines, les mines ou les entreprises, à troubler la circulation et à faire cesser le travail aux ouvriers. La petite poignée de mauvais éléments qui incitent les autres à saboter le travail de production seront totalement démasqués et punis conformément à la loi.

Les départements de la Sécurité publique et de la police armée de toutes les localités renforceront la protection des entreprises importantes. Elles emploieront assez de force pour aider les entreprises de production à maintenir la sécurité et l’ordre. La petite poignée de mauvais éléments qui sabotent le travail de production seront durement frappés. Nous ne devons pas faire preuve de faiblesse vis-à-vis d’eux.

Le classe ouvrière est la force principale de la production industrielle. Par conséquent, les ouvriers doivent faire peuve de maîtrise, surmonter les difficultés, se tenir fermement à leurs postes et assurer un bon travail de production. Tous les discours et toutes les activités collusoires destinées à troubler l’ordre productif doivent être résolument critiqués, blâmés et on doit y meure fin. Si nécessaire, les usines peuvent mettre sur pied des équipes de protection de l’usine pour protéger les fruits du labeur des usines et des ouvriers, et pour maintenir l’ordre normal de la production.

Le 10 juin, pour stimuler l’ardeur de ceux qui tirent prétexte de la situation pour s’absenter de leur poste [76], un message officiel indique que les transports ont été restaurés dans la capitale et que désormais 97% de la main-d’œuvre des principaux établissements de la capitale est à même de gagner, sans peine, son lieu de travail. À la date du 20 juin, neuf cents entreprises pékinoises issues de seize compagnies industrielles générales auraient retrouvé leur rythme de production habituel [77].

Le 17 juillet, une dépêche de l’Agence Xinhua tombe. Les lieux communs de la propagande des années 50 suintent de toutes parts : « De nombreux ouvriers de la capitale ont renoncé à leurs congés et ont offert volontairement d’accomplir des heures supplémentaires pour rattraper les pertes entraînées par la rébellion contre-révolutionnaire du début du mois de juin » [78].

À la troisième session élargie de sa XIe commission exécutive, qui s’ouvre le 26 juillet, la Fédération des syndicats de Chine invite les ouvriers de la nation à se mobiliser dans une campagne de « double augmentation, double économie » [shuang zeng shuang jie] [79]

* * * *

Les autorités chinoises se sont hâtées, fébrilement, de relever le château de cartes de l’orthodoxie. Tandis que l’on couvrait d’honneurs ou que l’on pavoisait de rubans la meute qui a eu raison des insurgés de la place Tian’anmen et de leurs organes autonomes, les censeurs omniscients du régime lâchaient la bonde à leur logorrhée. Mais ceux que l’idéologie a pour charge de convaincre se sont mithridatisés contre elle. L’adhésion réclamée au discours du pouvoir ne repose plus que sur la force des canons, or les canons ne réussiront à abolir ni le souvenir de l’événement — ce moment où furent expérimentées d’originales relations interindividuelles — ni sa signification. Qui s’imaginerait qu’on puisse goûter impunément, fût-ce du bout des lèvres, à la liberté ? Dans ces conditions, bien téméraire qui s’aventurerait à certifier que les ouvriers chinois accepteront encore longtemps de feindre l’abrutissement.

Angel Pino

Documents

Quelques-uns des documents de l’Union des ouvriers de Pékin ou de l’Union autonome des ouvriers de Pékin, dont on trouvera ici une traduction réalisée directement du chinois, ont été reproduits dans la presse de Hong Kong ou de Taiwan. À notre connaissance, la compilation la plus importante — mais non exhaustive — a été réalisée par la revue d’obédience trotskyste, publiée à Hong Kong, Shiyue pinglun [critique d’octobre]. Ce sont les versions données par cette revue que nous avons utilisées. Les documents n° 1, 2, 4 à 10, 22 et 23 proviennent de : Zhongguo minyun yuan ziliao jingxuan [choix de documents originaux relatifs au mouvement démocratique chinois], vol. 1, Shiyue pinglun chubanshe, Hong Kong, 25 juin 1989. Les documents n° 3, 11 à 16, et 18 à 21, proviennent de : Zhongguo minyun yuan ziliao jingxuan [choix de documents originaux relatifs au mouvement démocratique chinois], vol. 2, Shiyue pinglun chubanshe, Hong Kong, novembre 1989. Le document n° 17 est tiré de Tian’anmen yi jiu ba jiu [Tian’anmen, 1989], ouvrage compilé par la rédaction du Lianhe bao [journal union], Lianjing, Taipei, août 1989. Le doc. n° 24 a paru dans le journal pékinois Beijing ribao [quotidien de Pékin] en date du 2 juin 1989. Enfin, les documents n° 25 et n° 26 ont été traduits de l’anglais, d’après le texte proposé par le bulletin des écoutes radiophoniques de la BBC, Summary of World Broadcasts (Part 3 : Far East), Londres : le premier a été lu à l’antenne de Radio Pékin le 8 juin 1989 (FE/0479, 10 juin 1989), le second a été diffusé par l’Agence Chine nouvelle le 14 juin 1989 (FE/0484, 16 juin 1989). À l’exception des trois derniers documents, tous les autres sont présentés dans l’ordre chronologique, qu’il s’agisse de la date de rédaction ou de celle de la diffusion. Les notes ont été placées à la fin de chacun des textes.

A. P

1. Adresse au peuple de toute la ville

Maintenant, le peuple de tout le pays se trouve dans une situation intolérable. Après de longues années d’un gouvernement dictatorial et bureaucratique, l’inflation échappe à tout contrôle et le niveau de vie du peuple est en chute libre. Parce qu’une minorité de gouvernants veulent continuer à jeter l’argent par les fenêtres, ils ont émis en grande quantité toutes sortes d’emprunts, comme les bons du trésors ou les bons financiers, s’appropriant ainsi le peu d’argent qui reste au peuple. Nous appelons le peuple de tous les milieux à s’unir et à combattre pour la vérité et l’avenir du pays et du peuple.

Frères policiers ! Frères soldats ! De grâce, rangez-vous aux côtés du peuple, rangez-vous du côté de la vérité. Ne soyez pas les instruments des ennemis du peuple. Vous aussi êtes les victimes de l’exploitation et de l’oppression. Les bourreaux qui ont réprimé le peuple lors du « mouvement du 5 avril » [80] et de l’« Incident sanglant du 20 avril » [81], le peuple n’oubliera jamais de leur demander des comptes.

Nous le réclamons solennellement : augmentez les salaires, stabilisez les prix, rendez public le montant des revenus et des dépenses des officiels du gouvernement et de leur famille. Nous, la classe ouvrière de Pékin, et les citadins de tous les milieux, nous soutenons les étudiants dans leur juste combat.

20 avril 1989,

Union des ouvriers de Pékin.

2. Dix questions

Le Comité central du Parti serait bien aimable de répondre aux questions suivantes :

  1. Combien d’argent Deng Pufang [82], a-t-il dépensé sur les champs de courses de Hong Kong ? D’où venait cet argent ?
  1. M. et Mme Zhao Ziyang jouent au golf chaque semaine. Payent-ils quelque chose pour cela ? D’où vient l’argent pour ces dépenses ?
  1. Quelle évaluation le Comité central donne-t-il de la réforme de cette dernière période ? Durant la Fête du printemps, lors de la cérémonie des vœux, le premier ministre Li Peng a avoué que des erreurs avaient été commises dans le processus de la réforme actuelle. De quelles erreurs s’agit-il ? Quelle réponse doit être apportée à la situation réelle ?
  1. Bien que le Comité central ait annoncé un train de mesures — le contrôle de l’inflation et le contrôle des prix —, la réalité est que l’inflation continue et que le niveau de vie du peuple est en chute libre. Comment expliquez-vous cela ?
  1. À compter de l’an prochain, la Chine doit rembourser sa dette extérieure. Si on considère l’ensemble du peuple, à combien s’élève la part de chacun ? Cela aura-t-il une incidence sur le niveau de vie élémentaire du peuple ? Veuillez répondre, s’il vous plaît.
  1. Deng Xiaoping a suggéré d’améliorer le statut des intellectuels, depuis le neuvième rang jusqu’au plus haut rang. Dites-nous ce que cela va changer dans la condition des intellectuels qui sont au plus haut rang ? Sont-ce des propriétaires fonciers ou des pères de propriétaires fonciers ? Veuillez répondre, s’il vous plaît.
  1. Combien de résidences, et autres villas, les dirigeants du Comité central du Parti possèdent-ils sur l’ensemble du territoire ? À combien s’élève le montant de leurs dépenses ? Peuvent-ils le rendre public ? Veuillez répondre, s’il vous plaît.
  1. Rendez public le revenu personnel des dirigeants du Comité central du Parti et l’état de leurs dépenses.
  1. S’agissant des trois conditions préalables à des pourparlers pacifiques posées par les autorités de Taiwan, quelle est la réponse du Comité central ?
  1. Quelle signification et quel contenu le Comité central du Parti attache-t-il exactement aux trois termes qui suivent, veuillez répondre s’il vous plaît : 1) « Partis » ; 2) « Révolution » ; 3) « Réaction ».

À ces dix questions, que le Comité central ait l’obligeance de répondre rapidement par voie de presse.

20 avril 1989,
Union des ouvriers de Pékin

3. Adresse aux ouvriers de tout le pays

Union Autonome des Ouvriers de la Capitale

Ouvriers de tout le pays :

Le mouvement étudiant démocratique et patriote a gagné en ampleur jusqu’à devenir un mouvement de tout le peuple auquel l’ensemble du peuple participe et qui concerne étroitement l’avenir et le destin de tout le peuple chinois. D’ores et déjà, il se présente comme une tendance historique nécessaire que rien ne peut arrêter. Nous, les ouvriers de Pékin, nous nous tenons courageusement en première ligne pour conquérir la démocratie et les droits du peuple, impavides face à la mort comme l’ont été de tout temps les Chinois.

Quarante années, ou, si l’on préfère, quelques millénaires, passés sous le joug du despotisme féodal, ont dépouillé, avec une barbarie impitoyable, les Chinois des droits de l’homme et de la dignité humaine. Dans leur esprit, l’ensemble des droits et la dignité humaine seraient des biens réservés exclusivement aux empereurs, que le peuple n’a que le droit de quémander et qu’il ne saurait en aucune façon conquérir de haute lutte. À la limite, même le droit de quémander leur est refusé, quant à ceux qui entendent les conquérir de haute lutte on leur coupe la tête et on extermine leur famille. Tout cela est à l’origine de l’incroyable climat de terreur dans lequel les Chinois vivent aujourd’hui.

Mais, aujourd’hui, bien que, éclairés par le mouvement des étudiants, nous ayons compris que nous pouvions jouir, nous aussi, des droits de l’homme et de la dignité humaine, nous restons soumis au strict contrôle de la politique de répression sévère, et les tyrans utilisent pour nous intimider, nous les ouvriers, des procédés abjects tels que les licenciements administratifs ou les sanctions économiques. Les gens savent que leurs droits et leur dignité humaine sont bafoués par les tyrans, et pourtant ils n’osent ni élever la voix ni s’opposer à cela. Voilà qui montre à quel degré de cruauté la destruction de la nature humaine opérée par le pouvoir des tyrans est parvenue.

Ah ! Chinois, toi ce peuple si digne d’amour et de compassion, on t’a ridiculisé durant plusieurs millénaires et on continue de te ridiculiser encore à présent. Non, nous devons nous montrer encore plus grands et encore plus […] [83], et il faut restituer à notre peuple son visage originel !

Frères ouvriers, s’il était dit que cette humiliation infligée au peuple devait poursuivre notre génération jusqu’au XXIe siècle, alors mieux vaudrait que nous mourions en combattant au XXe siècle !

Frères ouvriers, la politique du plus fort n’a rien de terrible, ce qui est terrible c’est le soulèvement général contre cette politique ! Les principes politiques de la répression sont encore moins terribles, ce qui est terrible c’est la grande explosion qui va faire sauter ces principes !

Nous en appelons aux Chinois qui se sont déjà réveillés. À aucun prix il ne faut s’endormir une nouvelle fois !

