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La Revue Anarchiste n°1 (janvier 122)
Dans les groupements anarchistes
Article mis en ligne le 6 mai 2009

par Fister (Maurice)
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À l’intention des camarades lecteurs de notre Revue, j’exposerai ici chaque mois les faits saillants de ce mouvement. Je relaterai l’action, l’activité des compagnons, leur lente et difficile besogne d’éducation, de propagande, d’agitation. Je les montrerai dans leur lutte contre le milieu social mauvais, contre leurs innombrables adversaires, avoués ou dissimulés, cyniques ou hypocrites ; tous également implacables, dont il leur faudra triompher. Je m’essaierai à dire leurs rancœurs et leurs espoirs, aussi leurs amours et leurs haines, comme leurs joies et leurs tristesses.

Une besogne immense est devant eux : la destruction des actuelles formes sociétaires, l’édification d’un ordre social nouveau. Besogne de Titans Mais telle est la force de l’Idéal qui les anime, que les anarchistes ne se sentent pas inférieurs à la tâche colossale ! Ce sont de fiers artisans que le labeur n’effraie point ! Ce sont de fiers combattants que la mêlée attire, insouciants des risques et des dangers, satisfaits seulement quand ils ont affirmé, clamé — face à tous — la Vérité profonde qu’ils détiennent et qui seule, rénovera l’Humanité !

Ils ont pris à la gorge le Vieux Monde chancelant sous le poids de ses crimes, sous la réprobation des masses sacrifiées. Et ils ne desserreront leur étreinte que le jour où cette Société infernale et maudite ne sera plus qu’un souvenir d’un passé lointain et honni !

La bataille, donc, est engagée, lutte acharnée, lutte à mort. Nous avons confiance. Nous savons qu’elle se terminera par la victoire éclatante de la liberté sur l’autorité, de la vie belle et harmonieuse sur les institutions qui l’enserrent et l’étouffent. Les temps futurs verront la réalisation de notre Rêve ardent : la Liberté pour tous, le Bien-être pour tous, le Bonheur pour tous.

* * * *

C’est une dure nécessité à laquelle nous sommes acculés, que celle de la lutte. Nous rêvons d’amour et il nous faut haïr ; nous rêvons de paix et il nous faut combattre. Le mouvement anarchiste, c’est une lutte de tous les instants. Toutefois, nous sommes tranquilles : cette lutte nous est imposée, les assaillis, les victimes, c’est nous. Les assaillants, les coupables, ce sont Eux.

* * * *

Je ne m’attarderai pas ici à faire l’historique du mouvement anarchiste en France. Nos camarades savent que ce mouvement découle des travaux de la Fédération Jurassienne dont furent Bakounine, Reclus, J. Guillaume, Kropotkine, théoriciens de grande valeur, penseurs profonds, qui imprimèrent à l’Anarchie ses principes et sa doctrine, lui donnèrent sa littérature et sa philosophie. C’est avec ceux-là et grâce à ceux-là que l’Anarchie prit place dans le grand courant des idées modernes.

Ce fut un émerveillement que l’apparition de cette idée. Une morale nouvelle surgissait, et combien différente des autres ! Des hommes à la pensée généreuse se firent les apôtres de la vérité anarchique et allèrent, répandant les enseignements de cette éthique nouvelle, toute d’humanité. Pour la première fois, les foules entendaient parler de leur libération de toutes les servitudes.

Inquiets tout d’abord, les maîtres ne lardèrent pas à trembler. Ils ne voulaient rien aliéner de leurs privilèges et de leurs prérogatives. L’idée s’affirmait négatrice des conditions et des étiages sociaux, négatrice des « droits » propriétaires. Ils réagirent. Vint la répression.

Les bons philosophes, les doux rêveurs, se virent appréhender, jeter en prison. Ils apprécièrent que penser équivaut à commettre un crime et que, pour la sécurité de l’ordre social bourgeois, le penseur doit être châtié. Et si quelques illusions leur étaient restées sur la Justice des Puissants les arrêts rendus contre eux leur eussent alors dessillé les yeux. Docile, la magistrature servait de rempart aux possédants qui la salariaient.

