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Noir & Rouge n°13 (printemps 1959)
Dans notre courrier
Article mis en ligne le 17 mai 2009
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Nous recevons d’un militant ouvrier du Nord, une lettre dont nous extrayons ce qui suit :

« (…) Ce qui compte dans une revue, ce n’est pas la présentation, qui n’est qu’un trompe l’œil, un plaisir des yeux ― et c’est le sérieux atout dont dispose la presse bourgeoise ― mais le contenu. (…) Pour nous, provinciaux qui refusons de marcher au pas, ces rencontres [1] revêtent une très grande importance, du fait de notre isolement, surtout dans ces cités minières jalonnées d’écriteaux : « Chemin privé, propriété particulière » où les corons sont autant de casernes avec l’adjupette en serge bleue au sigle des houillères. À de rarissimes exceptions près, les mineurs sont encore à bêler derrière leurs idoles, et il ne leur faut pas grand chose, dans ce domaine. Leur culte est facile. Le virus de la bourgeoisie les ronge. Ils n’aspirent qu’à la bagnole, la télé, à gagner du fric en enfonçant au besoin le copain, à essayer d’en sortir, et s’ils y parviennent, ils sont les plus complets des parvenus en même temps que les pires salauds. Je me demande même parfois, s’il est vraiment possible de tirer quelque chose de bon de cette monde de satisfaits en puissance. Et cette résignation ! On leur demanderait de se couper les C… pour plaire à leur Chacharles qu’ils le feraient ! De la gueule, quand il n’y a pas. de danger à parler, mais du silence, de la bassesse devant le moindre des gradés… Je ne saurais souhaiter à personne, pas même à mon plus grand ennemi de devoir descendre dans ce sale trou… (…)

Cordialement à tous, et bon courage, car il vous en faut ― et votre action prouve que vous n’en manquez pas.

N.D.L.R. ― Les réflexions « amères » de ce camarade ne l’empê chent d’ailleurs pas de militer très activement dans son secteur particulier. Cela, nous le savons et tenons à le signaler.

* * * *

Voici quelques passages d’une longue lettre de R.F., militant de la Fédération Anarchiste française :

« (…) Un peu déçu par les positions philosophiques du n°12, telles qu’elles apparaissent dans le papier de Guy. On ne jongle pas aussi aisément avec des conceptions comme : métaphysique, absolu, idéalisme, etc…, ou elles finissent par ne plus rien dire du tout. Pour le matérialisme, il y a une faille dans vos conceptions ; ou vous êtes pour la « révolution sur tous les plans » et la « solidarité des secteurs », ou vous êtes pour le matérialisme qui implique que le facteur moteur et déterminant est de l’ordre des infra-structures, et alors la révolution « spirituelle » est un phénomène second, et ça ne signifie plus rien de vouloir en finir avec l’ancien « régime de l’esprit » autrement que par une lutte purement économique. Dès qu’on se propose de changer la vie, en même temps que de transformer le monde, le matérialisme n’a plus rien à voir là-dedans, même s’il est « dialectique ». L’idéalisme et le spiritualise non plus. Dès qu’on reconnaît un rôle moteur et créateur à la liberté, dans une situation historique et matérielle donnée, à l’intérieur d’un réseau de déterminismes qui justement offrent une prise à l’action libre, il n’y a plus de matérialisme. Vous êtes, je crois, obsédés par une étiquette que vous ne voulez lâcher à aucun prix, et qui ne peut que rendre votre pensée confuse.

Par ailleurs, dans une réflexion sur la condition humaine, la science n’est nullement le critère dernier. Le rôle de la philosophie est de situer l’homme dans le monde, et donc aussi dans la connaissance que nous avons du monde. Elle doit tenir compte de l’apport de toute science à la connaissance de l’homme, mais aucune science ne peut épuiser cette connaissance. En particulier par ses méthodes mêmes, la science ne connaît que des déterminismes, et elle ne peut jamais rendre compte de la liberté de l’homme.