Frères ouvriers, le peuple entier ne doit former qu’un seul cœur. Au prix d’une souffrance immense — mais qui ne durera qu’un temps, peut-être le temps d’une génération, la nôtre —, nous allons faire en sorte que la génération suivante puisse librement respirer l’air pur de la démocratie, et jouir des droits de l’homme et de la dignité humaine à l’instar des autres hommes.

Le peuple constitue la majorité et les tyrans ne sont qu’une « petite poignée ». Si nous, les ouvriers, nous nous dressons et si nous allons de l’avant, la poussière que nous soulèverons suffira à envoyer la tyrannie en enfer !

Union autonome des ouvriers de Pékin. [Distribué au milieu du mois de mai]

4. Adresse aux compatriotes de tout le pays

Union Autonome des Ouvriers de la Capitale

La corruption mandarinale a atteint son paroxysme ! La tyrannie mandarinale a atteint son paroxysme ! Dans un continent aussi vaste, il n’y a même plus de place pour la vérité ! Aucune force réactionnaire ne saurait faire obstacle au courant de la colère du peuple de tout le pays. Le peuple ne croira plus les mensonges des autorités parce que nous avons inscrit sur notre bannière : science, démocratie, liberté, droits de l’homme, légalité !

Nous, l’Union des ouvriers de Pékin, dans le but de sauvegarder les intérêts des ouvriers, nous nous sommes formellement constitués à Pékin, le 21 avril 1989. Le jour même, nous avons publié deux textes : « Adresse au peuple de toute la ville » et « Dix questions » [84] que l’éditorial du « 26 avril » a salis en les qualifiant de réactionnaires. Nous vous le demandons : puisque vous n’avez pas répondu publiquement à nos dix questions par voie de presse, alors publiez nos deux textes intégralement dans votre journal. À moins que vous n’ayez même pas ce courage ? N’avez-vous pas scandé, quarante ans durant, ce slogan : « nous croyons dans les larges masses » ? Nous exigeons solennellement que l’éditorial du « 26 avril » soit radicalement nié et que celui qui a concocté l’article, et ceux qui se dissimulent derrière lui, soient sévèrement punis !

Nous avons sérieusement dressé le bilan de l’exploitation dont sont victimes les ouvriers. S’agissant des techniques de l’exploitation, le Capital de Marx nous offre une méthode d’analyse. Nous avons déduit de la valeur totale de la production le salaire des ouvriers, le bien-être, le fonds social pour les soins médicaux et les besoins, les dépenses destinées à la reproduction élargie et à l’amortissement des équipements. Nous avons découvert avec étonnement que les « serviteurs du peuple » s’étaient appropriés indûment la plus-value totale créée par la sueur et le sang du peuple ! L’exploitation a atteint des proportions sans précédent ! Elle est cruelle ! Elle est aux « couleurs de la Chine » ! Les « serviteurs » du peuple usent du sang et de la sueur du peuple pour se faire construire de somptueuses villas partout dans le pays (ils utilisent l’armée pour les faire garder : ils appellent cela des zones militaires !), pour s’offrir de somptueuses automobiles étrangères, et pour faire du tourisme à l’étranger (ils appellent cela des voyages d’études ; leurs enfants sont de la partie, parfois même la nurse ! Les fonctionnaires du sexe masculin s’offrent de jolies filles, les fonctionnaires du sexe féminin se payent des « gigolos »…). Les scandales dans lesquels ils se trouvent impliqués et leurs crimes sont trop nombreux pour qu’on les énumère !

Sur la question de savoir « comment attirer les capitaux étrangers », l’opinion du camarade Fang Lizhi, selon laquelle on doit prendre en considération les intérêts de la nation et de la population, est correcte. Nous y adhérons et nous la soutenons parce que ces « capitaux étrangers », voilà des années qu’ils se transforment « légalement » en richesses individuelles par l’effet de la « corruption mandarinale ». Et qui fait les frais de l’opération, le pays. Et qui en profite, une « petite poignée ». Et qui rembourse les dettes, le large peuple.

Nous nous opposons à la poursuite de cet acte sauvage de violation des droits de l’homme qui consiste à nous forcer à acheter des bons du trésor. Nous exigeons qu’on nous informe sur l’état des recettes et des dépenses (y compris leur emploi) afférentes aux bons du trésor émis au cours de ces dernières années, qu’on verse immédiatement les capitaux et les intérêts des bons du trésor détenus actuellement par le peuple, et que par la même occasion on ferme le marché des bons du trésor — lequel est un grand marché pour le commerce mandarinal, une grande source financière pour la « corruption mandarinale » ! Nous le réaffirmons : augmenter les salaires et stabiliser l’inflation. Il faut mettre fin à cette situation où vieux et jeunes, représentant deux générations (voire trois), perçoivent un salaire analogue. Nous exigeons qu’une enquête soit effectuée sur les membres et les chefs du Comité central du Parti communiste, de la Commission centrale des conseillers, des ministères et des commissions dépendant du Conseil des affaires d’État, et de la Commission militaire du Comité central.

Les premières enquêtes, à propos de leur consommation et de leurs villas, doivent porter sur : Deng Xiaoping, Zhao Ziyang, Li Peng, Chen Yun, Li Xiannian, Yang Shangkun, Peng Zhen, Wan Li, Jiang Zemin, Ye Xuanping et leur parentèle. Il faut poser sur le champ des scellés sur la totalité de leurs biens. Les enquêtes devront être menées par une « Commission populaire nationale », élue au suffrage universel, qui rendra compte immédiatement du résultat de ses investigations au peuple.

Les étudiants sont adultes ! L’ordre révolutionnaire parfait que respectent plusieurs millions de gens sur la place Tian’anmen en apporte la preuve ! Le peuple s’est réveillé ! Il a compris que quelle que soit la société, quelle que soit la phase historique, il n’existait que deux classes, à savoir : la classe des dominants et celle des dominés. Les classes, les partis, les organisations et les individus qui vont dans le sens de l’Histoire, sont progressistes et révolutionnaires ; ceux qui vont dans l’autre sens, sont rétrogrades et réactionnaires. C’est la raison pour laquelle, dans une « société du gouvernement par les hommes » [85], telle qu’elle prévaut depuis l’empereur des Qin, les Chinois adorent, réclament, exaltent, et gardent la nostalgie du « fonctionnaire intègre ». Les mouvements politiques lancés au cours de ces quarante ans sont un procédé politique destiné à opprimer le peuple. L’histoire prouve qu’ils sont habiles pour « régler les comptes après la moisson d’automne » [86], mais les faits historiques, en fin de compte, ne se laissent pas falsifier.

À présent, nous allons particulièrement veiller à ce que ces politiciens ambitieux qui se trouvent à l’intérieur du Parti communiste chinois ne profitent pas de ce mouvement démocratique pour usurper le pouvoir et monter sur scène. Deng Xiaoping a profité du mouvement populaire du « 5 avril » et, une fois revenu sur scène, les mobiles criminels qui l’animaient ont éclaté au grand jour. Le « succès des réformes » autour duquel ils battent le tambour est une baliverne et un leurre. La vraie réalité, c’est que le niveau de vie du plus grand nombre est en chute libre, que les emprunts à l’étranger ne cessent de s’accumuler, et qu’on attend le peuple pour rembourser la dette.

Camarades ouvriers, vous qui êtes si nombreux, unissez-vous étroitement autour de l’Union des ouvriers, placez-vous sous la direction de l’Union des ouvriers de la municipalité : ainsi, l’actuel mouvement démocratique atteindra une apogée nouvelle. Notre Union organisera, devant Tian’anmen, le 22 mai à 14 heures, une grande manifestation qui réunira tous les ouvriers de la municipalité. Nous revendiquerons pacifiquement en soutien au mouvement étudiant. Le mot d’ordre de la marche sera : « Sur un continent aussi vaste, il n’y a plus de place pour la verité ! »

17 mai 1989, Union des ouvriers de la municipalité de Pékin.

5. Déclaration des ouvriers de la capitale

Commission préparatoire de l'Union Autonome des Ouvriers de Pékin

Nous estimons que depuis le mois d’avril, le mouvement démocratique et patriote des étudiant s’est développé jusqu’à devenir le mouvement patriote de tout le peuple auquel sont liés, pour le meilleur et pour la pire, les intérêts de notre classe ouvrière.

Nous estimons que, dans l’intérêt de toute la nation, les étudiants ont d’ores et déjà fait tout ce qu’ils pouvaient faire et que les étudiants qui font la grève de la faim sont en danger.

Pour sauver la vie de plusieurs milliers d’étudiants, dans l’intérêt de notre classe ouvrière et pour l’essor de la nation chinoise, nous déclarons formellement ce qui suit :

Le Comité central du Parti et le Conseil des affaires d’État doivent accepter dans les vingt-quatre heures, et sans condition, les deux exigences des étudiants qui font la grève de la faim [87]. Sinon, à compter du 20 mai à midi, nous, tous les ouvriers de la ville, nous entamerons une grève générale de vingt-quatre heures. Et suivant la tournure que prendront les événements, nous déciderons de la suite à donner à notre action.

Par la même occasion, nous déclarons devant les ouvriers de tout le pays : les ouvriers de Pékin ont commencé à s’organiser !

19 mai 1989, Union autonome des ouvriers de Pékin, Commission préparatoire.

6. Avis n°1

Commission préparatoire de l'Union Autonome des Ouvriers de la Capitale

L’Union autonome des ouvriers de Pékin est une organisation spontanée provisoire créée par les ouvriers de la capitale dans une période exceptionnelle. Ses objectifs sont les suivants : lutter pour la démocratie, s’opposer à la dictature, soutenir et protéger les étudiants qui font la grève de la faim, et accélérer le processus de démocratisation du pays aux côtés des étudiants et du peuple de tous les milieux. Nous appelons :

  1. à une grève générale des employés de tous les secteurs de Pékin, le 20 mai, à compter de midi, (exception faite des secteurs d’approvisionnement en électricité, en gaz et en eau, ainsi que des postes et télécommunications), et ce jusqu’à ce que les troupes transférées à Pékin se soient retirées de la ville ;
  2. à s’opposer fermement à l’entrée des troupes dans la ville, à défendre les acquis du mouvement pour la démocratie, à maintenir la discipline qui règne pour l’heure place Tian’anmen, à bloquer toutes les artères principales qui conduisent à la ville et toutes les bouches de métro en utilisant pour ce faire tous les véhicules des différentes unités de travail, à soutenir le fonctionnement normal de la radio centrale et de la télévision ;
  3. à l’union de tous les citoyens pour propager la vérité parmi la masse des soldats et des officiers qui sont stationnés à Pékin.

20 mai 1989.

7. Avis

<span style="font-variant:small-caps;">Union Autonome des ouvriers de Pékin</span>

Cet après-midi, le comité permanent de l’Union autonome des ouvriers de Pékin a convoqué une réunion extraordinaire destinée à préciser les tâches qui nous incombent dans ce contexte. Dans le contexte actuel, les membres du comité permanent ont parfait l’équipe dirigeante. Ils ont établi un groupe de direction, mis sur pied un secrétariat, un bureau à la propagande, un service d’intendance et un bureau de liaison.

  1. L’Union autonome des ouvriers de Pékin est une organisation spontanée d’ouvriers de la capitale adaptée à la situation. Son but, sur la voie de la démocratie et de la légalité, consiste à diriger correctement ce mouvement démocratique et patriote. Elle invite chaleureusement tous les ouvriers de la capitale et tous les syndicats des usines, des mines et autres unités de travail, à adhérer activement à notre organisation syndicale.
  2. Face à la situation présente, au cours de la réunion, il a notamment arrêté les décisions suivantes :
  1. la tâche actuelle des équipes de piquets ouvriers consiste, en étroite collaboration avec l’Union autonome des étudiants, à assurer la protection de la vie des étudiants et à maintenir la stabilité de l’ordre public à Pékin ;
  2. en plus de maintenir l’ordre public, les équipes de piquets ouvriers doivent garantir l’acheminement de toutes les ressources de Pékin et des produits nécessaires à la vie courante des citadins, tels que les légumes ou les céréales, ainsi que l’acheminement de tous les produits de première nécessité.

Pour information.

21 mai 1989,
Union autonome des ouvriers de Pékin,
comité permanent,
Le comité au complet.

