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Le Libertaire n°7 (juillet 1945)
Impérialismes en lutte
Article mis en ligne le 11 décembre 2008
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Les combats ont cessé et pourtant on n’a pas l’impression de cette sécurité qu’une fin de guerre aurait dû donner au monde. Bien plus, les coups de force, les finasseries, la méfiance donnent à penser que la guerre continue sous une autre forme. Une trentaine de points de friction existent entre les alliés. Lesquels seront le point névralgique, lesquels seront la cause déterminante qui mettra les impérialismes en lutte autrement qu’autour d’un tapis vert ?

Allemagne. — Le problème allemand, dont nous avons situé l’importance dans un de nos précédents articles, et que nous étudions par ailleurs, restera en tout cas un des pôles de la diplomatie future, le traitement différent que les alliés imposent au vaincu donne déjà des indications sur l’avenir de cette puissance incontestable que représente l’Allemagne, puissance actuellement en sommeil, mais qu’un coup de fouet vigoureux, sous forme d’investissements de capitaux, peut très bien remettre en valeur.

Pologne. — M. Hopkins, envoyé de Truman, après son voyage et ses conversations directes avec Staline, fut représenté comme le grand vainqueur des conversations. Aujourd’hui on nous dit que la question polonaise n’était pas la plus importante, mais une des questions en discussion. La réponse ne s’est pas fait attendre. Les seize « traîtres » sont en jugement. Ce jugement, par la présentation que nous en fait une certaine presse, nous rappelle le procès des trente et des dix-huit de l’époque anti-trotzkiste : tous ces traîtres avouent beaucoup plus de crimes que la cause leur en reproche.

Yougoslavie. ― Le maréchal Tito, après de violentes diatribes avec le général Alexander, s’est plié sur la question de Trieste et de la Vénétie Julienne ; des conseils d’apaisement lui furent prodigués par le Kremlin, mais aussi par l’escadre patrouillant en Adriatique, pour de simples manoeuvres (on ne nous dit pas lesquelles !), donnant au fougueux maréchal un esprit de compréhension dont on ne le supposait pas capable.

Bien d’autres problèmes devraient être analysés : à San-Francisco le veto a été voté de justesse, quoiqu’en assemblée générale il eut la quasi-unanimité. La politique italienne, la question royale belge, alitant d’exemples après la Grèce, où la liberté des peuples libérés est soumise à la pression préservatrice de la grande dictature économique.

Colonies. — La question syrienne a fait couler beaucoup d’encre. « Franc-Tireur », « Combat », le « Monde » ont présenté des études intéressantes dont la solution unanime, qui est la nôtre également, c’est le pétrole. Il y a pourtant un piège à déceler pour nous et nous allons chercher à trouver dans ce fatras d’intérêts ce que l’on nous cache. La masse de ces peuples veut son indépendance, et elle a raison ; mais cette indépendance pour les dirigeants n’est qu’à sens unique. Lors de la conférence de Yalta, Churchill et Roosevelt passèrent au Caire et à Alexandrie où ils eurent des conversations avec les princes arabes ; c’était la mise en place du dispositif. Les princes, s’ils adorent Mahomet, ne sont pas insensibles aux dieux plus matériels : dollar et sterling ont également leur obédience. L’indépendance, pour eux, c’est celui qui paie. Nous devons donc ne pas tomber dans la défense sentimentale de cette indépendance qui pourrait être le leitmotiv d’un futur conflit dans lequel nous ne servirions que les intérêts camouflés d’impérialismes sordides appuyés sur une idée fixe. Que les peuples se révoltent et conquièrent leur indépendance, toute leur indépendance, qu’ils renversent toutes les formes d’oppression, de quelque façon qu’elles se dénomment, nous sommes avec eux, mais que cette indépendance ne soit que le drapeau qui couvre les intérêts inavouables, alors là, nous demandons à réfléchir et nous nous cabrons : la libération des masses ne peut être que l’œuvre des masses elles-mêmes, et là-dessus nous n’abandonnons rien.

La question du pétrole, nous en reparlerons, car en Syrie il n’y a pas de pétrole, mais seulement des points d’appui qui garantissent la sécurité de l’exploitation. Qui est intéressé ? L’Angleterre, les États-Unis, la Russie, qui détiennent ou les concessions, ou les moyens d’exportation. Laissons le temps faire son oeuvre ; la guerre du pétrole exista bien avant la guerre actuelle et les concurrences ne manqueront pas de se faire jour, mais pour nous, qui savons qu’il n’y a pas une « goutte de pétrole qui ne soit le prix d’une goutte de sang » (Clemenceau dixit), ne nous laissons pas embarquer dans l’affaire.

Le statut du Maroc va être une nouvelle raison de discorde. Tanger et Gibraltar, c’est la fermeture de la Méditerranée occidentale qui est en jeu, ce sont les bases marocaines qu’il faut garantir. Or, quelle garantie peut donner un pays comme le nôtre et qui, de plus, est allié à l’URSS, susceptible un jour de nous demander l’accès des bases militaires, sans nous obliger à entrer dans un conflit où elle serait partie active ? Les peuples coloniaux remuent, l’Inde s’agite à son tour, les promesses toujours renvoyées aux calendes ne suffisent plus, il faut des actes ; or, que peut-on demander à un impérialisme qui trouve dans ces peuples un prolétariat à bon marché, susceptible d’être encadré par un prolétariat majeur, mais qui a perdu son sens de classe ? Rien, les contradictions sont irrémédiables. Les plus misérables cherchent leur voie ; le moins que nous puissions faire, c’est de ne pas entraver cette évolution par une conception nationaliste d’un problème où seul l’intérêt des trusts est en jeu. En Algérie, 25 émeutiers ont été fusillés à Sétif. Ceux-là n’auront plus faim…

Vatican. — Pour finir, une nouvelle du Vatican. Le secrétaire général futur serait une éminence américaine. C’est le chambardement de la politique traditionnelle des milieux romains où, de tout temps (exception faite pour Merry del Val, qui était Espagnol), la direction était choisie dans le clergé italien. L’important c’est que le secrétaire général est en principe le successeur désigné au trône de saint Pierre. Un pape américain ? Pourquoi pas ? On est très opportuniste et les tournants brusques ne sont pas monopolisés qu’au Kremlin ; les deux extrêmes se rejoignent d’ailleurs par plus d’un point où le jésuitisme est en faveur dans les deux centrales.

― O ―

L’Allemagne est rayée du monde pour les mois qui viennent. Elle ne saurait nous donner que peu d’indications sur l’état de la politique internationale. Mais il est certain que pour la période suivante elle sera l’un des baromètres du monde. À travers elle nous assisterons à toutes sortes d’opérations qui seront le signe de tout le mal et de tout le bien que l’avenir nous réserve. Il est donc souhaitable que le problème allemand reçoive très vite une solution satisfaisante pour tous.


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