Sur le plan tactique, notre divergence profonde s’éclaircit (…). Je crois de plus en plus que vous revenez au « vase clos », que vous allez vous couper de la vie et rester une nouvelle fois en marge. Vous refusez le syndicalisme, vous refusez l’action avec des groupements de gauche, vous refusez toute action tendant à promouvoir des réformes. Que vous restera-t-il ? Surtout si sur le plan théorique déjà vous n’arrivez pas à vous dégager du XIXe siècle. Je ne suis pas du tout pour l’efficacité à tout prix, pour l’opportunisme, mais je crois qu’un groupe ne peut vivre que par un double mouvement, toujours complémentaire, retraite et sortie de soi. D’un coté, une forte intransigeance théorique, une doctrine claire et précise qui est le fondement du groupe (cette doctrine elle-même ne peut vivre que par la confrontation constante avec la pensée « extérieure »). Puis, à coté de ce « groupe spécifique », la présence des militants dans des groupements plus larges, des actions collectives, sur des objectifs limités. Ainsi seulement on peut éviter le dessèchement, le ressassement, la révolution en chambre, les plans de chambardements dans l’abstrait, l’esprit de chapelle et l’intolérance. Victor Serge a bien connu et analysé ce phénomène (Carnets, p.135-139, 145-146 …). D’accord avec vous, il ne peut être question d’adhérer à un parti mais on peut agir avec des partis de gauche, collaborer à des revues de gauche, faire connaître par là l’anarchisme dans ces milieux, et par là-même influencer leurs actions.

(…) Comprenez moi bien, je ne vous reproche pas de vous retirer de la circulation pour mettre vos idées et votre tactique au point, c’est indispensable ; mais je commence à craindre que vous ne fassiez un principe de cet isolement, comme le dernier numéro le confirme nettement (…) ».

COMMENTAIRE DE LA RÉDACTION ― Remercions tout d’abord ce camarade de la F.A. de sa très intéressante lettre qui témoigne ― s’il en est besoin ― de la collaboration fraternelle qui existe entre de nombreux militants de la Fédération Anarchiste et des G.A.A.R.

Les problèmes qu’il soulève dans la première partie de sa lettre mériteraient à eux seuls de longs développements qui ne peuvent trouver place dans cette courte rubrique.

La seconde partie de cette lettre nous donne l’occasion d’apporter quelques précisions sur ce que sont les G.A.A.R.

De nombreux lecteurs qui n’ont pas le contact direct avec les militants pensent que Noir & Rouge constitue le seul travail des G.A.A.R. ― Et on nous appelle parfois « les camarades de Noir & Rouge — En vérité, ces Cahiers ne sont qu’une des tâches de l’organisation, assumée par un seul des groupes GAAR, responsable devant le congrès. C’est volontairement que nous n’encombrons pas les pages de N. & R. de déclarations solennelles, de communiqués ronflants tendant à faire supposer une vaste organisation… Nous ne jouons pas à l’« Organisation de masse », ayant encore le sens du ridicule. De même nous sommes violemment opposés aux manifestations spectaculaires, « quarante-huitardes »…

Par contre, les militants des G.A.A.R., selon le tempérament, les capacités de chacun, sont présents autant que leur nombre le leur permet partout où ils peuvent trouver des gens réceptifs aux idées révolutionnaires. Que ce soit dans les milieux « ouvriers », « syndicaux », « jeunes », « laïques », « anticolonialiste », etc. Notre présence militante n’est alors aucunement en contradiction avec notre condamnation du réformisme puisqu’elle ne vise qu’à gagner certains réformistes aux idées révolutionnaires et non à les épauler dans leur quête de réformes.

Ainsi si nous refusons « toute action tendant à promouvoir des réformes » comme dit notre camarade R.F., que nous reste-t-il ? Mais TOUT, nom de dieu !

Notes :

[1Avec des camarades des G.A.A.R.


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