8. Programme préparatoire de l'Union Autonome des Ouvriers de la Capitale

Depuis la mi-avril, au sein du mouvement démocratique et patriote de tout le peuple, à la tête duquel se trouvent les étudiants, la majorité des ouvriers chinois ont manifesté l’ardent désir démocratique de participer à la vie politique. Dans le même temps, ils ont réalisé qu’il n’existait pas encore d’organisation à même de représenter véritablement les aspirations des ouvriers. Dans ces circonstances, nous estimons qu’il est nécessaire de fonder une organisation autonome qui puisse parler et agir au nom des ouvriers. À cette fin, nous préparons l’organisation de l’Union autonome des ouvriers de la capitale et nous proposons un programme préparatoire.

  1. Cette organisation autonome et totalement indépendante doit être fondée suivant des modalités démocratiques, et les ouvriers doivent y adhérer volontairement. Elle ne doit subir le contrôle d’aucune autre organisation et doit entretenir des rapports d’égal à égal avec les autres organisations de masse.
  2. L’objectif fondamental de cette organisation doit être, en se fondant sur la volonté de la majorité des ouvriers, d’exprimer leurs idées économiques et politiques. Elle ne doit pas se contenter d’être une organisation de bien-être.
  3. Cette organisation doit avoir une fonction de surveillance du Parti communiste chinois.
  4. Cette organisation a le droit d’user de tous les moyens légaux et appropriés pour surveiller les représentants des personnes juridiques que sont les entreprises propriété du peuple entier ou les entreprises propriété collective, cela afin de garantir que les ouvriers sont les maîtres véritables de ces entreprises ; pour les autres entreprises, par la négociation avec les chefs d’entreprise ou par d’autres moyens légaux, elle doit protéger les droits et les intérêts des ouvriers.
  5. Dans le domaine constitutionnel et légal, cette organisation doit garantir à ses adhérents l’ensemble des droits légaux .

21 mai 1989,
Union autonome des ouvriers de la capitale,
Commission préparatoire

9. Déclaration des ouvriers

La classe ouvrière est la classe la plus avancée. Dans le mouvement pour la démocratie, nous devons incarner la force cardinale.

La République populaire de Chine est dirigée par la classe ouvrière [88]. Nous avons le droit de chasser tous les dictateurs.

Les ouvriers savent mieux que quiconque quel rôle tiennent le savoir et la technologie dans la production. C’est la raison pour laquelle nous ne permettrons pas qu’on persécute les étudiants qui ont été élevés par le peuple.

Renverser la dictature et le totalitarisme, et promouvoir la démocratie dans ce pays, c’est là une responsabilité qui nous incombe et à laquelle nous ne saurions nous dérober.

La source de notre force réside dans notre unité. Notre succès résultera de notre inébranlable conviction.

Dans le mouvement pour la démocratie, « nous n’avons rien à perdre, hors nos chaînes, et tout un monde à gagner » [89].

21 mai 1989,
Union autonome des ouvriers de la capitale,
Commission préparatoire.

10. Appel urgent


Union Autonome des Ouvriers de Pékin

Au peuple de toutes les milieux de la capitale, aux démocrates patriotes de tous les milieux et de toutes les unités.

Pour le 25 mai, nous lançons une proposition urgente. Nous organiserons une grande manifestation dans toute la ville. Étudiants, ouvriers, paysans, intellectuels et citadins de tous les milieux, veuillez préparer les bannières de vos unités. À 14 heures, nous nous rassemblerons sur la deuxième ceinture [90]. Le parcours commencera place Tian’anmen et longera la deuxième ceinture dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Les signes de ralliement seront la voiture de propagande et les bannières de l’Union autonome des ouvriers de Pékin que suivront les équipes de piquets ouvriers et les citadins.

Les slogans principaux de cette manifestation, à laquelle prendront part des gens de tous les milieux, seront :

  • Wan Li, bienvenue au pays, révoque Li Peng sans hésitation !
  • Non ce n’est pas de l’agitation, suspendez la loi martiale !
  • Convoquez immédiatement une session extraordinaire de l’Assemblée populaire nationale !
  • Convoquez une réunion extraordinaire élargie du Bureau politique !
  • Convoquez une réunion extraordinaire de la Conférence consultative politique !
  • Ce mouvement est un grand mouvement démocratique et patriote !

La nation chinoise est arrivée au point le plus important et le plus crucial de son histoire. Agissons tous.

Le peuple vaincra !

Tribune Ouest de la place Tian’anmen,
24 mai 1989,
Union autonome des ouvriers de Pékin.

11. Appel Urgent

Union Autonome des Ouvriers de Pékin

Sous les yeux du monde entier, ce mouvement démocratique et patriote de tout le peuple, avec le soutien énergique et la participation active du vaste peuple de la capitale, a déjà obtenu une première victoire. Pourtant, le gouvernement municipal de Pékin, au mépris des intérêts du peuple et sans entendre ses cris, retire les policiers chargés de faire la circulation et interrompt la circulation des autobus, provoquant ainsi la terreur dans l’intention de semer des troubles. Mais ils ont mésestimé une fois de plus notre peuple. Il a été dit dans le journaux de ces jours-ci, que, dans la capitale, l’ordre public, les communications, la vie courante et la production étaient dans un ordre parfait. Pour notre sécurité, nous n’avons nul besoin de la soi-disant protection assurée par le contrôle militaire. Ce que nous exigeons c’est qu’on respecte la démocratie et la Constitution.

Nous lançons ici un appel urgent auprès de tous les milieux de la capitale pour que chacun agisse rapidement. Nous demandons à toutes les unités de prendre l’initiative de former des équipes chargées du maintien de l’ordre social. Et nous, Union autonome des ouvriers de la capitale, nous sommes disposés à prendre l’initiative du travail de coordination. Pour l’intérêt général du peuple, pour le respect de la Constitution, pour promouvoir le processus de la démocratisation, pour que l’histoire de la Chine ne revienne pas en arrière, donnons-nous la main.

En même temps, nous formulons l’espoir que ce n’est pas à dessein que le gouvernement municipal provoque cet état d’anarchie. Nous déclarons aussi solennellement : l’agitation provoquée par une petite poignée de forces antipopulaires, ce n’est pas sur le dos du peuple qu’il faut la mettre.

25 mai 1989,
Union autonome des ouvriers de Pékin.

12. Adresse aux copatriotes d'outre-mer

Union Autonome des ouvriers de la capitale

Compatriotes chinois d’outre-mer et compatriotes chinois vivant à l’étranger :

Alors que le mouvement démocratique et patriote du peuple chinois atteignait un seuil critique où il affrontait une épreuve d’une dureté sans précédent, nous, les ouvriers de Pékin, nous nous sommes dressés !

Sur les fondements et les piliers de ce grand bâtiment qu’est la République populaire, on trouve les traces de notre sang frais et de notre sueur. Ce pays, c’est par nos combats et par notre travail, à nous les ouvriers et tous les travailleurs intellectuels et manuels, qu’il a été créé. Nous sommes les maîtres incontestables de ce pays : aussi, s’agissant de la façon de régler les affaires du pays, c’est un devoir et une nécessité d’écouter notre voix. Nous ne devons absolument pas permettre que la dictature du prolétariat se transforme en une dictature sur le prolétariat ! Nous sommes déterminés à ne pas laisser l’infime minorité du peuple et de notre classe se réclamer abusivement de nous, les ouvriers, pour réprimer les étudiants, pour étouffer la démocratie et pour fouler aux pieds les droits de l’homme ! Nous soutenons fermement le mouvement démocratique et patriote des étudiants ! Nous nous opposons fermement à l’éditorial du Quotidien du peuple du 26 avril qui fait passer le blanc pour le noir et qui s’attire la colère du ciel et les reproches des hommes ! Personne n’est en mesure de nous contraindre, sous la menace des armes, au travail. Nous nous opposons, fermement et de toutes nos forces, à la loi martiale proclamée illégalement contre le peuple ! Nous nous opposons au discours scélérat prononcé par Li Peng le 20 mai.

Pour la grande œuvre de la réforme socialiste, pour notre mouvement démocratique et patriote, et pour permettre à nos descendants de respirer librement — sous un ciel devenu serein après que la tyrannie stalinienne aura été balayée — et de vivre dignement comme des hommes, nous appelons d’urgence tous les compatriotes chinois d’outre-mer et tous les compatriotes chinois vivant à l’étranger qui ont à cœur le destin du peuple chinois à agir sur le champ en mettant en œuvre tous les moyens dont ils disposent pour venir en aide au mouvement démocratique et patriote du peuple chinois. Les patriotes ne forment qu’une seule famille, ils sont taillés dans le même bois et leurs racines sont les mêmes. Liberté, démocratie, tout le monde aspire à cela. À cette heure la plus critique pour le peuple chinois, hurlons d’une seule voix :

Debout ! Nous qui refusons d’être esclaves ! Avec notre chair, notre sang, construisons notre nouvelle Grande Muraille ! [91]

Nous verrons si les fusils auront l’audace de se tourner en direction des poitrines du peuple !

Nous verrons si les tanks auront l’audace de rouler sur les champs paisibles et couverts de fleurs écloses de Pékin.

L’opinion publique vaincra !

La démocratie vaincra !

La raison vaincra !

La justice vaincra !

26 mai 1989.

13. Mobilisons nous d'urgence pour prendre la bastille des années 80

Union Autonome des ouvriers de la Capitale

Notre appel

L’heure de la bataille décisive est arrivée.

La réforme est en danger ! La démocratie est en danger ! Les masses patriotes et la jeunesse patriote sont en danger !

Le gouvernement fasciste et sa tyrannie stalinienne sur lesquels des millions de gens ont craché n’a pas quitté et ne quittera pas de lui-même la scène de l’histoire. Li Peng, ainsi que celui qui tire les ficelles en coulisse [92], et une petite poignée de suiveurs irréductibles donnent une représentation hystérique. Ils vont certainement jouer leur va-tout dans un pari politique. N’est-il pas notoire qu’il s’est trouvé quelqu’un pour clamer : « N’hésitons pas à en sacrifier 200.000, si c’est le prix de vingt ans de stabilité » [93] ? Quiconque possède un tant soit peu de raison ne saurait nourrir la moindre illusion sur ce « gouvernement de canailles » et sur cette « dictature de fripouilles » — comme disent avec mépris un bon nombre de Pékinois —, et ne saurait les croire naïvement quand ils affirment qu’ils ne régleront pas les comptes après la moisson d’automne [94].

À cette heure où nous courons un grave péril de mort, pour faire aboutir notre cause réformatrice et socialiste, pour faire aboutir notre mouvement démocratique et patriote, pour permettre aux générations futures de respirer librement — sous un ciel serein débarrassé des sombres nuées du système stalinien —, et de vivre aussi dignement que les autres hommes, nous lançons un appel aux masses démocratiques et patriotes et à la jeunesse patriote, à tous ceux qui sont sincèrement convaincus de la nécessité de libérer les hommes c’est-à-dire à ceux qui sont armés de l’esprit de sacrifice. Qu’ils livrent à la Bastille des années 20 [95] du XXe siècle, dernière forteresse du stalinisme au monde, avec l’ampleur et l’impétuosité des vagues qui déferlent, un ultime assaut, pathétique et archarné, et comme on n’en a jamais connu. Les événements qui se sont produits sur la place Tian’anmen de Pékin, en Chine, durant les mois d’avril et de mai 1989, s’inscriront en lettres d’or dans l’Histoire. Les générations futures seront fières à tout jamais de la contribution apportée par leurs aînés au développement de la civilisation humaine, contribution sans précédent et qui fera date ! Même dans plusieurs millénaires, les hommes ne se remémoreront pas ce qui s’est passé aujourd’hui sans émotion et leurs yeux seront noyés de chaudes larmes.

Groupons-nous et demain l’Internationale se réalisera à coup sûr [96] ! L’avenir nous appartient !

L’opinion publique vaincra !

La démocratie vaincra !

La raison vaincra !

La justice vaincra !

26 mai 1989,

Union autonome des ouvriers de Pékin,
Association des journalistes de la jeunesse de Chine [97].

14. Dix grandes bizarreries de la situation actuelle en Chine

Union Autonome des Ouvriers de la Capitale

1.Un mot :

Après la tenue du IIIeplenum [98], on a incité les gens à s’enrichir rapidement. Mais si les poches du petit peuple n’ont pas gonflé, les chats blancs ou les chats noirs, eux, engraissent [99].