Des indignations se firent jour et des colères éclatèrent. La bourgeoisie avait jeté le masque ; il fallait accepter le défi. Vint alors — réponse logique aux exactions du pouvoir — la phase terroriste de l’anarchie.

Époque douloureuse, mais époque glorieuse. La parole fut au poignard et à la bombe et ce fut justice puisque les maîtres avaient proscrit l’expression. de la pensée.

Une répression sauvage s’ensuivit. Tout ce qui était anarchiste était traqué, poursuivi, promis par avance aux geôles ou au bagne. Conséquente avec elle-même la bourgeoisie régnante accumulait crimes et iniquités pour se survivre.

Et c’est notre joie profonde de constater que rien de cela n’a entravé l’essor de l’Idée. Tout comme avant la sombre période de 1893-94, l’anarchie est debout, n’ayant rien abdiqué d’elle-même, poursuivant son rôle et sa mission d’affranchissement humain.

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À la phase héroïque, succéda la phase d’organisation, de travail. Les compagnons s’adonnèrent à la propagande, à la diffusion de l’Idée. Notre Libertaire vit le jour, ainsi que les Temps Nouveaux ; quelques années plus tard l’Anarchie. Des groupes se formèrent, de nombreuses publications s’éditèrent. Des réunions de propagande se tinrent partout, auxquelles tous étaient conviés à venir entendre la pensée anarchiste. La parole vibrante et passionnée des compagnons secouait l’apathie des foules, les incitait à réfléchir, à penser et à agir.

Rude tâche que celle-là ! Tâche qui nécessite des convictions profondes, un idéalisme élevé et un don complet de soi-même à la grande cause d’une société meilleure. Tâche qui pourtant porte ses fruits, car ce n’est jamais en vain que l’on s’adresse au cœur du peuple si malheureux et si trompé.

Le rôle joué par les anarchistes dans le mouvement social de ces dernières années ne fut certes pas prépondérant ; il fut néanmoins des plus importants. Sincères, actifs et désintéressés, les anarchistes sont toujours à l’avant-garde du mouvement prolétarien. Toujours leurs initiatives sont les plus hardies, les plus généreuses et les plus heureuses. Comment une telle action n’aurait-elle pas sa répercussion sur l’ensemble des conditions sociales ? Il n’est pas exagéré de dire que le mouvement ouvrier en France, avant la déclaration de guerre était des plus actifs et nettement révolutionnaire, et qu’il devait en grande partie cette activité et ce révolutionnarisme à l’impulsion du mouvement anarchiste.

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Vint la guerre. La guerre voulue, savamment préméditée, soigneusement préparée par les maîtres de partout. Et c’est pour les anarchistes une joie et un orgueil que de se rendre ce témoignage : dans la tourmente, ils ont su rester eux-mêmes. Alors que soufflait le vent d’universelle folie qui faisait vaciller les convictions et les consciences, les anarchistes, seuls ou presque, n’ont pas sombré dans la démence collective. La défection même de leurs théoriciens les plus aimés, si elle les a attristés, ne les a jamais abattus. Leurs journaux supprimés, leurs groupes dispersés, les anarchistes, sauf une infime minorité, restèrent fidèles à leur Idéal et jamais ne pactisèrent avec la guerre. Un grand nombre d’entre eux refusa de participer à la guerre. Quelques-uns le firent héroïquement. Beaucoup désertèrent. Seuls, traqués, poursuivis, emprisonnés, calomniés, les anarchistes ne cessèrent à aucun montent la lutte contre la guerre. La période 1914—1918 est une des plus belles de leur histoire.

* * * *

Après cinq années de carnage et d’atrocités, les maîtres satisfaits décidèrent l’arrêt — momentané — du massacre. Cette période devra s’appeler non « la Paix »mais l’« Après-guerre ».

