Il y a trente ans, les cent fleurs Entretien avec Lin Xiling

, par  Lin Xiling , popularité : 6%
Trois mois après le XXe Congrès du PCUS, Lu Dingyi, le chef du département de propagande du parti communiste chinois, formulait le mot d’ordre « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent ! » tandis que le discours prononcé en février 1957 par Mao et intitulé De la juste solution des contradictions au sein du peuple semblait confirmer le nouvel esprit d’ouverture du régime. Plusieurs jeunes intellectuels se lancèrent, après quelques hésitations, dans la critique ouverte et publique des tares du régime.

Le mois de mai de l’année 1957 constitua le point culminant de ce mouvement critique favorable à la démocratisation et connu sous le nom des Cent Fleurs. Lin Xiling en fut l’un des principaux protagonistes. Fille du directeur de l’Institut d’espéranto de Shanghai, dont elle considère avoir hérité « la tradition du refus », et d’une militante communiste convertie par ailleurs au catholicisme, Cheng Haiguo — qui adoptera ultérieurement le pseudonyme de Lin Xiling — rejoint l’armée populaire de libération en 1949, à 13 ans. Fervente propagandiste, elle entre à l’université en 1953. Parallèlement à ses études, elle poursuit son travail d’activiste politique. Attaquée publiquement lors de la campagne contre les droitiers, elle fut gardée après mai 1957 sous surveillance à l’université afin de subir la « réforme par le travail », puis arrêtée en juillet 1958 et condamnée à quinze années de prison.

Après cette longue période de détention qui prend fin en 1973, elle fut assignée à domicile pendant quatre ans. Libérée en 1977, elle refuse de faire son autocritique et choisit la dissidence ouverte. En exil depuis 1983 elle multiplie les initiatives en faveur de la démocratisation de son pays et de solidarité avec les prisonniers politiques chinois. Nous avons rencontré Lin Xiling à l’occasion de l’anniversaire des Cent Fleurs (30 ans déjà) et du récent mouvement étudiant qui constituent respectivement le premier et le dernier en date des moments forts de la contestation démocratique du régime communiste chinois.

Iztok : Tu dois ta notoriété politique — et un très long emprisonnement — au discours que tu as prononcé à l’Université du peuple de Pékin, où tu étais étudiante, contre les « trois nuisances » : le dogmatisme, le bureaucratisme et le sectarisme.

Lin Xiling : Oui, en effet. Mais j’ai prononcé sept fois ce discours, du 23 mai au 10 juin, chaque fois devant une assistance d’environ 10.000 personnes. Les autorités en ont rapporté certaines parties de manière erronée. L’écho dans la jeunesse a été assez large. On m’a alors accusée d’être un élément anti-parti et d’avoir une position anti-socialiste, puis on m’a reproché d’avoir « prémédité » mes propos devant les étudiants.

En réalité, étudiante en droit, on m’a appris qu’il fallait éliminer de la société le crime et la corruption. Or je me suis vite aperçue qu’ils étaient très développés en Chine et, par conséquent, je me suis attaquée à ces problèmes. Envoyée à l’époque dans la région pétrolière du Hunan, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux ouvriers et agriculteurs et j’ai été surprise par l’ampleur de leur mécontentement envers les bureaucrates et les phénomènes de corruption.

I. : Avant 1957 tu étais « propagandiste » du parti et c’est à ce titre que tu intervenais dans différents secteurs et régions. N’y avait-il pas une contradiction entre la poursuite de ce genre d’activisme et la perception d’un mécontentement dû justement au parti ?

L.X. : Oui, il y en avait une ! Plusieurs aspects doivent cependant être pris en considération. Du fait de mon éducation ma confiance dans le parti était totale. Je suis entrée dans l’armée populaire avec l’idéal de servir le peuple. En allant sur place, lorsque j’ai pris contact avec la réalité des choses, je me suis vite rendue compte des injustices et des privilèges : les gens du parti étaient par exemple toujours bien logés tandis que le peuple vivait dans des conditions difficiles. Ceci m’a particulièrement touchée. J’ai réalisé que le parti n’était pas au service du peuple, mais le peuple au service du parti.