2. Une observation :

Ouverture à l’étranger : on attire les investissements. Mais la dette extérieure nous arrive jusqu’au cou tandis que les fonds privés s’accumulent.

3.Un propos :

Quand il s’agit de lâcher les billets, « on joue la montre », mais quand il s’agit de nous faire acheter des bons du Trésor, on « attaque par surprise » [100]. Notre subvention pour les aliments secondaires est de soixante-quinze centimes, mais les prix, eux, grimpent plus vite que des fusées.

4.Un commentaire :

L’état des réformes est excellent, la politique n’est pas mauvaise non plus. Pourtant aucun long nez [101] ne demande la nationalité chinoise et les fils de Yan et de Huang [102] filent à l’étranger.

5.Une description :

L’époque change de visage : les grands hôtels et les grands restaurants abondent [103], majestueux comme des cigognes au milieu de poules. Pourtant, on manque de logements pour les citadins. On a mis du temps à suivre le bon exemple [104], mais faire payer pour les chiottes, on a mis en application tout de suite.

6.Un dire :

Les autorités sont avides de gigantisme et de tout ce qui vient d’ailleurs. Mais elles ne soucient pas du quotidien. Le Trésor public n’arrive pas à joindre les deux bouts et on ne trouve pas de quoi régler les dépenses d’enseignement. La mode est pourtant aux ripailles. Le destin du pays et le destin des familles s’assombrissent, parce que ceux qui sont en haut sont trop pourris.

7.Un jugement :

La Constitution forme un gros bouquin : la légalité a l’air d’être toute puissante. Malheureusement, les « bouteilles d’huile » et les « bouteilles de vinaigre » [105] ne manquent pas. L’arbitraire l’emporte sur la légalité. Quant à la démocratie et à la liberté, c’est encore pire. Un mot de trop, et on nous coffre.

8.Une plaisanterie :

Les informations sont bidon, la télévision baratine : beaucoup de bobards et peu de vérités [106]. À quoi servez-vous ?

9.Une insulte :

Le ciel n’ouvre pas les yeux. Le chat voleur et le diable Li [107] sont montés sur la scène. Ils ont retourné leur veste et fabriquent l’agitation. Les autorités les plus hautes sont des canailles.

10.Une bizarrerie :

Paisible est la ville de Pékin. Pourtant, on a fait venir l’armée. Uniquement parce que la marée étudiante choquait la vue et que les seigneurs ne trouvaient plus d’endroit où poser leurs fesses. Des tanks, des avions, des gaz lacrymogènes. Vers qui les Fusils sont-ils dirigés ?

Il y a dix grandes bizarreries dans la situation actuelle. En fait rien n’est bizarre. Tout vient de ce que les mandarins n’ont pas avalé les bons médicaments.

Le malheur n’arrive pas par hasard.

Il doit arriver ! Il doit arriver ! Il doit arriver !

26 mai 1989,
Union autonome des ouvriers de la capitale,
Bureau de la propagande.

15. Frères ouvriers, mobilisons-nous

Union Autonome des Ouvriers de Pékin

À l’heure de la bataille décisive qui oppose la démocratie et la liberté à la tyrannie féodale, frères ouvriers levons-nous et faisons front !

Le peuple veut la démocratie et la liberté. Les tyrans, eux, tremblent ! Ils se débattent dans leurs derniers sursauts. Frères ouvriers, nous sommes forts. Rugissons d’une seule voix et la Terre, elle-même, tremblera. Dictateurs, allez au diable !

L’Union autonome des ouvriers de Pékin propose que soit organisée, le 28 mai au matin, une grande manifestation dans toute la ville. Frères ouvriers, descendons bravement dans la rue, participons à la grande manifestation des Chinois dans le monde entier.

Note :

1. Sur la situation présente.

Dans le but de réprimer le mouvement pour la démocratie, une petite poignée de scélérats appartenant au Parti, au gouvernement ou à l’armée, mettent en action des manœuvres perfides pour faire l’amalgame entre les éléments clefs du mouvement pour la démocratie et Zhao Ziyang ou d’autres camarades : ils racontent ainsi que Zhao Ziyang, Qin Jiwei ou Bao Tong seraient les éléments clefs qui dirigent ce mouvement pour la démocratie ou qu’ils en seraient des membres, et que ceux qui participent au mouvement pour la démocratie sont manipulés par eux. Ils cherchent, de cette façon, à duper en même temps l’armée et le peuple, non sans un certain succès. À présent, nous risquons d’être réprimés à tout moment.

2. Le 28, avant 10 heures, chaque unité doit quitter son unité d’origine et s’avancer en direction de la place Tian’anmen. Ensuite, les unités devront emprunter la deuxième ceinture et rejoindront la manifestation d’une envergure sans précédent qui réunira des millions de personnes issues de tous les milieux. Cette manifestation, du point de vue de la discipline ou de l’organisation, etc., doit donner aux gens cette impression : nous sommes une troupe juste, forte et douée d’une grande capacité d’auto-contrôle, à même de propulser la Chine vers l’avant.

Cette manifestation s’efforcera, par divers moyens (slogans sur les banderoles, déclarations, mots d’ordre, etc.), d’atteindre les objectifs suivants :

  1. dénoncer et écraser le complot cruel qu’une petite poignée de scélérats appartenant au Parti, au gouvernement ou à l’armée trament actuellement ;
  2. renforcer le poids des étudiants, des ouvriers, des intellectuels et des citadins, et profiter de ce moment critique pour mobiliser les ouvriers et les citadins pour qu’ils fondent des organisations autonomes ;
  3. convoquer d’urgence une réunion de l’Assemblée [108] pour qu’elle résolve les graves problèmes auxquels la nation se trouve confrontée et la question des dirigeants du pays (la destitution de Li Peng), et convoquer une réunion du Parti pour qu’il résolve le problème de la direction du Parti ;
  4. demander que le président du Comité [109], Wan Li, rentre à la capitale pour s’y soigner, en souhaitant qu’il pourra, bien que malade, présider la session de l’Assemblée ;
  5. fournir des éléments tangibles pour permettre au président du Comité, Wan Li, et aux membres du Comité permanent de proposer la destitution de Li Peng ;
  6. démonter les boniments éhontés de Li Peng et compagnie — « c’est le peuple (le peuple de Pékin y compris) qui nous soutient » ;
  7. montrer aux soldats venus de l’extérieur qu’on a dupés et qui appartiennent au peuple, ainsi qu’aux ennemis du peuple, quelle est la force du peuple ; et porter à la réflexion des soldats ceci : comment un mouvement auquel le peuple participe unanimement ou que le peuple soutient pourrait-il ne pas être juste ?

« C’est la lutte finale, groupons-nous et demain ! » [110], nous pourrons ensemble aller au devant d’une société libre et démocratique !

27 mai 1989, Union autonome des ouvriers de Pékin.

16. Statuts provisoires

Union Autonome des ouvriers de la capitale

Le préambule aux présents statuts est le « Programme préparatoire de la « commission préparatoire » de l’Union autonome des ouvriers de Pékin », publié le 25 mai 1989, dont voici le texte [111].

(Préambule)

Depuis la mi-avril, au sein du mouvement démocratique et patriote de tout le peuple qui a à sa tête les étudiants, la majorité des ouvriers chinois ont manifesté l’ardent désir de participer à la vie politique. Dans le même temps, ils ont réalisé qu’il n’existait pas encore d’organisation à même de représenter véritablement ce désir des ouvriers. Dans ces circonstances, nous estimons qu’il est nécessaire de fonder une organisation autonome qui puisse parler au nom des ouvriers et leur permette de participer à la vie politique et de discuter politique. À cette fin, nous préparons l’organisation de l’Union autonome des ouvriers de la capitale et nous proposons un programme préparatoire.

  1. Cette organisation doit être autonome et complètement indépendante, fondée suivant des modalités démocratiques, et les ouvriers doivent y adhérer volontairement. Elle ne doit subir le contrôle d’aucune autre organisation.
  2. Le principe fondamental de cette organisation doit être, en se fondant sur la volonté majoritaire des ouvriers, d’exprimer les revendications économiques et politiques de ceux-ci. Elle ne doit pas se contenter d’être une organisation de bien-être.
  3. Cette organisation doit avoir une fonction de surveillance du Parti communiste chinois, le Parti de la classe ouvrière.
  4. Cette organisation a le droit d’user de tous les moyens légaux et appropriés pour surveiller les représentants des personnes juridiques que sont les entreprises propriété du peuple entier ou les entreprises propriété collective, cela afin de garantir que les ouvriers sont les maîtres véritables de ces entreprises ; pour les autres entreprises, par la négociation avec les chefs d’entreprise ou par d’autres moyens légaux, elle doit protéger les droits et les intérêts des ouvriers.
  5. Dans le domaine constitutionnel et légal, cette organisation doit garantir à ses adhérents l’ensemble des droits légaux.
  6. Cette organisation doit être constituée par des adhérents individuels ou par des sections établies dans les entreprises, tous volontaires.

Article Ier : les membres

Tous les ouvriers et tous les employés, actifs ou à la retraite, qu’ils appartiennent à des entreprises ou à des unités d’affaire de notre ville, et tous les syndicats ou syndicats autonomes des entreprises ou des unités d’affaire de notre ville, dès lors qu’ils soutiennent ses objectifs et ses principes, peuvent adhérer à cette organisation.

Les membres individuels, ouvriers ou employés, et les membres collectifs, syndicats ou syndicats autonomes, ont le droit de renoncer à leur qualité de membre.

Les membres de cette organisation doivent s’acquitter du montant de leur cotisation conformément aux règlements.

Article II : le serment

Les membres de cette organisation doivent être fidèles au serment suivant : « Je respecterai de mon plein gré la Constitution et les lois de l’État, j’observerai la discipline de cette organisation, j’œuvrerai, sans relâche, à défendre les intérêts de l’ensemble de la classe ouvrière. »

Article III : l’assemblée générale

  1. L’assemblée générale est l’instance suprême de décision de l’organisation. Elle sera convoquée régulièrement par la commission exécutive. Sur demande du comité permanent ou d’un cinquième au moins des adhérents, la commission exécutive convoquera une assemblée générale extraordinaire.
  2. Les statuts de l’organisation, et tout projet d’amendement des statuts, doivent être approuvés par les deux tiers des adhérents.
  3. Les membres de la commission exécutive sont élus, et les investitures doivent être signées par au moins dix adhérents avec l’approbation de la moitié au moins des adhérents.
  4. Les membres de la commission exécutive peuvent être révoqués par une motion signée par au moins dix adhérents avec l’approbation de la moitié au moins des adhérents.
  5. Toute motion signée par au moins dix adhérents peut être soumise à l’assemblée générale. Elle sera portée à l’ordre du jour de l’assemblée générale par le président, puis soumise à la discussion et à la décision de l’assemblée générale.

Article IV : le comité permanent

Le comité permanent se compose des représentants des syndicats et syndicats autonomes issus des diverses entreprises et unités d’affaires qui adhèrent à notre organisation. L’organigramme et le mandat du comité permanent sont précisés dans les statuts régissant le comité permanent.

Article V : la commission exécutive

  1. La commission exécutive est formée de cinq à sept membres élus par l’assemblée générale.
  2. La commission exécutive élit un président et deux vice-présidents. Le président convoque et préside les réunions de la commission exécutive. Les vice-présidents assistent le président dans son travail et le remplacent durant ses absences.
  3. La commission exécutive met à exécution les résolutions adoptées par l’assemblée générale et par le comité permanent, et met en œuvre le travail quotidien de l’organisation. Les décisions adoptées à l’intérieur de la commission exécutive doivent l’être selon le principe de la majorité simple.
  4. La commission exécutive peut mettre en place divers organes administratifs en fonction des besoins.

le 28 mai 1989.

