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Ruptude n°1 (février 1975)
Critiques émanant du groupe « Intervention Communiste » de Grenoble
Article mis en ligne le 6 mai 2009

par Intervention Communiste
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Suite à une série de textes émanant de camarades engages dans la construction d’un mouvement autonome de travailleurs révolutionnaires (et notamment de camarades de la Nièvre), le Groupe de Grenoble « Intervention Communiste » a été amener à critiquer certains des points qui lui paraissaient ambigus.

Il s’agit pour l’essentiel des points suivants :

  • principe d’« un regroupement autonome de travailleurs révolutionnaires ».
  • « Personne ne vient au nom de son organisation politique où syndicale, mais d’une manière autonome. » (point 1 de la circulaire)
  • « Pas de coupure entre militants révolutionnaires travaillant dans les syndicats ou en dehors. » (point 5 de la circulaire).

Se trouve donc reproduit ici de larges extraits de la réponse…

1°. Sur la question de l’autonomie prolétarienne.

a) Nous reconnaissons bien évidemment la nécessité absolue de la lutte ouvrière par les travailleurs eux-mêmes, des liaisons directes en rupture avec les appareils spécialisés. Mais un regroupement autonome de travailleurs n’a de sens que s’il se situe dans le mouvement historique du prolétariat dirigé contre le salariat et la société marchande c’est-à-dire s’il se place sur le terrain de l’auto-organisation de la classe contre le travail salarié. Toute tentative donc de regroupement même paré du label « autonome » est fausse si elle ne repose pas sur ce critère fondamental ; cela signifie qu’on ne fasse pas du regroupement pour du regroupement mais que le rapprochement s’opère sur des bases claires, sans aucune équivoque ; sans quoi ce regroupement ne sera jamais qu’un conglomérat de plus, une nouvelle organisation crypto-gauchiste, a vocation de masse et dès lors ouverte à tous les marchandages et opportunisme ;

b) Il semble que vous fassiez une distinction purement sociologique entre des groupes formés par des ouvriers eux-mêmes et les autres groupes ou partis. L’autonomie prolétarienne n’est pas un problème de structures (ici le groupe autonome, là le goupe « politique »).Elle ne se calcule pas suivant le nombre d’ouvriers particpants ; elle dépend avant tout du contenu avancé par sa capacité à permettre au cours de luttes l’instauration de rapports sociaux opposés à ceux imposés par le capital (principe d’auto-direction des luttes, pouvoir aux AG, non dirigeantisme, attaque contre le travail salarié etc.) ;

L’autonomie prolétarienne a un contenu politique ; les groupes ouvriers autonomes, qu’ils soient de boites ou locaux (Action Cheminot ou Groupe d’autonomie ouvrière de Rome), composés en tout ou partie d’ouvriers, sont pour nous la préfiguration de l’organisation de combat du prolétariat : Ils sont éminemment POLITIQUES.

Dès lors que peut bien vouloir signifier la distinction que vous opérez ? et surtout ce « VENIR DE MANIERE AUTONOME » ? Cela signifierait-il qu’on peut faire un « travail autonome » dans le groupe, puis un travail politique, voir syndical hors de ce groupe ? Ou cela signifierait-il comme dans le vieux mouvement ouvrier, que vous faites votre les vieilles divisions : ici le politique, là « l’autonome comme naguère le syndiqué ». Avez vous voulu vous mettre à l’abri d’éventuelles déviations ?…

Nous affirmons pour notre part que les groupes ouvriers autonomes sont ceux qui accueillent en leur sein ceux des travailleurs les plus en pointe (même dans les périodes de reflux de la lutte de classe), les plus lucides les plus radicalisés, dégagés des idéologies pseudo-révolutionnaires, syndicalistes ou réformistes, combattants pour l’action autonome de classe, pour l’instauration au cours des luttes et s’étendant hors du lieu de production., de rapports sociaux communistes, ils ne forment pas un nouveau parti ou un nouveau syndicat, mais ils contribuent à la constitution en parti , du prolétariat : bref ils sont communistes (même si ce terme signifie passablement autre chose…) et à ce titre ils se doivent de se regrouper pour appuyer les luttes autonomes des travailleurs, démystifier celles qui ne sont qu’un moment nécessaire à la reproduction du capital, dénoncer les manœuvres bureaucratiques de ceux qui veulent conserver le salariat !

