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Le Libertaire n°4 (9 avril 1945)
Pensée, formes et sons
Article mis en ligne le 9 décembre 2008
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Sons…

L’Association des Concerts Colonne a terminé le 17 mars le cycle des dix concerts symphoniques qu’elle avait consacrés aux œuvres de Beethoven.

Les neuf symphonies y furent exécutées à raison de une par séance, les programmes étant complétés par des concertos ou des ouvertures. À la dixième séance fut donnée la messe en ré.

La réussite des deux premiers concerts fut sérieusement compromise par le froid, qui incommodait les exécutants, et par les pannes d’électricité, qui ne sont pas faites pour faciliter l’exécution, imposant des arrêts aussi inattendus que néfastes à la bonne interprétation. C’est ainsi que la première et la deuxième symphonies, pleines de nuances, perdirent beaucoup du charme qui leur est propre. La troisième, l’« Héroïque », déjà plus forte comme composition, en souffrit moins. La quatrième, qui est l’expression même de la musique pure, bénéficia néanmoins d’une très bonne exécution.

Nous devons retenir particulièrement l’exécution remarquable de la Cinquième et féliciter M. Jean Fournet pour la maîtrise dont il fit montre en dirigeant l’orchestre. Rarement cette œuvre de premier choix fut exécutée avec tant d’accent et de grandeur. La « Pastorale » fut jouée, elle aussi, avec tout l’art qu’elle mérite.

Les concerts pour piano eurent des exécutants de grande classe : notamment Ginette Doyen dont le jeu est sobre et sans hésitation. Mme Deslaurier, dont nous ne voulons pas diminuer les mérites, gagnerait à gesticuler un peu moins quand elle est devant le clavier.

Le « Concerto pour violon » fut fort bien joué par M. Henri Merckel. Nous savons le tour de force que représente l’exécution impeccable d’un semblable ouvrage, mais notons en passant que M. Merckel, véritable virtuose, s’en acquitta parfois beaucoup mieux.

Il est très bien de jouer, de faire connaître les œuvres de Beethoven. Nul mieux que lui n’a su traduire, par des ensembles musicaux savamment orchestrés, les divers états d’esprit que peut connaître la personne humaine.

Cependant nous déplorons que pour faire entendre ses œuvres, on procède comme on l’a fait pour ce « cycle » ; que l’on y consacre entièrement dix séances successives pour lesquelles les billets ne sont vendus qu’en gros, c’est-à-dire pour les dix séances à la fois (système de l’abonnement). De tels procédés ne manquent pas d’être mercantiles et tout le monde n’a pas les moyens de faire une aussi forte dépense.

Nous reprochons aussi à ces « cycles Beethoven », si chers aux Concerts Colonne, d’encourager le snobisme, de diminuer, chez l’auditeur, la satisfaction réelle qu’il trouvera en allant écouter, chaque semaine, à la même heure, pendant deux mois et demi, toute une succession d’œuvres du même auteur, ça fait un peu travail à la chaîne. Et Beethoven mérite mieux que cela.

Formes…

Les peintres du dimanche

L’art ne doit plus être l’apanage des peintres bourgeois. L’art doit être accessible à tous. Faut-il rappeler les noms de Van Gogh, Soutine, Utrillo pour s’en convaincre ?

L’art académique qui pourrit dans les musées, voilà le bilan de la peinture bourgeoise. Que reste-t-il de Bouguereau ? Qui parle de Bonnat et de tous les pontifes qui ont tué l’art avec leurs règles absurdes ?

Si, de nos jours, l’art est en principe ouvert à tous, la concurrence bourgeoise n’en est pas moins sérieuse.

Toi, le peintre du dimanche qui ne connais personne parmi les placiers du Salon des Indépendants pour te réserver un centre de panneau, ou même une place au jour, tu seras voué à l’ombre. Tu seras voué à l’anonymat éternel si tu ne comprends pas qu’il faut que tu te groupes, que tu manifestes avec tes amis, que tu revendiques les mêmes droits que tous ces fils à papa, pour qui l’amour de l’art s’est mué en amour de l’argent.

Toi, tu n’as pas collaboré, tu n’as pas cherché un marchand pour t’exploiter et te lancer pendant les années qui suivirent la « drôle de guerre ». Tu as continué de travailler avec amour, pour toi, pour ton plaisir, pour celui d’un ami, avec sincérité, avec joie.

Il en est sorti une œuvre d’art. Que vaut-elle ? Si elle est une interprétation du monde tel que tu souhaiterais qu’il fût, c’est parfait. Si elle n’est qu’une pâle imitation du monde qui t’entoure et que tu hais, pourquoi te donner tant de peine ? Les photos en couleurs sont aussi bien.

L’art est encore dans une manifestation, une révolte, une révolte contre les conceptions bourgeoises de la vie de chien que tu dois mener. Si tu sens ta vocation, romps les chaînes qui t’attachent à la niche du salarié. Tu n’en peindras qu’avec plus de fougue ta palette se colorera des couleurs de la révolte elle-même. Tu triompheras dans la mesure où tu auras brisé le plus d’images conventionnelles, où tu auras construit un monde qui sent la sueur de la liberté. Dans l’effort inhumain qu’il te faudra fournir, tu trouveras ce levain de gloire : la joie incommensurable de ceux qui créent un monde meilleur.

Et si le succès t’assure une matérielle honorable, ne succombe jamais à la tentation de la facilité.


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