17. [Tract sans titre]

Union autonome des ouvriers de Pékin

Étudiants, pour le bien de notre patrie, ce qu’il vous faut dorénavant exiger, c’est la convocation d’une session de l’Assemblée populaire nationale. Si ce projet aboutit, alors, les demandes que vous avez formulées trouveront satisfaction très rapidement. Les canons du mouvement du « 4 mai » avaient grondé pour donner à la Chine le marxisme-léninisme. Ce mouvement, qui est le nôtre, que donnera-t-il à la Chine ? Une réforme radicale du système d’État qui permettra au peuple de devenir le maître véritable, et atteindre ce but qui consiste à anéantir la tyrannie pour mettre en œuvre la démocratie. Notre conduite doit être indubitablement conforme aux intérêts du peuple, pour obtenir ainsi du peuple un soutien ferme. En effet, c’est uniquement si le peuple nous apporte son appui inébranlable que nous pourrons triompher.

Le 28 mai 1989, Union autonome des ouvriers de Pékin.

18. Les ordres du peuple

Union autonome des ouvriers des Pékin

Depuis plusieurs années, notre grand pays, qui compte plus d’un milliard cent millions d’habitants, est soumis à la dictature d’une poignée de bureaucrates qui agitent la bannière du socialisme alors qu’en réalité ils pratiquent une politique dictatoriale qui maintient le peuple dans l’ignorance et qu’ils oppriment les intellectuels. Ils ont grimpé haut et, au mépris des lois de l’État et de la discipline du Parti, pour sauvegarder leur domination personnelle, ils aident leurs acolytes, s’adonnent au népotisme et placent aux postes importants leurs partisans. C’est, en particulier, le cas de l’impératrice douairière Cixi de notre époque [112]. Il tire les ficelles du gouvernement derrière le rideau [113], séparé des masses et en opposition avec le peuple, ne connaissant rien d’autre que le bridge ou le poker et n’essayant pas de comprendre les souffrances populaires : les dettes intérieure et extérieure s’accumulent, les charges fiscales pèsent très lourdement sur le peuple et les prix montent en flèche. La Chine, dont le peuple excède un milliard d’individus, est à la traîne du monde. En dépit des faits, il profite de ce qu’il contrôle l’opinion pour prétendre, par exemple, que notre produit national et notre revenu national se rapprochent de ceux des autres pays, voire les dépassent. Il ne réalise pas que le nombre des habitants des autres pays est dérisoire et que le revenu par tête des habitants de notre pays ne représente qu’une fraction infime de ce qu’il est dans les autres pays. Un grand pays comme le nôtre peut-il encore avoir sa place dans le monde ? Nous sommes des hommes comme les autres, pourquoi le milliard d’hommes que nous sommes est-il aussi pauvre ? Pourquoi est-il aussi arriéré ? Serait-ce parce que nous sommes des incapables ? Si l’on dit que c’est parce qu’il y a trop de gens dans le pays, alors, sachant que la Japon est aussi un pays où la population est dense, comment se fait-il qu’il se porte mieux ? Si l’on dit que c’est parce que les États-Unis sont un pays fondé depuis longtemps, alors comment se fait-il que la Corée du Sud et Taiwan aillent mieux que nous ? Voilà des années que la corruption mandarinale s’aggrave sans que les dirigeants se montrent capables de résoudre le problème. Quelle en est la raison ? Ces derniers jours, à l’appel du peuple, Li Peng a dit que ses trois enfants ne s’étaient jamais livrés à la corruption mandarinale. Mais, en tant que Premier ministre, il ne suffit pas que tes enfants ne soient pas compromis dans la corruption madarinale pour que tu sois digne de ta fonction. Il aurait fallu pour cela que tu abolisses et que tu interdises toute corruption mandarinale. Or, jusqu’à présent, vous autres, vous avez été incapables de découvrir quels étaient les mandarins les plus corrompus et les plus pourris. Si vous n’êtes pas capables de découvrir cela, alors pourquoi restez-vous sur scène, à vous faire entretenir aux frais de la princesse ? Quand on se montre incapable à ce point, comment peut-on être premier ministre ? La Chine est un vaste territoire, riche en ressources naturelles, où les ressources en main-d’œuvre abondent. Et vous avez fait de la Chine un gâchis. Vous dites que comme vous n’aviez pas l’expérience de la construction du socialisme vous avez fait traverser la rivière à un milliard d’hommes en cherchant du pied les pierres [114]. Tous ces gens ont ainsi cherché les pierres du pied pendant dix ans. Quel chemin doivent-ils suivre maintenant ? N’était-il pas inévitable que tous ceux, nombreux, qui n’ont pas trouvé les pierres sous leurs pieds périssent, engloutis dans la rivière ? Est-il concevable que les mandarins jouent, comme des enfants, avec la vie et les biens des gens ? La réforme dure depuis plus de dix ans, mais elle ne se dirige dans aucune direction et ne poursuit aucun objectif. En definitive, vers quel endroit un milliard de gens courent-ils ? Quel mandarin pourra, de façon concrète et précise, répondre clairement à cette question ? On nous dit : peu importe que le chat soit blanc ou noir, s’il attrape les souris, c’est un bon chat [115]. Mais, s’il y a une souris, le chat blanc et le chat noir vont devoir l’attraper et alors ne vont-ils pas se bagarrer ? Et, ensuite, ce sera la confusion, il y aura des contradictions. Les divisions iront en s’aggravant. Immanquablement, à mesure qu’ils mangeront, les chats bureaucrates grossiront, tandis que les chats du peuple iront en maigrissant. Comment cela pourrait-il être la meilleure voie pour gouverner le pays ?

Le premier ministre Zhou a dit : « Celui qui gagne à lui les étudiants pourra s’assurer l’avenir. » Le président Mao a dit : « Ceux qui répriment le mouvement étudiant ne connaîtront sûrement pas un bon dénouement », « Tant qu’on ne frappe pas sur ce qui est réactionnaire, impossible de le faire tomber. Là où le balai ne passe pas, la poussière ne s’en va pas d’elle-même », [116] « Quand il y a lutte il y a sacrifice » [117], et « Le pouvoir est au bout du fusil. » [118]. Si on veut la démocratie, il faut faire des sacrifices : si on ne les y contraint pas par la force, les gouvernants ne se retireront pas d’eux-mêmes de la scène de l’Histoire [119]. Comme ils ne sauraient certainement pas nous faire la grâce de nous accorder des droits démocratiques, nous devons lutter pour conquérir la démocratie. Sans démocratie véritable, la spéculation mandarinale et la corruption ne pourront disparaître radicalement. Et si nous voulons réaliser une démocratie véritable, il nous faudra abolir le système de l’inamovibilité. Sinon, on a la dictature d’un seul homme où personne n’ose exprimer son indignation : comment, dans ce cas, parler encore de démocratie ? Sans démocratie, pas de droits de l’homme. Sans droits de l’homme, nous ne sommes que des esclaves. Levons-nous, peuple qui ne veut pas être esclave, avançons la poitrine, redressons-nous [120]. Ne disons pas que nous ne possédons rien, nous qui voulons devenir les maîtres du monde [121]. Allumons vite le feu ardent du mouvement démocratique et patriote. Ne laissons pas échapper cette occasion qui nous est donnée de réussir. La pratique prouve que désormais la question principale qui se pose au mouvement démocratique est la question du pouvoir. C’est uniquement en renversant les dictateurs, en liquidant les obstacles qui s’élèvent devant le mouvement démocratique, qu’on peut espérer le faire avancer. Sinon, notre mouvement démocratique sera inéluctablement victime de la vengance [122] des dictateurs. Aussi, le mouvement démocratique et patriote nous appelle ! Voici quelles sont les paroles de l’hymne de Kangda [123] : « Ouvriers, étudiants, commerçants, tous unis. Courons en première ligne de ce mouvement patriotique. Écoutez l’appel de la démocratie qui retentit ! Regardez, la bannière de la liberté qui flotte au vent. Ouvriers, étudiants, commerçants, courons ensemble dans les vagues de la tempête accueillir l’aurore. Ouvriers, étudiants, commerçants, le peuple entier se lève. Courons en première ligne de ce mouvement patriotique. »

Camarades, nous nous opposons à certains dirigeants du Parti. Cela ne signifie aucunement que nous nous opposions à la direction du Parti. Nous nous opposons à certains dirigeants du gouvernement. Cela ne signifie aucunement que nous nous opposions au socialisme. Si les dictateurs réactionnaires nous collent, à tort et à travers, des étiquettes sur le dos [124], s’ils nous frappent, comme bon leur semble, à coups de trique, n’est-ce pas parce qu’il n’y a pas de démocratie ? Serait-il possible que nous laissions se reproduire un tel phénomène ? Le peuple ne l’acceptera pas ! Que les masses s’unissent pour chasser au plus vite ce grand dictateur qu’est Deng Xiaoping de la scène de l’Histoire, et vienne ainsi en aide à la Chine et au peuple. Ainsi, sur toute notre Chine s’établira une situation nouvelle de démocratie et de liberté.

Le 29 mai 1989,
Union autonome des ouvriers de Pékin.

19. Dépêche

Union autonome des ouvriers de la capitale

État des négociations de la commission préparatoire de l’Union autonome des ouvriers de Pékin avec le bureau de la Sécurité publique relativement à l’arrestation de Shen Yinhan, un de ses membres.

Ce matin, à 10 h 40, Han Dongfang, délégué de la commission préparatoire des ouvriers de la capitale, Li xx, conseiller juridique [125], et une trentaine de personnes, se sont rendus à la grande porte du bureau de la sécurité publique de Pékin, pour entamer des négociations à propos de Shen Yinhan, un membre de la commission préparatoire de l’Union autonome des ouvriers de la capitale, qui a été, de bonne heure ce matin, emmené par deux policiers dans une voiture de police.

Gong Shisi, du service du courrier et de l’accueil du bureau de la Sécurité publique, a reçu le délégué Han Dongfang et Li xx. Le conseiller juridique Li xx a formulé, au nom de la commission préparatoire de l’Union autonome des ouvriers de la capitale, trois demandes : 1) le bureau de la Sécurité publique doit confirmer si Shen Yinhan a été capturé ou non ; 2) s’il est détenu ou s’il a été arrêté, la procédure légale lui a-t-elle été appliquée ; 3) s’il est détenu, les raisons pour lesquelles il a été appréhendé doivent être indiquées à sa famille et à la commission préparatoire de l’Union autonome des ouvriers de la capitale.

Gong Shisi, chargé de l’accueil au bureau de la Sécurité publique, a répondu en trois points : 1) l’Union autonome des ouvriers est une organisation illégale et ses activités transgressent l’ordre de la loi martiale ; 2) eux s’occupent de l’accueil, il ne sont pas au courant des affaires concrètes ; 3) les ouvriers qui viennent à la porte du bureau de la Sécurité publique transgressent l’ordre de la loi martiale. Le conseiller juridique Li xx a répondu : le caractère illégal de telle ou telle organisation n’entre pas dans le cadre de la présente négociation ; le service d’accueil n’est pas au courant des affaires mais n’entre-t-il pas dans ses attributions de connaître les affaires et d’y apporter une réponse. Les personnes chargées de l’accueil ont répondu qu’elles n’étaient pas au courant des affaires, mais ensuite elles ont dit que le conseiller juridique exposait les demandes sans y être habilité par l’Union autonome et qu’elles voulaient recevoir directement les délégués de l’Union autonome, or, quand le conseiller juridique Li xx s’est provisoirement retiré, la rencontre entre le délégué des ouvriers Han Dongfang et les responsables du bureau de la Sécurité publique a tourné court. Maintenant, une centaine de personnes sont réunies devant la grande porte du bureau de la Sécurité publique et demandent la libération [de Shen Yinhan].

Selon certaines informations, deux autres ouvriers appartenant à la commission préparatoire de l’Union autonome des ouvriers de la capitale, Qian Yuming et Xiang Dongping [126] auraient été aussi capturés.

30 mai 1989,
Union autonome des ouvriers de la capitale.

20. Avis urgent

Union autonome des ouvriers de la capitale

Ce matin, à l’aube, à 2 heures, lors de la conférence de presse organisée par l’UAE [Union autonome des étudiants), un témoin oculaire a attesté que le jour même, à 1 heure passée, aux alentours de l’Hôtel de Pékin, deux policiers sont sortis d’une jeep de la marque « Pékin » équipée d’un girophare et ont fait descendre un cycliste de son vélo. Le cycliste a hurlé : « Pourquoi m’empoignez-vous ? ». Mais les policiers, sans rien répondre, l’ont poussé de force dans la jeep. Quand l’homme qu’on enlevait a été tiré vers la jeep, il a laissé tomber par terre deux cahiers de notes et ledit témoin oculaire les a remis, sur-le-champ, à l’UAE.

