La Presse Anarchiste
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Iztok n°18/19 (juin 1990)
Manifeste de la grève de la faim
Article mis en ligne le 4 juin 2009

par Groupe des grévistes de la faim de l’Université de Pékin
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Dans la brillante lumière du soleil de ce mois de mai, nous avons entamé une grève de la faim. À cet instant du printemps de la vie, le plus beau de l’âge, nous sommes contraints d’abandonner derrière nous tout ce que la vie offre de meilleur. Toutefois, ce n’est vraiment pas de bonne grâce que nous nous exécutons, ce n’est vraiment pas de gaîté de cœur !

Mais le pays est arrivé au stade suivant : les prix s’envolent, la spéculation mandarinale suinte de toutes parts, la loi du plus fort domine, les mandarins sont corrompus, un grand nombre de gens de bien, de bonne volonté et de haute moralité, partent outre-mer, la paix et l’ordre de la société deviennent de plus en plus instables au fil des jours. Dans ce moment crucial de vie et de mort pour le peuple, compatriotes, vous les compatriotes dotés de conscience morale, veuillez écoutez nos cris !

Le pays est notre pays.

Le peuple est notre peuple.

Le gouvernement est notre gouvernement.

Si nous ne crions pas, qui criera ? Si nous n’agissons pas, qui agira ?

Bien que nos épaules soient encore frêles, bien que la mort nous semble encore être quelque chose de grave, nous avançons, nous ne pouvons qu’avancer. L’Histoire l’exige de nous.

À propos de nos sentiments patriotiques les plus purs et de notre ingénuité la plus exemplaire, on a parlé d’« agitation », on a parlé « d’actes guidés par des arrière-pensées », on a parlé de « manipulation par une petite poignée d’individus ». Nous demandons à tous les citoyens chinois honnêtes, à tous les ouvriers, à tous les paysans, à tous les soldats, à tous les citadins, à tous les intellectuels, à toutes les célébrités de la société, à tous les fonctionnaires du gouvernement, à tous les policiers et à tous ceux qui ont concocté contre nous des accusations, de poser la main sur leur cœur et d’interroger leur conscience : de quels crimes nous sommes-nous rendus coupables ? Quels troubles avons-nous créés ? Nous faisons la grève des cours, nous manifestons, nous faisons la grève de la faim, nous nous dévouons, et, en fin de compte, dans quel but ? Cependant, à maintes reprises, on a abusé de nos sentiments. Nous endurons la faim pour obtenir la vérité et nous sommes frappés sauvagement par la police militaire… Les délégués étudiants se sont agenouillés pour plaider en faveur de la démocratie mais on les a ignorés. On ne cesse de repousser le dialogue d’égal à égal demandé. Les dirigeants étudiants sont menacés dans leur vie…

Que faire ?

La démocratie est le sentiment le plus noble de l’existence humaine, la liberté est un droit totalement inné de l’homme. Mais nous devons pourtant donner nos jeunes vies en échange. La nation chinoise aurait-elle lieu de se glorifier de cela ?

La grève de la faim, nous y sommes forcés et contraints. Nous affrontons la mort afin de lutter pour la vie.

Mais nous sommes encore des enfants, nous sommes encore des enfants ! Chine, notre mère, jette sérieusement un dernier regard sur tes enfants. Alors que la faim les détruit impitoyablement dans la fleur de l’âge et que la mort s’approche d’eux, comment pourrais-tu rester insensible ?

Nous ne souhaitons pas mourir. Nous voulons vivre totalement parce que nous sommes dans les plus belles années de notre vie. Nous ne souhaitons pas mourir, nous voulons étudier dur. Notre patrie est encore si pauvre, et si nous avons l’air de l’abandonner en mourant, il n’entre pas dans notre intention de mourir. Mais si la mort d’un individu ou de quelques individus permet à de nombreux autres de mieux vivre, permet à la patrie de devenir prospère et florissante, nous n’avons pas le droit de sauver notre vie au prix d’une lâcheté.

Quand nous serons sur le point de mourir de faim, vous nos papas et nos mamans, ne soyez pas tristes. Quand nous ferons nos adieux à la vie, vous nos oncles et nos tantes, s’il vous plaît n’en soyez pas affligés. Nous n’avons qu’un seul espoir, celui de vivre mieux. Nous n’avons qu’une seule requête : s’il vous plaît, n’oubliez pas que notre but n’était absolument pas de mourir ! Parce que la démocratie n’est pas l’affaire de quelques-uns, la cause de la démocratie ne sera pas menée à bien en l’espace d’une génération seulement.

Nos morts espèrent les échos les plus larges et les plus durables.

Quand un homme s’en va, ses paroles sont bonnes. Quand un cheval s’en va, ses cris sont tristes.

Adieu camarades, prenez soin de vous ! Les morts et les vivants sont tout aussi loyaux.

Adieu être aimé, prend soin de toi ! Nous renonçons à toi, nous sommes obligés d’en finir.

Adieu parents ! S’il vous plaît, pardonnez-nous. Vos enfants ne peuvent cultiver tout à la fois la loyauté et la pité filiale.

Adieu peuple ! S’il te plaît, excuse-nous. Nous sommes contraints d’exprimer ainsi notre loyauté.

Nul doute qu’à l’avenir, par ce serment que nous écrivons au prix de nos vies, le ciel de la République deviendra serein.

Le 13 mai 1989.

Groupe des grévistes de la faim de l’Université de Pékin




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