Leur regroupement doit permettre de faire connaitre toujours plus aux autres travailleurs la possibilité qu’ils ont de se libérer par leurs propres moyens de l’esclavage salarié.

Au vu de cela des formules telles que « venir de manière autonome » paraissent bien ambigus, car elles pourraient se traduire par « partir faire du syndicalisme dans son syndicat, de la « politique » dans son groupuscule »… ce qui, en gros, n’aurait plus du tout rien à voir avec l’autonomie prolétarienne. Comment expliquerez-vous cette contradiction ? Quels dépassements y voyez-vous ?

L’ autonomie prolétarienne ce n’est pas, de plus, l’apologie de toutes grèves ; ce n’est pas tomber dans le triomphalisme ouvriériste. Elle implique la connaissance de la nature des luttes actuelles. S’inscrivent-elles dans une offensive contre le salariat, avec apparition de rapports sociaux nouveaux, ou sont elles ― quoique parfois dures ― défensives, c’est à dire soumises aux appareils du Capital au sein du prolétariat. Mais analyser la nature des luttes aujourd’hui n’est-ce pas voir aussi quel est l’état du capitalisme qui les conditionne, et qui conditionne, cela va de soi, l’autonomie prolétarienne elle-même.

2°. Sur la coupure entre militants travaillant dans les syndicats ou en dehors.

Ce point rejoint le précédent au sujet de « venir de manière autonome ». Signifie-t-il qu’on peut être syndicaliste dans le syndicat, ouvrier autonome dans le « regroupement » ? Voici ce qu’on peut en dire : l’état actuel des luttes de classe fait que le militant, pour des raisons pratiques, est souvent obligé de passer par un syndicat pour nouer des relations hors de son atelier ou de son bureau (à l’intérieur de ces derniers, les liaisons se font seules puisque c’est le lieu « naturel »). Mais cela ne signifie pas, bien au contraire qu’un travail puisse être fait au niveau de la structure (UL, UD, Fédération) ; le faire serait alors faire du syndicalisme, et serait alors en totale contradiction avec le processus. d’auto-organisation de la classe, avec l’autonomie prolétarienne. C’est de plus ne pas avoir répondu à la question : « le syndicat est-il aujourd’hui un moyen de transformation révolutionnaire de la société, ou est il un ferme soutien du capital pour la conservation du salariat ? »

De la réponse dépend évidemment la stratégie à adopter : l’entrée ou non dans un syndicat (section) n’est plus, dans notre optique, qu’une question tactique. (éviter d’apparaitre comme le représentant de telle boutique, d’entretenir des illusions sur le rôle du syndicat, démystifier ce dernier est alors la tâche essentielle pour le militant révolutionnaire).

Voilà pour notre part dans quel sens nous comprenons « travailler » dans un syndicat, et de cette façon là, ce travail bien au contraire ne s’oppose pas à l’autonomie prolétarienne : il en est son complément. Dans cette optique, « venir de façon autonome » n’a pas plus de sens que « pas de coupure entre militants travaillant ou non sans un syndicat ». La question reste bien : quel type de travail ?…

Pas plus qu’il ne saurait y avoir de coupures entre syndiqués/non-syndiqués il ne saurait y en avoir pour nous entre travailleurs manuels/intellectuels (cette division est avent tout le produit de l’organisation capitaliste du travail, nécessaire pour la reproduction élargie du capital, comme moyens d’accroitre la division des travailleurs entre eux). Quels sont alors ces « rapports avec les travailleurs intellectuels » que vous envisagez dans votre point 7.

Il ne vous reste plus qu’à éclairer notre lanterne !

Groupe de Grenoble « Intervention Communiste »

Notes :

[1Aticle paru sans titre.




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