Sur le dessus de ces deux cahiers, un nom était inscrit : « Shen Yinhan ». Dans ces cahiers, on trouve cette phrase : « Les deux cents yuans collectés hier, je les ai laissés chez Wantie ». Pour la commission préparatoire de l’Union autonome des ouvriers de la capitale, cela apporte la preuve que l’homme qu’on a enlevé était M. Shen Yinhan, un des membres de la commission exécutive de la commission préparatoire de l’Union autonome des ouvriers de la capitale. Lorsque l’Union autonome des ouvriers de la capitale a appris cette nouvelle, elle a immédiatement envoyé quelqu’un pour enquêter auprès de la famille de M. Shen Yinhan et a découvert qu’effectivement celui-ci n’était pas rentré chez lui.

L’Union autonome des ouvriers de la capitale est une organisation créée selon le principe de la « libre association », stipulé dans la Constitution, et dont aucun acte n’a jamais transgressé la loi. La commission préparatoire se rendra aujourd’hui, à 12 heures, au bureau de la Sécurité publique de Pékin pour y négocier. Elle appelle à un vaste rassemblement des ouvriers pour exiger la libération de son délégué ouvrier, M. Shen Yinhan. Les ouvriers, eux aussi, ont le droit d’être patriotes. Sauvons notre compatriote ! Sauvons notre délégué ouvrier !

30 mai 1989,
Union autonome des ouvriers de la capitale.

21. Conférence de presse

Union autonome des ouvriers de la capitale

Le 30 mai, à 21 h 30, la commission préparatoire des ouvriers de la capitale a organisé une conférence de presse sur le côté nord du Monument aux héros du peuple. Le porte-parole de la commission préparatoire de l’Union autonome des ouvriers de Pékin, Han Dongfang, a lu à voix haute les « Statuts provisoires de l’Union autonome des ouvriers de la capitale » [127]. Des représentants des unions de tous les milieux de la capitale sont aussi intervenus pour présenter leurs félicitations. Pendant la conférence de presse, un délégué du département de la jeunesse du Parti travailliste anglais, Shidifen [Stephen] Yueli [?] a lu un télégramme de félicitations envoyé par le département de la jeunesse du Parti travailliste anglais. Il a dit : « Au cours de ces dernières semaines, les étudiants chinois ont gagné le soutien des peuples du monde entier. Et nous sommes très heureux de constater que les ouvriers chinois participent à ce mouvement démocratique ». Il a estimé que le socialisme avait besoin de la démocratie exactement comme le corps a besoin d’oxygène. Puis il a indiqué que les ouvriers anglais s’étaient toujours rangés aux côtés des ouvriers chinois. Le texte complet du télégramme de félicitations envoyé par les travaillistes anglais est le suivant : « Souhaitons que l’Union autonome des ouvriers de la capitale (commission préparatoire) obtienne une victoire définitive. Pour le mouvement syndical démocratique et pour la démocratie ouvrière, prolétaires de tous les pays, unissons-nous. » Un membre du Parti travailliste canadien (tendance de gauche) a également exprimé ses félicitations, débordantes d’ardeur.

Ensuite, Li xx, le conseiller juridique de la commission préparatoire de l’Union autonome des ouvriers de la capitale, a fait état du déroulement de la négociation menée auprès de la Sécurité publique à propos des trois membres de la commission préparatoire des ouvriers qui ont été appréhendés. La commission préparatoire des ouvriers a soulevé trois points devant le bureau de la Sécurité publique : 1) le bureau de la Sécurité publique doit confirmer s’il détient ou non ces trois personnes : Shen Yinhan, Bai Dongping et Qian Yuming ; 2) au cas où elles seraient effectivement détenues, quelle est la nature de leur détention et a-t-on respecté la procédure légale ; 3) au cas où elles seraient détenues, peut-on ou non en indiquer la raison à la commission préparatoire des ouvriers ainsi qu’à leur famille. Jusqu’à présent, aucune réponse claire n’a été apportée. Si on se réfère au Code de procédure pénale, pour détenir ou arrêter quelqu’un il faut produire un mandat de détention ou d’arrêt. La personne qu’on détient ou qu’on arrête doit viser ce document, et le bureau de la Sécurité publique doit prévenir les parents de la personne qu’on détient ou qu’on arrête dans les vingt-quatre heures. Le bureau de la Sécurité publique n’a pas confirmé s’il avait oui ou non appréhendé les ouvriers et si oui ou non il avait requis contre eux des arrestations conformément à la loi.

22. L’objectif de l’Union autonome des ouvriers de la construction urbaine

L’Union autonome des ouvriers de la construction urbaine de Chine est fondée officiellement le 21 mai 1989, à 18 heures. Notre objectif est le suivant :

Nous ne sommes pas des criminels condamnés à la réforme par le travail et soumis au contrôle judiciaire. Nous sommes des citoyens légitimes de la République. Nous voulons la démocratie et la liberté. Les étudiants qui font la grève de la faim revendiquent pour le peuple. Nous, les ouvriers, nous sommes des Chinois conscients. Face à un gouvernement aussi cruel, nous sommes de tout cœur avec nos frères étudiants. Nous, les ouvriers, nous sommes déterminés à soutenir les étudiants jusqu’au bout !

La calamité nationale est imminente. Chacun se doit d’assumer ses responsabilités envers la patrie. Ouvriers de tous les corps de métier, unissez-vous, protégez nos étudiants. Xiaoping, Li Peng, celui qui ne sait pas apprécier nos faveurs, nous le sortons de scène !

Le 21 mai 1989,
Union autonome des ouvriers de la construction urbaine de Chine,
le président.

23. Manifeste de l'Union Autonome des Ouvriers de Canton

L’Union autonome des ouvriers de Canton, qui, au cours de ce mouvement démocratique et patriote d’envergure nationale, s’est déjà développée jusqu’à devenir une organisation patriotique parfaite, proclame aujourd’hui sa fondation. L’Union autonome des ouvriers de Canton est une organisation spontanée des ouvriers de Canton, contrôlée par les citadins de Canton et responsable devant eux. Notre but consiste à unir toutes les forces qu’il est possible d’unir, pour apporter à cette Chine qui souffre la liberté, la démocratie et la prospérité, et pour promouvoir le cours de la démocratisation en Chine.

À l’heure actuelle, Pékin a ouvert le feu, le sang du peuple coule. La nation chinoise est arrivée à un moment de crise où il y va de sa vie : le lourd fardeau de l’histoire repose sur les épaules de chaque ouvrier chinois et c’est là une responsabilité à laquelle nul ne saurait se soustraire. S’opposer à la violence, soutenir les étudiants, propager la démocratie et la science, il n’y a pas d’autre choix.

La Chine s’enfonce dans le brouillard, elle tourne en rond. Le bureaucratisme règne en despote, l’économie et la politique sont pourries. La prospérité ou la ruine de notre pays sont liées aux intérêts particuliers de chaque ouvrier. Les ouvriers de Canton sont à bout de patience. Nous, Union autonome des ouvriers de Canton, en appelons d’urgence aux personnalités de tous les milieux de la société pour qu’ils soutiennent et prennent part à ce mouvement démocratique et patriote d’envergure nationale.

Le 4 juin 1989,
Union autonome des ouvriers de Canton.

24. Déclaration demandant énergiquement l'interdiction immédiate de l'organisation illégale « Union Autonome des Ouvriers »

Syndicat générale de la municipalité de Pékin

Au cours de ces derniers jours, une petite poignée d’individus se sont rassemblés et ont fondé une organisation illégale appelée l’« Union autonome des ouvriers » en se réclamant fallacieusement de la classe ouvrière. Ils ont répandu des rumeurs, distribué des tracts, lancé des slogans demandant le renversement du gouvernement populaire, fomenté des grèves, pris d’assaut des organes de la Sécurité publique et prétendu qu’ils étaient en train de fonder une organisation autonome « complètement indépendante ». Leurs objectifs étaient de diviser les rangs de la classe ouvrière et de se livrer à des activités illégales destinées à saboter ouvertement l’ordre normal de la capitale qui était en train de revenir. Leurs pratiques, fondamentalement, ne sont pas en accord avec les aspirations de la classe ouvrière. La masse des employés, des ouvriers et des cadres syndicaux ne toléreront jamais des activités qui sont délibérément source d’agitation. Le Syndicat général de la municipalité de Pékin déclare solennellement : dans la Chine socialiste, les organisations syndicales, qui ont été fondées conformément à la « Loi de la République populaire de Chine sur les syndicats » et aux « Statuts des syndicats de Chine », sont les seules organisations socio politiques à représenter les intérêts de la classe ouvrière. Aussi, les dispositions arrêtées pour la fondation de l’« Union autonome des ouvriers » susmentionnée et cette fondation sont-elles complètement illégales. Nous demandons énergiquement aux organes gouvernementaux concernés d’adopter immédiatemment des mesures pour interdire cette organisation illégale. Voilà un mois ou plus que la masse des employés et des ouvriers, d’un bout à l’autre de la municipalité, faisant montre d’un haut degré de conscience politique et de sa conviction d’être le maître du pays, a surmonté de nombreuses difficultés, apportant sa gigantesque contribution au maintien de la production de la capitale, des transports, de la vie quotidienne, du travail et de l’ordre social normal. Elle est digne d’être la force vive qui sauvegarde la stabilité et l’unité. Le Syndicat général de la municipalité de Pékin exhorte la masse des employés, des ouvriers et des cadres syndicaux de tous les niveaux à accroître sa vigilance, à distinguer clairement entre la vérité et le mensonge, à maintenir résolument l’unité de la classe ouvrière, à s’opposer à la fondation d’organisations illégales, quelles qu’elles soient, qui se réclament de la classe ouvrière, à rester fermement à son poste, à s’appliquer à la production et au travail et à apporter de nouvelles contributions à la stabilisation de la situation dans la capitale.

Le 1er juin 1989.

25. Pékin : Circulaire publique n°10 sur la reddition des dirigeants des organisations illégales

Le présent texte est la circulaire n°10 du gouvernement populaire de la municipalité de Pékin et du commandement des troupes chargées d’imposer la loi martiale.

L’Union autonome des étudiants de Pékin, connue aussi sous le nom de Gaozilian [128], et l’Union autonome des ouvriers de la capitale, connue aussi sous le nom de Gongzilian [129], sont des organisations illégales qui n’ont pas été enregistrées conformément à la loi. Elles doivent se dissoudre d’elles-mêmes immédiatement. Les dirigeants de ces deux organisations ont été les meneurs qui ont fomenté la rébellion contre-révolutionnaire dans la capitale et l’ont organisée.

À compter de la date de promulgation de cette circulaire publique, les deux catégories d’individus susmentionnés doivent se rendrent d’eux-mêmes sur le champ aux autorités de la sécurité publique de leur lieu d’origine s’ils veulent être traités avec clémence. Ceux qui refuseront de se rendre d’eux-mêmes seront remis à la justice conformément à la loi et punis avec sévérité.

8 juin 1989.

26.Avis de recherche concernant trois dirigeants de l'Union autonome des ouvriers de Pékin

Ce jour [14 juin], le bureau de la sécurité publique de Pékin a publié un avis de recherche concernant trois dirigeants de l’Union autonome des ouvriers de Pékin (UAOP). La circulaire a été transmise par le ministère de la Sécurité publique dans tout le pays.

L’avis déclare que I’UAOP est « une organisation illégale coupable d’avoir fomenté et organisé une rébellion contre-révolutionnaire à Pékin ». Les trois personnes recherchées sont :

Han Dongfang. Sexe masculin, vingt-six ans. Cheminot au département de maintenance des locomotives de Fengtai ;

He Lili. Sexe masculin, vingt-six ans. Maître de conférences à l’Université des ouvriers du Bureau de l’industrie des machines de Pékin ;

Liu Qiang. Sexe masculin, vingt-six ans. Ouvrier à l’usine n°3 209 de Pékin.

La circulaire donne les caractéristiques physiques des personnes recherchées avec leurs photographies jointes. La circulaire précise que, dès qu’il seront découverts, les unités chargées d’appliquer la loi les détiendront et en aviseront la bureau de la Sécurité publique de Pékin.

