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Solidarité Ouvrière n°55 (février 1975)
Pour l’organisation des anarcho-syndicalistes
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Article mis en ligne le 28 novembre 2008
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Né d’un conflit de tendances au sein de la Première Internationale, majoritaire dans de nombreux pays au début du siècle, l’anarchosyndicalisme rejaillit des profondeurs de la classe des travailleurs salariés lorsqu’une partie de ces travailleurs tentent de prendre en mains leur destinée. Lors des dernières grandes grèves de Pologne, Gierek n’a-t-il pas dit : « Des conseils ouvriers sans parti, mais c’est de l’anarchosyndicalisme ! ».

Les militants de l’Alliance syndicaliste, en revanche, ne considèrent pas la pratique et la théorie de l’anarchosyndicalisme comme acquises et révélées une fois pour toutes. Nous pensons que la condition première indispensable est de militer là où la classe ouvrière est organisée, dans les organisations et les structures représentatives des travailleurs.

Il nous semble en conséquence intéressant d’observer la stratégie de l’anarchosyndicalisme dans le mouvement ouvrier pour en dégager des leçons afin de rendre plus efficace notre pratique actuelle.

Dans la fin du XIXe siècle, l’A.I.T. va tenter de rassembler l’ensemble des travailleurs pour construire le socialisme ; elle était à la fois organisation de classe et avait vocation de masse. Le combat mené par une fraction des militants de l’Internationale pour transformer les sections nationales en partis politiques parlementaires – tentative qui réussira vingt ans plus tard – aboutira à la dissolution de l’organisation.

La vieille Internationale ne restera vivante que dans les pays ibériques où après maints écueils les travailleurs portugais et espagnols sauront organiser des organisations syndicales révolutionnaires de masse.

Dans les autres pays européens, la lutte entre social-démocratie et syndicalisme-révolutionnaire va emplir de tumulte usines, faubourgs et salles de réunion ; peu à peu, à mesure que les conditions de travail et l’expérience acquise dans les luttes s’améliorent, dans la mesure aussi où l’expérience parlementaire se concrétise, pendant cette longue période de 1871 à 1914 où les divers intérêts capitalistes ne jettent pas le monde industriel dans la guerre, se satisfaisant de se partager le monde par colonies interposées, peu à peu l’anarcho-syndicalisme regagne du terrain. « La C.G.T., disait James Guillaume, est la renaissance de la vieille Internationale » ; dans les pays germaniques où la social-démocratie était très puissante, des bastions étaient conquis, en Suède et en Allemagne .

La C.G.T.

En France, par exemple, tous les courants cohabitent dans la jeune C.G.T., sans qu’aucun ne prenne réellement la direction de l’organisation. Si on se réfère aux documents de l’époque, on s’aperçoit que les militants anarcho-syndicalistes se contentaient d’assurer une présence active dans l’organisation ; leur travail n’était pas coordonné et se retrouvait souvent en accord avec les autres socialistes dans l’action quotidienne, et c’est à partir de cette action qu’ils faisaient avancer les choses, notamment la pratique de l’action directe.

Parlant de cette époque, l’actuelle C.G.T. dans ses cours de formation syndicale dénonce « tout ce qu’avait de gesticulatoire » l’anarcho-syndicalisme au début du siècle ; et il est vrai qu’à partir de 1909 le groupe de La Vie ouvrière a tendu à constituer des noyaux de militants formés, pour réagir contre le verbalisme.

L’arrivée du bolchevisme dans les syndicats va poser les problèmes cruciaux du mouvement anarchosyndicaliste. En effet, avant 1917, nous nous trouvons devant une situation où tout le monde semble respecter la règle du jeu, concrétisée par la Charte d’Amiens. La lecture de ce « document » montre la position ambiguë plus ou moins acceptée par ses rédacteurs : le syndicat reste l’organisation essentielle des travailleurs, mais l’existence – donc de fait le pouvoir – des partis politiques, des chapelles et des groupes divers est admise. Devant le travail de fraction, la Charte d’Amiens sera impuissante et le mouvement ouvrier dans la C.G.T. sera peu à peu contrôlé par le parti communiste. Comment une organisation inexistante avant la Première Guerre mondiale est-elle arrivée à contrôler toute une organisation ouvrière ? La réponse en est très simple : les militants communistes avaient un but, le contrôle de la C.G.T. ; ils étaient organisés, donc efficaces.

Face à ce danger pour le mouvement ouvrier, quelle fut l’action des militants syndicalistes-révolutionnaires de l’époque ? La réponse est simple : désorganisés, ils perdirent pied dans tous les secteurs où ils étaient en majorité. Ils étaient dans l’ensemble dans une position de repli, laissant donc l’initiative aux communistes. Les uns, principalement travailleurs du Livre, resteront à la C.G.T., d’autres iront à la C.G.T.U., d’autres encore avec Pierre Besnard, iront à la C.G.T.S.R. La situation française n’était pas une exception, et au plan international le même processus se déroule.

L’AI.T. de 1923

En 1923 était créée à Berlin la nouvelle A.I.T. Une des pièces maîtresses de cette internationale était la C.N.T. espagnole. Mais la C.N.T., tout comme la C.G.T. portugaise, était une organisation de masse. Ce n’était pas le cas de nombreuses sections de l’A.I.T.

Si constituer une internationale anarcho-syndicaliste était – et reste – un point fondamental pour les militants communistes libertaires, la forme que se donnèrent la majorité des sections nationales fut une gêne à l’organisation de la classe ouvrière sur des bases anarcho-syndicalistes. En effet, créer des confédérations sans syndicats, ou autour d’une fédération solide mais faiblement implantée, revint à se couper des travailleurs, à se marginaliser.

II n’y a qu’à réfléchir à la situation actuelle de nos camarades suédois de la S.A.C. face au monopole de l’embauche de la Landsorganisation pour mesurer l’étendue du problème. On nous objectera que la C.G.T.S.R. ne rassemblait pas beaucoup d’adhérents, certes (environ 10.000 pendant la guerre d’Espagne) mais pouvait par son hebdomadaire, Le Combat syndicaliste influencer de nombreux militants restés à la C.G.T. Encore aurait-il fallu que ceux-ci soient organisés. Mais par souci de ne pas faire comme les adversaires, ces camarades pratiquaient en fait le suicide individuel.

Aujourd’hui…

L’après-guerre, avec l’échec retentissant de la C.N.T. française, l’enlisement dans F.O., la C.G.T. menée de main de maître par le P.C., semblait avoir sonné le glas de l’anarcho-syndicalisme. Mai 68 survint et certains parlèrent d’une résurgence de ce mouvement, puisque dans les faits les travailleurs réaffirmaient ses postulats. Pour les militants actuels, la tâche n’est pas facile. Les travailleurs sont dispersés dans trois confédérations, le secteur tertiaire se développe, bouleversant les clichés traditionnels des secteurs combatifs, bâtiment, livre, etc. Bref, le travail est à reprendre à zéro. Dans Soli</i< numéro 52, nous avons déjà parlé de l’« extériorité » de l’organisation.

Nous pensons qu’il faut être là où les travailleurs sont, et que l’expérience du mouvement anarcho-syndicaliste montre qu’il est suicidaire de se marginaliser de la masse des travailleurs, qu’à la limite c’est une démission. Etre organisé, avec les travailleurs, parmi les travailleurs, telle reste notre préoccupation constante.


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