D’autre part, sur le plan international, les temps étaient à l’idéalisme pro-soviétique. Nous croyions au stalinisme. Puis Khrouchtchev a commencé à s’attaquer à Staline. Jamais je n’aurais pu penser que Staline fût aussi mauvais. J’ai lu les documents et j’en fus bouleversée. Après, il y a eu les événements de Poznan et de Budapest. Nous avons bien senti alors que ce qui était dénoncé en URSS ainsi que les problèmes auxquels étaient confrontées les sociétés polonaise et hongroise existaient également en Chine.

Enfin, n’oublions pas que Mao avait deux discours. En invitant les intellectuels à critiquer le parti afin de l’améliorer il leur tendait un piège. Tout ce qui se passe actuellement en Chine rappelle une situation que nous avons bien connue en 1957. « Il faut critiquer la bureaucratie et le sectarisme ! » disait Mao à cette époque et les intellectuels ont suivi ses ordres. Deng Xiaoping a lui aussi fait figure d’homme d’État ouvert et tout le monde lui a fait confiance : on connaît la suite. Après le répression, Mao a expliqué : « Nous avons agit ainsi pour savoir ce vous pensiez vraiment, pour comprendre qui vous étiez au juste ! » C’était un procédé crapuleux.

I. : S’agissait-il d’un simple piège de la part de Mao ?

LX. : Au début Mao était peut-être sincère, mais la violence des critiques qu’il avait déclenchées a dû le surprendre. Par la suite il a dérivé de plus en plus à gauche. Il s’est allié à d’autres membres de la direction du parti tout en continuant à inciter les gens à la critique. Pendant ce temps ses complices repéraient les meneurs de la contestation dans la perspective de la répression.

I. : À quel moment avez-vous acquis la conviction qu’il s’agissait d’un piège ?

L.X. : Vers la fin du mois de juin 1957, quand des millions de personnes ont été condamnées comme droitistes. Certains intellectuels ont alors fait leur auto-critique car à l’époque Mao apparaissait aux masses comme un véritable dieu et celles-ci ne comprenaient pas qu’on le critiquât. Liu Binyan était parmi ces intellectuels. Il pensait avoir eu tort.

I. : En Hongrie, les insurgés n’étaient pour la plupart pas communistes et ne manquaient pas de le rappeler. Parmi les animateurs des Cent Fleurs, est–ce que l’on trouvait aussi des gens sans rapport avec le parti ou fondamentalement hostiles au régime communiste en place ?

L.X. : Non. Ceux qui ont pris la parole étaient tous passés par le parti, d’une façon ou d’une autre. Les intellectuels non communistes avaient été balayés pendant la révolution ou s’étaient exilés. Il existait, certes, et il existe toujours en Chine une vingtaine d’associations non communistes qui se sont opposées au Kuo-min-tang avant la révolution, mais leur existence est purement formelle puisqu’elles ne peuvent pas agir à leur gré. Les dirigeants du 3 Septembre ou de l’Union démocratique occupent parfois des postes prestigieux mais sans pouvoir effectif.

I. : Qu’est-ce que les Cent Fleurs ont changé en Chine ?

L.X. : Il s’agissait du premier mouvement démocratique depuis 1949. Depuis, chaque fois que de nouveaux mouvements surgissent, on se réfère aux Cent Fleurs comme à une sorte de précurseur. Les problèmes qu’ils évoquent sont les mêmes que ceux que nous avons soulevés et qui n’ont toujours pas été résolus.

I. : Pendant la révolution culturelle vous étiez en prison. Que pensez-vous de cette période trouble et de la critique développée, depuis la mort de Mao, dans les milieux officiels chinois à son sujet ?

L.X. : Des gardes rouges, j’en ai connu surtout après ma sortie de prison. Je pense qu’eux aussi ont été trompés par Mao qui leur a fait croire à un idéalisme politique. Il s’agissait avant tout d’une lutte à l’intérieur du parti pour laquelle on a sacrifié les intérêts du peuple. Le Grand Bond en avant, comme beaucoup d’autres projets de Mao, avait échoué. Liu Shaoqui et Deng Xiaoping tenaient le pouvoir. À l’instar des anciens empereurs de Chine, Mao ne pouvait supporter d’être écarté du pouvoir. C’est pour le récupérer qu’il a lancé le mouvement de la révolution culturelle. Là aussi il s’agissait en quelque sorte d’un piège. Mao n’était pas marxiste. Mais, s’il n’a lu que peu d’ouvrages de Marx — comme il l’a lui-même avoué — il connaissait bien les livres des anciens gouverneurs de Chine. Ce sont ces livres qui lui ont servi pour conquérir le pouvoir et devenir ensuite un tyran.