[Documents traduits parAngel Pino.]


[1Nous connaissons un tract, « Adresse aux ouvriers de tout le pays », signé de l’Union autonome, dont la revue Shiyue pinglun [critique d’octobre] assure qu’il a été diffusé au milieu du mois de mai, donc, probablement, avant que l’Union autonome existe formellement.

[2Chiang Chen-chang, « The Role of Trade Unions in Mainland China » [le rôle des syndicats en Chine continentale], Issues and Studies, Taipei, vol. 26, n°2, February 1990, p. 96. Une autre source fait état de trois mille piquets ouvriers (cf. A. Pino, « Entretien avec Yue Wu, vice-commandant en chef de l’Union autonome des ouvriers de Pékin », FO Hebdo, Paris, n° 2009, 11 octobre 1989, p. 23). Le 21 mai, un groupe de défense, l’équipe des « brave-la-mort » [gansi dui], composé de plus de vingt mille ouvriers et étudiants s’était constitué sur la place Tian’anmen. Une autre équipe se formera le 25 mai (cf. « Beizhuang de minyun » [le pathétique mouvement pour la démocratie], Mingbao chubanshe, Hong Kong, juin 1989, p.83 et p.96). À propos de cette dernière, voir : « Entretien avec le chef de l’équipe des piquets de contrôle ouvriers », Tinan’anmen yi jiu ba jiu [Tan’anmen, 1989], recueil de textes compilés par la rédaction du Lianhe bao [journal union], Lianjing, Taipei, août 1989, pp.406-407.

[3Cf. l’interview d’un responsable de l’Union réalisée dans la dernière décade du mois de mai et parue dans la revue Shiyue pinglun. (Trois entretiens, réalisés par « un lecteur » de la publication dans le derniers jours du mois de mai, ont été donnés dans Shiyue pinglun, qui sont maintenant repris dans : Zhongguo minyun yuan ziliao jingxuan [choix de documents originaux relatifs au mouvement démocratique chinois], vol. 2, Shiyue pinglun chubanshe, Hong Kong, novembre 1989, pp.32-36, 37-38, et 39-41 [abrégés par la suite en : SP I, SP II ou SP III].). La citation provient ici de SP I, p.32.

[4SP I, pp. 32-33.

[5À savoir : 1) réhabilitation du mouvement étudiant et dénonciation de l’éditorial du 26 avril ; 2) ouverture d’un dialogue d’égal à égal retransmis en direct à la télévision.

[6Depuis 1982, de nombreux cas de grèves nous sont néanmoins connus. Pour un inventaire, voir : Chiang Chen-chang, The Role of Trade Unions in Mainland China, op. cit., p.90 sq. ; J.-L. Domenach, « Politique souterraine et agitation sociale dans la Chine post-maoïste », in varii auctores, la Société chinoise après Mao (entre autorité et modernité), Fayard, Paris, 1986, pp.91-129.

[7Cf. Beizhuang de minyun, op. cit., p.78.

[8On a parlé d’équipes de commissaires politiques effectuant des tournées d’inspection sur les lieux de travail pour dresser des listes noires (cf. R. Franklin, « La Revendication ouvrière du mai chinois », Libération, Paris, 30 mai 1989, p. 24 [repris maintenant dans : Chine, le printemps de Pékin de la liberté au massacre, Libération collection numéro 1, Paris, juin 1989, p. 72] ).

[9Ainsi à Shanghai où des « primes de stabilité », de 50 yuans ont été offertes pour rester à l’écart des manifestations (AFP, 11 juin).

[10Cf. « Beizhuang de minyun », op. cit., p.90. « Nous n’avons pas encore les moyens de lancer des appels à la grève » admettront les membres de l’Union (cf. R. Franklin, « la Revendication ouvrière du mai chinois », op. cit.).

[11SP I, p. 33

[12Vers la même époque, un responsable de l’Union révélait l’organigramme suivant : secrétariat, bureau de propagande, bureau de liaison, bureau d’accueil, service d’intendance, service d’ordre et bureau de diffusion [radio] (SP I, p. 33).

[13cf. SP I, p. 33

[14Un responsable de l’Union déclarait à la fin du mois de mai à un interlocuteur de Hong Kong : « Quant à la façon de promouvoir ce mouvement démocratique, tu me permettras de ne pas aborder le sujet ici. Je peux seulement dire que nous espérons construire des organisations comme l’Union autonome des ouvriers. » (SP III, p. 41.)

[15Cf. Mingbao, Hong-kong, 13 juin 1989, p. 6.

[16Cf. China’s Independent Labour Movement, Hong Kong Trade Union Education Centre-Asia Monitor of Resource Center, Hong Kong, June 1989, p.10.

[17Zhao Linpu, menuisier de trente-cinq ans. Propos recueillis par R. Franklin, la Revendication ouvrière du mai chinois, op. cit.

[18Cf. R. Franklin, « la Revendication ouvrière du mai chinois », op. cit. Les affiliations étaient pour la plupart individuelles et sanctionnées par la délivrance d’une carte (SP I, p. 34 ; China’s Independent Labour Movement, op. cit., p. 3). Des cartes ont été exhibées à la télévision de Pékin, le 14 juin 1989 (bulletin des écoutes radiophoniques de la BBC, Sumrnary of World Broadcasts [Part 3 : Far East], Londres, [abrégé par la suite en SWB], FE/0484, 16 juin 1989, B2/10).

[19Cf. Dépêches AFP, Pékin, 30 mai et 2 juin 1989.

[20Cf. SP II, p. 38 ; R. Franklin, « la Revendication ouvrière du mai chinois », op. cit. La « voiture de propagande » est évoquée dans le document n°10.

[21Chiang Chen-chang, « The Role of Trade Unions in Mainland China », op. cit., p. 90 sq.

[22Des tentatives nous sont connues, au cours de la décennie précédente, ayant eu pour but de mettre sur pied des syndicats libres. Voir : Chiang Chen-chang, « The Role of Trade Unions in Mainland China », op. cit. ; J.-L. Domenach, « Politique souterraine et agitation sociale dans la Chine post-maoïste », op. cit.

[23Cf. SP III, p. 41.

[24R. Franklin, « la Revendication ouvrière du mai chinois », op. cit.

[25Le 18 mai, la Fédération des syndicats de Chine offrira cent mille yuans à la Croix-Rouge de Pékin, pour venir en aide aux étudiants qui font la grève de la faim. Cf. Agence Xinhua, 18 mai 1989 (SWB, FE/0472, 2 juin 1989, B2/11) ; « La Fédération nationale des syndicats de Chine fait don de 100.000 yuans », Da Gong Bao (L’impartial) Hong Kong, 19 mai 1989, p. 5).

[26Cf. SP I, p. 35.

[27Cf. SP III, p. 39 : « l’Union autonome des ouvriers n’est qu’une organisation sociale, aucunement un parti, et elle ne deviendra pas un parti ».

[28Cf. SP III, p. 39.

[29Id.

[30Il n’est pas inutile de préciser ici que les textes de l’Union ont souvent été des œuvres spontanées, reflétant davantage la position individuelle de leur auteur que celle du groupe.

[31Cf. China. Independent Labour Movement, op. cit., p. 5.

[32Id., p. 5. L’Union autonome des étudiants de Pékin affichera, une première fois, le 28 avril, la même volonté. Sur les revendications du mouvement démocratique du « Printemps de Pékin » de 1978, cf. Huang S., A. Pino, I.. Epstein, Un bol de nids d’hirondelles ne fait pas le printemps de Pékin, Bibliothèque asiatique, Christian Bourgois éditeur, Paris, 1980.

[33Cf. SP III, p. 41.

[34Le 1er juin, au dire de Chen Xitong, « Rapport sur l’écrasement de la rébellion antigouvernementale » (30 juin 1989), supplément à Beijing information, Pékin, n° 30, 24 juillet 1989, p.XIX.

[35Voir aussi le Xinwenbao, Hong Kong, 30 mai 1989 (traduction anglaise dans : SWB, FE/0471, 1er juin 1989, B2/10) ; dépêche AFP, 30 mai 1989.

[36Radio Pékin, 31 mai 1989 (SWB, FE/0473, 3 juin 1989, B2/1). L’information sera reprise dans le Beijing ribao du 1er juin, et la liste nominative des signataires publiée le lendemain dans ce même journal ― à la demande, indiquera-t-on, des lecteurs ―, sous ce titre, on ne peut plus explicite : « Responsables de 40 entreprises de la capitale demandant énergiquement l’interdiction par le gouvernement de l’association illégale « Union autonome des ouvriers » » (cf. Beijing ribao, 2 juin, p. 1).

[37Dans le même numéro du Beijing ribao, on trouve une « Lettre de soutien adressée par le syndicat général de la municipalité de Pékin à tous les ouvriers, employés et cadres syndicaux de la capitale ».

[38« Tous les ouvriers et tous les employés doivent maintenir la stabilité sociale », le Quotidien du peuple, 3 juin 1989.

[39« Compte-rendu du massacre de Tian’anmen par un témoin occulaire », Wenhui bao, Hong Kong, 5 juin 1989. Nous donnons une traduction de ce texte dans ce même numéro.

[40Chen Xitong, « Rapport sur l’écrasement de la rébellion antigouvernementale » (30 juin 1989), op. cit., pp. XX-XXI

[41Cf., par exemple, Huang S. et A. Pino, entretien avec un des dirigeants de l’Union autonome des ouvriers de Pékin, le Monde, Paris, 1er septembre 1989, p. 8.

[42« Je suis Chai Ling… Je suis toujours vivante », in « Beizhuang de minyun » [le pathétique mouvement pour la démocratie], Mingbao chubanshe, Hong Kong, juin 1989. Nous donnons une traduction de ce texte dans ce même numéro.

[43Agence Xinhua, 15 juin 1989 (SWB, FE/0487, 20 juin 1989, B2/12). Chen Xitong accuse, par exemple, l’Union autonome d’avoir « capturé un poste de radio et un code secret » dans un véhicule militaire (« Rapport sur l’écrasement de la rébellion antigouvernementale » (30 juin 1989), op. cit., pp. XXII).

[44Radio Pékin, 11 juin 1989. Le texte intégral, traduit en anglais, a été reproduit dans : SWB, FE/0481, 13 juin 1989, B2/2.

[45« Letter from the All-China Federation of Trade Unions to workers, staff members and trade union cadres troughout the country » (10 juin 1989), texte transmis le 11 juin par l’Agence Xinhua, reproduit dans SWB, FE/0481, 13 juin 1989, B2/3. Voir aussi le Quotidien du peuple du 12 juin 1989, p.1

[46Télévision de Pékin, 14 juin 1989 (SWB, FF./0484, 16 juin 1989, B2/10).

[47Radio Shanghai, 14 juin 1989 (SWB, FE/0484, 16 juin 1989, 132/13).

[48Agence Xinhua, 15 juin 1989 (SWB, FE/0485, 17 juin 1989, B2/4).

[49Agence Xinhua, 19 juin 1989 (SWB, FFJ0488, 21 juin 1989, B2/10).

[50Sur ce point, voir : A. Pino, « À propos du rôle des ouvriers chinois dans les événements d’avril-juin 1989 » (entretien), Bulletin des correcteurs, CGT, Paris, n°156, novembre 1989 ; A. Pino, « Des liens de sang », Revue politique et parlementaire, Paris, n°944, novembre-décembre 1989.

[51Deng Xiaoping, « les Points importants d’une conversation entre le camarade Deng Xiaoping et les camarades Yang Shangkun, Wan Li, Jian Zemin, Li Peng, Qiao Shi, Yao Yilin, Song Ping et Li Ruihuan., Zhongyang ribao [quotidien central], Taipei, 14 juillet 1989. Nous donnons une traduction de ce texte dans ce même numéro, sous le titre : « le Parti doit être repris en main ».

