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L’Unique n°2 (juillet 1945)
Haute école
Rires
Article mis en ligne le 26 décembre 2006

par Devaldès (Manuel)
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 Ça se passe en 1938.
 Dans le décor d’une table d’hôte de province.
Quatre types : un homme, 35 ans, stature et complexion Croix-de-feu, lisant le quotidien du P.S.F. ; un autre, son beau-père, avec des yeux bleu d’acier de loup qui rêve et quelques dents en or, genre général en retraite d’une armée qui accepterait les recrues de 1 m. 50, chevalier de l’ordre que l’on sait ; puis deux guenons nationalistes, la mère et la fille, du même âge en apparence, les cheveux platinés l’air putain de caf’ conc’ 1900.
 Une boniche, fraîche, gentille, servile à souhait devant la clientèle bien-pensante, assure le service.
 Tout a coup, on entend, rompant le silence, la voix autoritaire, hargneuse et méprisante du Croix-de-feu :
 – D’ la moutarde !
 Alors Léo, qui déjeune avec moi, me dit :
 – Tu comprends pourquoi, dans les révolutions, on les pend ?

— O —


 En livrant du charbon, il dit à la cliente :
 –…J’ai eu cinq enfants, mais rien qu’un garçon… Ah ! je m’en serais bien passé de celui-là car sa mère est morte en le faisant… Et pourtant je suis content d’avoir un gars, parce que je suis le dernier du nom dans la famille…
 – Oui, comme ça, votre nom ne disparaîtra pas.
 – Justement.
 – Comment vous appelle-vous ?
 – Durand.

— O —


 Malfleurat a épousé une dactylo pauvre et qui naguère souffrait vraiment de la faim, mais très jolie. Elle a profilé de son sex-appeal pour imposer la présence de sa vieille mère que pratique, son mari a convertie incontinent en bonne à tout faire. Puis, Malfleurat à trouvé le filon : il est devenu expert-comptable pour carambouilleurs. Il fait des affaires d’or. Aussi les deux femmes ont-elles à présent l’air de deux rats lâchés dans un silo.
 – On a tellement connu la misère, autrefois, avec maman ! dit l’ex-dactylo… Maintenant, on met les bouchées doubles…

— O —


 Quand il était au régiment, sous-off’ de droit divin, il disait :
 – Ah ! je les fais marcher, moi, mes bons-hommes !
 – Maintenant qu’il est mari de droit divin et a pris chez lui sa belle-mère, il dit :
 – Ah ! je les fais marcher, moi, mes bonnes femmes !

— O —


 Nestor Dumolâtre est écrivain et de temps à autre, dans ses confessions, il nous confie que souvent il se demande qui il est…
 Entendez par là que la connaissance extérieure et intérieure que chaque homme possède de sa personne ne lui suffit pas, si est persuadé que cette connaissance est illusoire et qu’il doit être autre qu’il n’est. Mais, hélas ! malgré tons ses efforts de concentration mentale, il lui est impossible de saisir le moindre linéament des contours de cet autre qui serait son vrai moi : celui, « réel », qui serait derrière ne disons pas « lui-même », puisqu’il ne le veut pas — qui serait derrière son apparence. Il cherche, en somme., son « être en soi », son essence, l’être dont il est le double à ses yeux, son moi inconnu, profondément enfoui dans l’enveloppe qu’on appelle Nestor Dumolâtre !
 Nous le reconnaissons, ce pauvre inquiet. C’est lui qui déjà était en quête de la « chose en soi » dans l’univers, de la « réalité », l’occulte réalité, l’insaisissable réalité qui se cache, assure-t-il, derrière les phénomènes. De cela aussi il est sûr, car il en a l’intuition : les choses ne sont pas ce qu’elles sont, ou plutôt ce qu’elles paraissent être : elles sont autres.
 Et Dumolâtre est ainsi fait que toute sa vie il sera à la poursuite de ces fantômes.
 Au fou ! Au fou !

— O —


 Il y a des ans et des ans qu’à toute plainte d’autrui en. matière sociale, j’entends Crétinot répliquer :
 – Que roulez-vous ! nous vivons dans une période de transition.
 La stupidité de Crétinot, elle, n’est pas transitoire.

Manuel Devaldès.


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