De plus, après la mort de Staline, il pensait pouvoir devenir le numéro Un du mouvement communiste international et diriger la révolution mondiale. Cependant, la révolution culturelle a permis non seulement à Mao de consolider son pouvoir, mais également à la jeunesse de se mobiliser grâce à une sorte de démocratie auto-organisée. À travers leurs nombreuses associations et cellules, les jeunes se sont battus contre les dirigeants arrogants et corrompus du pays. Pour stopper la révolte des jeunes, Mao, après avoir vaincu ses adversaires à la direction du régime, a utilisé l’armée, là où l’on trouvait les éléments les plus conservateurs. Quant à Deng, il a enlevé de la Constitution en 1979 des droits acquis pendant la révolution culturelle et portant sur la liberté d’expression et de réunion.

I. : Le poids de la mentalité féodale est souvent évoqué en Chine lorsqu’il s’agit d’un projet politique démocratique…

L.X. : Le peuple chinois est très malheureux : depuis des millénaires le totalitarisme règne dans ce pays. Les révolutions de Sun Yat-sen et de Mao n’ont rien pu y faire. Tout au début Mao était vraiment révolutionnaire. Une fois au pouvoir, il a changé lorsqu’a refait surface le démon du totalitarisme chinois. C’est le pouvoir qui entraîne la corruption, l’existence qui engendre la conscience. Voilà pourquoi la démocratie en Chine me semble constituer une utopie. Même pour une démocratie socialiste je suis très pessimiste car changer les personnes ne sert à rien si l’on ne change pas le système. Et le peuple chinois ne pousse pas beaucoup, par son comportement passif et obéissant, à la démocratie. Je me dis parfois que des réformes comme celles qui ont eu lieu au siècle dernier au Japon, ou celles entreprises par le dernier empereur chinois, seraient déjà, pour la Chine, un progrès. Le récent échec de Hu Yaobang prouve, une fois de plus, que les réformes ne peuvent pas aboutir dans notre pays.

Les conditions en Chine sont très différentes de celles de la Pologne où l’industrie est fortement développée et la classe ouvrière assez puissante. Chez nous peu nombreux, les ouvriers, n’ont jamais formé une classe à proprement parler, la majorité de la population étant paysanne. Le mouvement ouvrier était combatif avant la Révolution comme en témoigne la révolte de Canton en 1926. Mais après 1949, les ouvriers, ayant obtenu les avantages qu’ils réclamaient (telle la garantie de l’emploi) se sont embourgeoisés. Les mouvements politiques sont toujours déclenchés par des étudiants et des intellectuels, comme on a pu le voir à Shanghai pendant la révolution culturelle. Les ouvriers ont le plus souvent des positions conservatrices, et ne se sont jamais posés en véritables contestataires du régime. Chez les jeunes ouvriers la situation est en train de changer, et vraisemblablement ils seront amenés à jouer un rôle important dans les mouvements politiques à venir.

I. : Avez-vous eu des contacts avec les animateurs du mouvement démocratique de 1978-79 ?

L.X. : J’ai eu l’occasion de connaître Wei Jinsheng et des gens du Mur de la démocratie. Le point commun entre les Cent Fleurs et le Printemps de Pékin est la jeunesse de ces mouvements, car seuls les jeunes, poussés par l’idéalisme, osent parler. Le mouvement démocratique de 1978-1979 allait plus loin que le nôtre. Nous voulions seulement changer certaines choses dans le parti alors que les jeunes de 1979 et d’aujourd’hui veulent changer le régime. Une fois, en 1957, je me souviens avoir soulevé des problèmes concernant le système, mais à l’époque de tels propos étaient considérés comme inacceptables puisque catalogués anti-révolutionnaires. Aujourd’hui on considère cela comme une revendication possible. On a pu le constater lors du récent mouvement des étudiants. Tout ce que j’ai fait en 1957 s’inscrivait dans une perspective socialiste. Depuis on s’est tourné vers l’Occident en tant que modèle démocratique. Mais les événements qui viennent d’avoir lieu doivent être mis davantage en rapport avec la réussite de la révolution philippine contre Marcos qui présente aux yeux des Chinois une double qualité : elle s’est déroulée sans violence et n’a été marquée ni à gauche ni à droite. Pour ce qui est de Taïwan, seule l’instauration d’une véritable démocratie dans ce pays pourrait encourager les Chinois de la Chine continentale.