[52Le 20 juin, la Cour populaire suprême a émis une note concernant les procédures expéditives pour le jugement des « contre-révolutionnaires » : « Il est nécessaire de prêter attention à la publicité, en sélectionnant affaires principales et exemplaires et en faisant une large publicité au moyen de la radio et de la télévision, des journaux ou des autres médias, au bon moment, pour augmenter le bénéfice social de ces affaires, réprimer et décourager les criminels, et inciter les masses à combattre les contre-révolutionnaires et ceux qui se sont rendus coupables de crimes graves » (Radio Pékin, 20 juin 1989. La traduction anglaise du texte intégral figure dans SWB, FE/0489, 22 juin 1989, 132/5).

[53On pourra se reporter aux différentes livraisons, couvrant cette période, du bulletin des écoutes de la BBC : Summary of World Broadcasts (Part 3 : Far East), Londres, ainsi qu’au bulletin d’information du comité des sinologues pour la démocratie en Chine (basé à la Ligue des droits de l’homme), Chronique de la répression en Chine, Paris.

[54Cf. Hangzhou ribao [quotidien de Hangzhou], 10 juin 1989 (cité par le Quotidien du peuple, édition d’outre-mer, 13 juin 1989).

[55La Sécurité publique locale publiera le 23 une nouvelle circulaire à ce propos (texte anglais dans : SWB, FE/0481, 28 juin 1989, B2/5-6 (d’après Radio Xi’an [Shaanxi], 22 juin 1989).

[56Radio Pékin, 11 juin 1989 (SWB, FE/0481, 13 juin 1989, B2/12) ; radio Shanghai, 12 juin 1989 (SWB, FE/0484, 16 juin 1989, B2/10).

[57Agence Xinhua, 10 juin 1989 (SWB, FE/0482, 14 juin 1989, B2/8) ; Radio Pékin, 10 juin 1989 (SWB, FE/0483, 15 juin 1989, B2/10).

[58Radio Nanchang (Jiangxi), 10 juin 1989 (SWB, FE/0483, 15 juin 1989, B2/14).

[59Radio Hefei (Anhui), 11 juin 1989 (SWB, FE/0482, 14 juin 1989, 132/16) ; Radio Hefei (Anhui), 14 juin 1989 (SWB, FE/0490, 15 juin 1989, B2/4). La veille, selon Radio Pékin (13 juin 1989) un des dirigeants de l’Association spontanée des ouvriers de Hefei se serait livré à la police (SWB, FE/0491, 24 juin 1989, B2/7).

[60La traduction anglaise de leur appel figure dans : SWB, FE/0482, 14 juin 1989, B2/16.

[61Radio Changsha (Hunan), 12 juin 1989 (SWB, FE/0482, 14 juin 1989, B2/17).

[62Radio Lanzhou (Gansu), 12 juin 1989 (SWB, FE/0482, 14 juin 1989, B2/10).

[63 Zhejiang ribao [quotidien du Zhejiang), 23 juin 1989.

[64Radio Xi’an (Shaanxi), 12 juin 1989 (SWB, FE/0482, 14 juin 1989, B2/15).

[65Radio Xi’an (Shaanxi), 25 juin 1989 (SWB, FE/0494, 28 juin 1989, B2/6).

[66Agence Xinhua, 13 juin 1989 (SWB, FFJ0485, 17 juin 1989, B2/6).

[67Radio Guiyang (Guizhou), 13 juin 1989 (SWB, FE/0484, 16 juin 1989, B2/18).

[68Radio Hohhot (Mongolie intérieure), 14 juin 1989 ((SWB, FE/0487, 20 juin 1989, B2/20).

[69Radio Shanghai, 14 juin 1989 (SWB, FE/0485,17 juin 1989, B2/5) ; Télévision de Pékin, 16 juin 1989 (SWB, FE/0486, 19 juin 1989, B2/13).

[70Radio Jinan (Shandong), 15 juin 1989 (SWB, FE/0485, 17 juin 1989, B2/4-5).

[71Radio Wuhan (Hebei), 17 juin 1989 (SWB, FE/0487, 20 juin 1989, B2/11).

[72Radio Shanghai, 21 juin 1989, (SWB, FE/0494, 28 juin 1989, B2/7).

[73Agence Xinhua, 28 mai 1989 (SWB, FE/0469, 30 mai 1989, B2/6).

[74Cf. Beijing information, Pékin, n°28, 10 juillet 1989, p. 7.

[75Radio Pékin, 9 juin 1989 (SWB, FE/0480, 12 juin 1989, B2/11-12).

[76Agence Xinhua, 10 juin 1989 (SWB, FF./0480, 12 juin 1989, B2/12).

[77Radio Pékin, 23 juin 1989 (SWB, FE/0497, 1er juillet 1989, B2/8).

[78Radio Pékin, 17 juillet 1989 (SWB, FE/0512, 19 juillet 1989, B2/5).

[79« Mobiliser les ouvriers et les employés pour l’approfondissement et le développement de la « double augmentation, double économie » », Quotidien du peuple, Pékin, 29 juillet 1989. Le slogan « Shuang zeng shuang jie » est la contraction de « zeng chan zeng shou ; jie neng jie zhi [augmenter la production, augmenter le revenu ; économiser l’énergie, restreindre les dépenses].

[805 avril 1976

[81Il s’agit du 20 avril 1989 et on se réfère ici à l’échauffourée survenue devant Xinhuamen [la porte de la Chine nouvelle], à Zhongnanhai, et qui aurait fait une centaine de victimes parmi les étudiants.

[82Il s’agit du fils de Deng Xiaoping

[83Mot illisible

[84Voir les documents n° 1 et 2

[85Traditionnellement — ce qu’on impute généralement à la seule doctrine confucéenne —, le souverain gouverne le peuple par son influence personnelle. Il doit donc témoigner d’une haute vertu et d’une conduite individuelle irréprochable.

[86 Qiu hou suan zhang. L’expression est aujourd’hui employée dans ce sens : attendre le moment favorable pour déclencher une contre-offensive.

[87Ces deux revendications étaient : 1) la réhabilitation du mouvement étudiant et la dénonciation de l’éditorial du Quotidien du peuple paru le 26 avril ; 2) l’ouverture rapide d’un dialogue retransmis en direct à la télévision.

[88En tête de la Constitution il est stipulé que : « La République populaire de Chine est un État socialiste de dictature du prolétariat, dirigé par la classe ouvrière et basé sur l’alliance des ouvriers et des paysans. »

[89« Ce n’est pas sans raison que les classes dominantes tremblent devant la menace d’une révolution communiste. Les prolétaires ne risquent d’y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner. » (Marx-Engels, le Manifeste du Parti communiste [1848], trad. M. Rubel et L. Evrard, in M. Rubel, Kart Marx. Œuvres. Économie, t. I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1977).

[90Pékin est entouré de deux boulevards périphériques.

[91Extrait de la Marche des volontaires, l’hymne national chinois (paroles de Tian Han, musique de Nie Er).

[92Allusion à Deng Xiaoping.

[93 Buxi ershiwan shengming, huan qu nian nian anding. Le propos aurait été, dit-on, tenu par Deng Xiaoping.

[94 Qiu hou suan zhang : attendre l’occasion pour déclencher la contre-offensive.

[95 Lapsus calami du rédacteur ou coquille de l’éditeur : c’est, évidemment des années 80 dont il s’agit.

[96Dernier vers du refrain de la version chinoise de l’Internationale.

[97Détournement de l’intitulé d’une organisation créée par des intellectuels chinois en 1919, devenus communistes pour la plupart, à laquelle Mao appartint dans sa jeunesse. L’Association de la jeunesse de Chine a été dissoute en 1925.

[98Il s’agit du IIIe plenum du Comité central issu du XIe Congrès du Parti communiste chinois (12-18 janvier), lequel a consacré la victoire de la ligne défendue par Deng Xiaoping sur celle de Hua Guofeng.

[99Les chats désignent, en l’occurence, les bureaucrates. Allusion à la maxime favorite de Deng Xiaoping : « Peu importe que le chat soit blanc ou noir, du moment qu’il attrape les souris. »

[100Littéralement : « Court, rasant, rapide ». Il s’agit d’un terme de volley-ball. Les bons du trésor sont prélevés obligatoirement sur les salaires et sans qu’on avertisse préalablement de la retenue.

[101C’est-à-dire les étrangers.

[102C’est-à-dire les Chinois, Yan et Huang étant les noms des deux premiers souverains mythiques de la Chine.

[103Entendre les établissements de luxe réservés aux étrangers.

[104Le bon exemple de l’étranger.

[105Les « bouteilles d’huile » [youping’er] : dans la Chine ancienne, lorsqu’une veuve se remariait et qu’elle avait eu un enfant de son précédent mari, sa nouvelle famille considérait l’enfant comme illégitime. Parlant de lui, on disait la « bouteille d’huile ». La « bouteille de vinaigre » [cuping’er] est une expression forgée pour l’occasion : on a remplacé le mot « bouteille » [ping] par un autre caractère « ping », celui qu’on trouve dans le prénom de Deng Xiaoping (l’homophonie a été source de nombreuses plaisanteries tout au long du mouvement). Il faut entendre, ici, que si, en apparence, la légalité est toute-puissante, les entorses sont légion.

[106À l’attention des aficionados, indiquons que cette phrase comporte de nombreuses locutions propres à l’argot pékinois.

[107Le chat est une allusion à Deng (« Peu importe que le chat… »). Quant au diable Li, c’est, bien sûr de Li Peng dont il est question.

[108Assemblée populaire nationale.

[109Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale.

[110Premier vers du refrain de l’Internationale.

[111Cf. le document n° 8. La version que nous connaissons indique la date du 21 mai comme date d’élaboration. Le préambule des présents « Statuts provisoires », si on en juge par les versions que nous possédons, et notamment celle que nous avons utilisée pour la traduction, présente quelques très légères variantes par rapport au « Programme préparatoire » où l’on remarque, en outre, l’absence du point 6.

[112Cixi (1835/1908). Elle détint le pouvoir effectif de 1861 à 1908. On comprend que c’est de Deng Xiaoping dont il est ici question.

[113 Chuilian, littéralement : suspendre le rideau. Il s’agit du rideau derrière lequel l’Impératrice régente assistait au Conseil. La métaphore concernant Cixi continue ici d’être filée.

[114Formule chère à Deng Xiaoping.

[115Autre formule affectionnée par Deng Xiaoping.

[116Mao, « Tout ce qui est réactionnaire est pareil : tant qu’on ne le frappe pas, impossible de le faire tomber. C’est comme lorsqu’on balaie : là où le balai ne passe pas, la poussière ne s’en va pas d’elle-même », (« la Situation et notre politique après la victoire dans la Guerre de Résistance contre le Japon » [13 août 1945], repris dans les Citations du président Mao [petit livre rouge].

[117Mao : « Quand il y a lutte il y a sacrifice… » (« Servir le peuple » [8 septembre 1944], repris dans les Citations du président Mao [petit livre rouge].

[118Mao : « Chaque communiste doit s’assimiler cette vérité que « le pouvoir est au bout du fusil ». », (« Problème de la guerre et de la stratégie. [6 novembre 1938]), repris dans les Citations du président Mao [petit livre rouge].

[119Détournement d’une parole de Mao : « 1’ennemi ne périra pas de lui-même. Ni les réactionnaires chinois, ni les forces agressives de l’impérialisme américain en Chine ne se retireront d’eux-mêmes de la scène de l’Histoire. » (« Mener la révolution jusqu’au bout » [30 décembre 1948]), repris dans les Citations du président Mao [petit livre rouge].

[120Hymne national.

[121 L’Internationale.

[122 Qiu hou suan zhang, littéralement : règlement de compte après la moisson d’automne.

[123Il s’agit de l’École politique et militaire anti japonaise du peuple chinois, qui était basée à Yan’an durant la « Guerre de résistance contre le Japon ».

[124 Kou maozi. Littéralement, « mettre un chapeau à l’envers ». L’expression signifie qu’on a abusivement collé sur quelqu’un un label politique qu’il ne méritait pas.

[125Li xx était un étudiant en troisième cycle de droit, aujourd’hui réfugié à l’étranger.

[126En fait, ce n’est pas de Xiang Dongping mais de Bai Dongping dont il est ici question. Mais peut-être ne s’agit-il que d’un lapsus calami du rédacteur ou d’une coquille de l’éditeur.

[127Texte du 28 mai 1989 [document n° 16].

[128Abréviation de Gaoxiao zizhi lianhe hui.

[129Abréviation de Gongren zizhi lianhe hui.