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Solidarité Ouvrière n°76 (novembre 1977)
CFDT, quel syndicalisme ?
Article mis en ligne le 28 novembre 2008
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Se faire entendre en tant que syndicalistes et libertaires sans user de pratiques bureaucratiques ni détournement de mandats au sein de la CFDT ; telle semble être la motivation du nouveau groupe de militants qui vient d’éditer discrètement le n° 1 du bulletin « Réflexion syndicaliste et libertaire ». Qui sont ces militants ? Dans leur lettre de présentation parue en juin ils se définissent ainsi : « Nous sommes un groupe de militants CFDT désireux de faire entendre nos conceptions appuyées sur une pratique de tous les jours. »

N’acceptant pas les méthodes bureaucratiques de la « contribution », ils veulent « avant tout, conserver l’unité de la CFDT gravement menacée à l’heure actuelle par les affrontements, ouverts ou feutrés, entre la « majorité confédérale », la « contribution » et l’extrême gauche révolutionnaire » ! Le groupe « Réflexion » accuse les sommets fédéraux d’avoir provoqué la situation actuelle de la CFDT consécutivement aux appels pour les Assises du socialisme qui auraient exacerbé les luttes de tendances, danger pour l’unité et l’efficacité de la CFDT.

Le lecteur notera sans doute la similitude de consonance entre le groupe « Réflexion » avec celle du groupe « Reconstruction », groupe qui a été à l’origine de la transformation de la CFTC en CFDT.

Nous sommes assez réticents quant à la formation de groupes intra-confédéraux. Souvent, et l’expérience le prouve, ceux-ci finissent par dénaturer les idées et l’action syndicalistes libertaires. La cause en est la nécessaire et l’inévitable défense de l’unité confédérale qui est la contre-partie indispensable à donner pour se faire tolérer et ne pas attirer immédiatement les réactions répressives de l’appareil. C’est le cas des pseudo-syndicalistes révolutionnaires de F.O. de l’ancien bulletin « Pour nous le combat continue », regroupés aujourd’hui dans le groupe Fernand-Pelloutier d’Alexandre Hébert, permanent F.O. depuis des lustres. Ce groupe qui passe l’essentiel de son temps à la critique de l’Église catholique, encycliques à l’appui, et à celle de la CFDT accusée d’être un paravent à curés. Mais de compromis en compromission, ces camarades en sont arrivés à ne plus rien faire d’autre que d’assurer le soutien de F.O. et Bergeron, garant de l’unité de F.O., et la pérennité de l’appareil de Force Ouvrière quoi qu’il en coûte. Demandez aux camarades confrontés localement à cette réalité ce qu’il en est exactement du syndicalisme libertaire de ces messieurs !

Rappelons que le groupe « Reconstruction » reposait presque uniquement sur des responsables bien implantés dans l’appareil de la CFTC dont la figure la plus marquante aura été Eugène Descamps. Les anciens membres de ce groupe sont les actuels permanents fédéraux et confédéraux accusés aujourd’hui de fractionnisme et qui, ne l’oublions pas, sont rompus aux pratiques obscures, bureaucratiques et de tendances, tel qu’ils ont pu le démontrer dans les affaires récentes que dénonce le groupe « Réflexion ».

L’Alliance Syndicaliste est heureuse de constater que des initiatives libertaires se manifestent avec vivacité, mais que ce sentiment n’empêche pas la critique nécessaire et le débat public.

Quand les anarchosyndicalistes et les syndicalistes révolutionnaires antiautoritaires ont décidé de constituer l’ASRAS, leur but était de construire une organisation d’expression et d’action syndicaliste libertaire qui puisse regrouper l’ensemble des anarchosyndicalistes et syndicalistes révolutionnaires sans aucune considération d’appartenance syndicale ni et surtout de ne privilégier aucune confédération quelconque. Il appartenait à chacun de se déterminer en fonction des réalités locales et d’être là où son action aurait été le plus efficace et où la défense des intérêts ouvriers serait le mieux défendu. Dans la pratique, la CFDT a été privilégiée de fait : le choix de la majorité des camarades se portant sur la CFDT, seule structure démocratique et d’action ouvrière du moment qui ne soit tombée dans la collaboration de classe comme F.O.

Nous souhaitons de tout cœur que le jeune groupe « Réflexion » sache passer au travers des mailles de cet obstacle et ne pas, non plus, dégénérer en un groupe de défense de relative autonomie des syndicalistes de sympathie libertaire.

Le n°1 de « Réflexion » ne répond pas à notre seconde inquiétude. Ce numéro sur le fédéralisme est un peu trop gentillet, rien de trop choquant pour la bureaucratie, ni de très motivant pour des militants qui rechercheraient une structure d’action ; même si les questions soulevées sont assez pertinentes et que les propositions de réforme, visant à améliorer le fonctionnement de la CFDT, sont honnêtes. Notamment :

  • l’institution systématique du vote séparé dès lors qu’une minorité (dont le seuil reste à fixer) le réclame ;
  • la publication intégrale des votes lors des congrès ou conseils afin d’assurer un meilleur contrôle des mandats ;
  • sur le droit des structures minoritaires à ne pas s’inscrire dans des actions d’ensemble décidées majoritairement ainsi que le droit à leur expression.

Par contre, les propositions sur la charte financière de la CFDT sont très timorées et ne s’inscrivent que très peu dans la vision fédéraliste libertaire des structures. Le système financier de la CFDT est extrêmement centralisé et ne peut être réformé sans devenir boiteux. Qui détient les cordons de la bourse détient le pouvoir réel.

Voila pourquoi nous restons fidèles à ce principe d’être ouverts à tous et de ne pas limiter notre action aux dédales de couloirs d’une confédération, mais tout au contraire de toujours considérer l’ensemble des problèmes de la classe ouvrière. Comment les syndicalistes libertaires pourraient-ils parler d’unité de la classe ouvrière si eux, les premiers, se divisaient en une kyrielle de clubs intra-confédéraux, tous ignorants de l’action des autres camarades des autres confédérations. Ce serait une pratique qui entraînerait la division ouvrière, qui serait incomprise de l’ensemble des travailleurs.

Nous assurons ces camarades de notre solidarité, mais ne cautionnerons pas cette initiative. La constitution de l’Alliance Syndicaliste est une condamnation sans appel des patriotismes confédéraux qui nuisent à l’action des travailleurs et retardent l’avènement du socialisme.

Parlons d’unité bien sûr, mais de celle des travailleurs.


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