I. : Le limogeage de Liu Binyan a été l’ un des actes les plus spectaculaires parmi ceux qui ont marqué le changement de la politique chinoise à la suite du mouvement étudiant. Or il se trouve que la répression du mouvement des Cent Fleurs à travers la campagne anti-droitière était dirigée principalement contre toi-même et Liu Binyan. Mais si toi tu as choisi la dissidence ouverte, lui est entré comme journaliste au Quotidien du peuple et a dirigé l’Association des écrivains. Par ses actions il est devenu un réformateur qui, tout en faisant partie du régime, ne se privait pas de le critiquer. Que penses-tu de son choix ?

L.X. : Nous voulions tous les deux changer la Chine, mais chacun a choisi une voie différente. Je dois avouer que son influence est beaucoup plus grande que la mienne. Il a pu utiliser sa fonction pour faire connaître ses écrits dans la Chine entière. Maintenant il a été mis à l’écart, mais pour le peuple, son avenir n’en est que plus prometteur. En Chine il y a une tactique bien connue de tous les intellectuels : pour dire quelque chose de vrai, il faut l’entourer de beaucoup de choses fausses. Je n’ai jamais pu faire ça. Sur ce plan-là, Liu Binyan est beaucoup plus fort que moi. Il a réussi à faire passer un maximum de choses vraies. Personne n’a fait plus que lui dans le domaine de la critique.

Wang Ruowang et Fang Lizhi, récemment limogés, étaient également des compagnons de l’époque des Cent Fleurs. Deng les avait utilisés pour donner une image d’ouverture. Actuellement il est en train de détruire cette image, ce qui d’ailleurs ne doit pas le gêner outre mesure, l’essentiel étant, pour les dirigeants chinois, de conserver le pouvoir.

I. : Si j’ai bien compris, la plupart des victimes de la campagne anti-droitère ont fait leur autocritique…

L.X. : Moi j’ai refusé, mais tous les autres l’ont faite. Pendant vingt ans ils furent réduits au silence et ne furent réhabilités qu’en 1979. Il convient de noter qu’ils se sont bien gardés de prendre contact avec les animateurs du Printemps de Pékin. L’un d’entre eux, Wang Mong, s’est si bien mis en valeur qu’il est devenu ministre. Parmi ceux qui ont été réhabilités, beaucoup sont devenus de petits cadres qui ont « oublié » tout ce qui s’était passé en 1957 et se montrent très conformistes. Un peu comme s’ils se repentaient…

Pour ma part, comme je vis à l’étranger depuis plusieurs années et que mes écrits sont interdits en Chine, mon influence est très limitée.

I. : Tu es pourtant très active dans les initiatives concernant la Chine dans plusieurs pays. Pourquoi la contestation et la dissidence chinoises sont-elles si peu connues dans le monde en comparaison de celles qui traversent l’Union soviétique par exemple ?

L.X.Les pays occidentaux et les États-Unis en particulier désirent avant tout développer leur commerce avec la Chine et s’en faire une alliée contre l’Union soviétique. Ils préfèrent donc ignorer les dissidents chinois. Ceux–ci connaissent de grandes difficultés à l’étranger ; moi-même j’ai vécu cette expérience très amère. Je ne me sens pas en sécurité, la politique chinoise me poursuit toujours. Au début, Taïwan a été plein d’amabilités pour moi en pensant que j’allais servir pour ses campagnes anticommunistes. Mais j’ai eu l’occasion de connaître les dirigeants de l’opposition démocratique et de lier avec eux des relations d’amitié. Depuis, les autorités de Taïwan (du parti unique) me considèrent comme une ennemie et essaient de me frapper par tous les moyens, y compris en manipulant des sinologues. Ceux qui sont dans ma situation ont peur pour eux-mêmes et leur famille. C’est la raison pour laquelle beaucoup cessent toute activité politique.

Par ailleurs, il faut ajouter que les associations des Chinois à l’étranger, y compris aux USA, sont très contrôlées, soit par Pékin, soit par Taïwan. Une seule exception notable : Hong Kong, où certaines associations ont su se préserver de ces tutelles.