En janvier 1919, c’est-à-dire deux mois après la cessation des hostilités sous le régime de la censure et de l’état de siège, quelques camarades lançaient à nouveau Le Libertaire qui, depuis lors, prit une extension lente mais certaine. La place du journal dans le mouvement anarchiste français est de première importance. Au printemps 1919, la Fédération anarchiste se reconstituait et son action incessante situait le mouvement en toute clarté.

À cette époque, un de nos meilleurs camarades, Cottin, accomplit sur la personne d’une des plus féroces hyène du régime, un geste de protestation que, sans réserves, tous les anarchistes approuvèrent.

Grossissant ses effectifs et étendant son rayonnement, la Fédération anarchiste entreprit, lors des élections de novembre 1919, une campagne anti-parlementaire qui, sans égaler celles de 1910 et de 1914, eut cependant une influence et une portée réelles.

La crise économique mondiale qui se traduit partout par une aggravation du sort des travailleurs conduisit ceux-ci en 1919 et surtout en 1920 à entreprendre des mouvements de grande envergure. Le mouvement de Mai surtout nous inspira de vives espérances qui ne furent déçues que par la trahison des chefs syndicalistes. Au cours de ces mouvements, les anarchistes se dépensèrent sans compter pour les orienter dans une voie toujours plus révolutionnaire. Beaucoup des leurs furent frappés à cette occasion.

En novembre 1920, se tenait à Paris le premier Congrès d’après-guerre des anarchistes français. Il marqua de la part de ceux-ci une volonté d’action et de propagande des théories de l’anarchisme.

L’année qui vient de s’écouler fut pour l’Union anarchiste une période d’activité sans précédent. Tournées de propagande, organisation de conférences, meetings sur tous les points du pays. Avec des ressources plus que modestes et des moyens d’action limités, l’Union accomplit une besogne sérieuse, qui ne pourra aller qu’en se développant et en s’intensifiant. Tel est le souci de chacun des militants qui composent l’Union anarchiste.

Le Congrès de Lyon (novembre 1921) fut pou r tous un réconfort et un encouragement. En dépit des mauvaises conditions économiques et des difficultés matérielles, 60 groupes étaient représentés et les congressistes, deux jours durant, travaillèrent en accord commun et en fraternité parfaite.

Au Congrès international de Berlin (décembre 1921) l’Union anarchiste était représentée par quatre délégués. Des travaux de ce Congrès sortirent des résolutions sérieuses et des résultats certains furent obtenus.

* * * *

Telle est l’action présente des anarchistes. Toujours dans la bataille, ils mènent avec courage et ténacité la lutte contre les iniquités. Hier, c’était pont nos amis Sacco et Vanzetti qu’ils menaient campagne afin d’obtenir leur vie sauve et leur libération. Pour atteindre ce résultat rien ne fut épargné. Avec force et décision, les anarchistes affirmèrent leur volonté de ne pas laisser s’accomplir ce nouveau crime de la justice bourgeoise.

Aujourd’hui, pour nos camarades espagnols torturés, martyrisés dans les cachots de l’inquisition, assassinés au coin des rues par les mercenaires au service des possédants, les anarchistes élèvent leurs voix et font entendre leurs protestations.

Pour empêcher de telles atrocités, pour empêcher que les camarades réfugiés à l’étranger ne soient livrés à la férocité et au sadisme des sbires du capitalisme espagnol, les anarchistes en appellent à tous les opprimés.

Pour Cottin agonisant en centrale, pour tous les emprisonnés, pour toutes les victimes du régime d’abjection, les anarchistes entrent en lice et de toutes leurs forces œuvrent pour leur libération.

Voici donc, camarades lecteurs, où en est actuellement le mouvement anarchiste français. Chaque mois, à cette place, je vous entretiendrai des groupements anarchistes, de l’action qu’ils mènent, des campagnes qu’ils entreprennent et de la propagande qu’ils poursuivent.

Souhaitons ensemble que je n’aie à vous entretenir que d’un mouvement accru, gagnant sans cesse en étendue, en force et en puissance, mouvement qui implantera irrésistiblement, au plus profond des cœurs et des cerveaux, notre sublime Idéal : l’Anarchie.

Maurice Fister


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