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Défense de l’Homme n°3 (décembre 1948)
Prêtre prierait au pair chez personne pieuse
Article mis en ligne le 13 février 2009

par Joly (Paul)
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L’importance des « Petites Annonces » qui paraissent dans les quotidiens n’est plus contestée par personne : elles constituent le catalogue journalier de cet immense marché-aux-puces que le monde propose au monde et pour l’innombrable foule des petites gens, qui ne connaissent que l’occasion, elles sont génératrices d’espoir, de consolation et de joie. Le concret comme l’abstrait s’y débitent, compte tenu non pas des valeurs réelles, mais des nécessités des grands besoins et des petits désirs ; l’Amour, l’Amour lui-même, délaissant les graffiti chers aux courtisanes grecques et les oeillades prometteuses des filles de joie au temps jadis, ne dédaigne pas d’y épandre des traits enflammés sous la forme de quelques lignes imprimées.

La nature du journal n’entre pas en ligne de compte dans le classement des petites annonces ; la variété qui caractérise celles-ci, ne gêne en rien la spécialisation de tel ou tel périodique. Une revue de mode sera le refuge d’offres d’emploi dans l’industrie lourde, tout comme un journal financier hébergera une demande d’embauche chez un charcutier.

Novembre, qui suscite partout des appels de détresse, quelquefois empreints d’un émouvant courage, toujours pleins de dignité, a fait fleurir dans une revue de jardinage de novembre dernier, une petite annonce d’un caractère tel qu’il a semblé intéressant de lui donner une publicité qu’elle ne désirait sans doute pas :

APPEL à la charité. Prêtre âgé cherche place au pair (log. et nourr.) en maison bourg. ou villa de préf. dans le Midi, avec vie indép., jardinet p. loisirs. Aimant cuit. fleurs et fruits. Assurerait messe domicile. Goûts simples. M. X…, desservant à…

Qu’en dire qui ne soit pas dicté par la moquerie, qui soit impartial et qui puisse, par là même, être accrédité auprès de l’auteur de cet appel, dont l’âge demande des égards ?

Le prêtre est l’incarnation de Dieu, de ses lèvres émane le verbe divin. Son corps, instrument d’expression pour la pensée sacrée, se divinise lui-même et devient l’objet du respect et de l’adoration du troupeau, des ouailles, comme il dit ; mais pour mieux reconnaître et faire reconnaître Dieu, le prêtre se doit de s’abîmer lui-même, de se faire le contempteur de son propre corps et des biens matériels, périssables, dont il accepte l’offrande pour la rejeter ensuite publiquement, geste qui frappe toujours l’imagination des foules.

Il y a belle lurette que tout cela a changé ! L’offrande au prêtre s’est faite rare, si, rare même que, celui-ci doit la mendier ; et si la foi des foules n’est plus ce qu’elle était, celle des religieux eux-mêmes a changé à ce point qu’elle ne peut plus combattre l’attrait des jouissances terrestres : Tartuffe, Onuphre, les moines de Voltaire après ceux de Rabelais, et bien d’autres encore, sont les vivants exemples de la déchéance des prêtres dans l’esprit de nos croyants. Le peuple lui-même le sait, qui dit par la bouche de Gaston Couté s’adressant à un jeune gars :

Tu frais tes class’s au séminaire
Où qu’ nout’ chât’lain, qu’est ben dévot,
T’entertiendrait à ne rien n’ faire,
Et tu briff’rais d’la têt’ de vieau,
Du poulet roûti tout’ la s’maine,
En songeant qu’ d’aucuns mang’nt à peine.
Si j’étais qu’ toué,
J’ me mettrais curé.

Il était réservé aujourd’hui aux petites annonces, qui ont certes une diffusion plus grande que les ouvrages littéraires, d’apporter un témoignage supplémentaire de cette déchéance.

O prêtre, qui continues la tradition de ces jouisseurs impénitents qu’enfanta la vieille religion, ô vieillard, usé par l’âge, que ces paroles ne te soient pas trop dures, que Noël, ton Noël, ne te soit pas gâté par la lecture de cet article, s’il te tombe sous les yeux ! La pudeur t’a poussé à refuser la charité, dont tu es le chantre, et à offrir en échange de ce confort, que tu as raison, à notre gré, de désirer en tant qu’homme, une chose, dont tu crois que les autres la revêtent d’une importance égale : ta prière. Tu n’as pas voulu subir l’humiliation d’une prise en charge sans contrepartie, tu n’as pas voulu avoir à dire merci, comme nous te comprenons.

Et puis, entre nous, Paris vaut bien une messe et s’il se trouve des gogos pour t’offrir une bonne petite vieillesse avec fricota fins, licheries et jardinet en échange d’une prière, il serait bien sot de ta part, de notre avis, de refuser — plat de lentilles pour le verbe divin, ce serait encore si cher payé !

Paul Joly


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