I. : Va-t-on fêter le 30e anniversaire des Cent Fleurs en Chine ?

L.X. : Liu Binyan, Wang Ruowang et Liu Shin avaient projeté de fêter cet anniversaire en juillet 1987. Avec leur limogeage, à la suite du mouvement étudiant, cette initiative est tombée à l’eau. L’an passé, j’avais pensé célébrer les trente ans des Cent Fleurs aux États-Unis, mais comme je ne suis pas tellement en accord avec les idées de Reagan, je me suis dit qu’il vaudrait mieux le faire en France. J’ai donc proposé le projet à l’Institut de Chine où je travaille. Malheureusement, je manque d’appuis parmi les sinologues français et surtout de finances pour l’organiser moi-même…

I. : Le moins que l’on puisse dire, en guise de conclusion, c’est que dans la conjoncture chinoise actuelle Deng Xiaoping ne fait guère figure d’héritier du mouvement des Cent Fleurs…

L.X. : On ignore souvent à l’étranger qu’en 1957 Deng était aux côtés de Mao, dans l’équipe des principaux responsables de la répression. Et aujourd’hui encore il bloque ma réhabilitation. En 1979, par exemple, lorsque presque tout le monde a été réhabilité, par trois fois Hu Yaobang a signé ma réhabilitation mais Deng a toujours mis son veto. Actuellement, dans les documents officiels, les discours de Deng condamnent toujours la révolution culturelle, mais cautionnent la répression anti-droitiste de 1957.

Paris, janvier 1987

Document

Voici un extrait du discours prononcé lors de la Conférence suprême d’État par Mao Zedong le 13 octobre 1957. Inutile de le commenter ! Précisons que Lin Xiling, effectivement âgée de 21 ans, était étudiante à l’université ; à la suite de ses interventions politiques elle avait été astreinte au travail de balayeuse, une insulte dans la bouche d’un chef d’État « prolétarien » ! Peu de temps après, elle fut emprisonnée.

(…) Il est possible qu’un nombre considérable de droitiers entendent l’appel de la raison. Contraints par la situation, ils seront obligés de s’amender, de faire preuve d’un peu plus de sagesse et d’un peu moins d’indécrottable opiniâtreté ; l’appellation de droitiers leur sera alors retirée et, de plus, un travail leur sera attribué. Parce qu’ils sont contre le socialisme, les droitiers constituent une force d’opposition. Aujourd’hui, pourtant, nous n’agirons pas avec eux comme nous l’avons fait dans le passé avec les propriétaires fonciers et les contre-révolutionnaires. Cette différence de traitement se traduira principalement par le fait que le droit de vote ne leur sera pas retiré. Peut-être le fera-t-on pour certains d’entre eux, exceptionnellement. (Le Premier ministre : Reforme par le travail manuel. »). Un exemple, celui de Lin Xiling. Que fait-elle en ce moment ? Elle est balayeuse à l’université du peuple. Il paraît que c’est elle qui a voulu faire ce travail. C’est un bébé : 28 ans ! Et cependant ce n’est pas vrai qu’elle soit un bébé : elle a déclaré avoir 21 ans, mais c’est faux, elle a 28 ans. Elle a donc dépassé l’âge limite pour faire partie de la Ligue de la jeunesse communiste, ce qui l’a mécontentée. Maintenant, elle se trouve isolée, fait un peu de travail à l’université, se réforme par ce travail manuel. Elle est un cas exceptionnel.

Mao Tsé-Toung, Textes, édition intégrale, 1949-1958, trad. du chinois Les Éditions du Cerf, Paris, 1975, p. 405.

Le maire de Shanghai, Jiang Zemin, a également déclaré que l’affichage de dazibaos n’était de toute façon pas un bon moyen de manifester pour la démocratie. Au contraire, a-t-il dit, la révolution culturelle (1966-1976) a montré qu’ils servaient à détruire la vie démocratique normale, à briser la stabilité et l’unité sociale parce qu’ils n’étaient pas signés et que personne ne prenait la responsabilité de leur contenu. Leurs auteurs étaient donc libres de déformer la réalité et même de calomnier des gens. C’est pour cette raison que l’Assemblée populaire nationale avait voté le 10 septembre 1980 une résolution supprimant dans la Constitution de l’époque l’article qui concernait le droit des citoyens à l’affichage de dazibaos.

Beijing Information</i<, n°52, du 2 décembre 1986