La Presse Anarchiste
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Iztok n°12 (mars 1986)
Éditorial
Article mis en ligne le 20 novembre 2008

par Iztok
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Alors que tout — travaux et modes — se répète de plus en plus lassablement autour de nous, nous sommes heureux d’annoncer une bonne nouvelle au lecteur d’Iztok : sa revue est en train de changer. Inauguré pour la présentation avec le numéro précédent, ce changement porte avec ce numéro 12 sur la périodicité éditoriale. De toute évidence, le passage à une parution trimestrielle ne revêt pas un simple aspect formel, il met en jeu de façon cruciale l’existence même de la revue non seulement au niveau financier, mais aussi pour tout ce qui concerne son sens et son fonctionnement. En effet, à une charge rédactionnelle accrue doit de surcroît correspondre une amélioration du contenu des textes et un élargissement de nos objectifs critiques. Quelques pas ont été faits dans ce sens les articles sur l’Algérie et Cuba (prélude à des études à paraître sur d’autres pays irréellement socialistes du « Tiers-Monde ») ne témoignent pas d’une simple décision d’ouverture géographique, ils invitent, à l’aide de comptes rendus, de témoignages ou par le biais de l’« histoire littéraire », à dévoiler les aspects les plus quotidiens de l’oppression et de la lutte contre l’oppression ; et aussi bien, un dossier comme Le Surréalisme à l’Est visait à dépasser le strict point de vue politique et à faire émerger une critique engageant la totalité de la vie. Parmi les thèmes à venir qui seront traités dans cette perspective, signalons deux études actuellement en chantier, l’une sur la destruction de la ville et du paysage à l’Est et l’autre sur la liquidation inachevée de l’Islam en Union Soviétique.

D’autre part, l’abondance de matériaux nous a conduit à mettre sur pied une circulaire à parution irrégulière, intitulée La Lettre d’Iztok, que des impératifs financiers ne nous permettent d’envoyer que sur abonnement. La première (octobre 1985) recensait toutes les éditions des oeuvres de George Orwell circulant en Europe de l’Est, la seconde (janvier 1986) était constituée d’une interview de G.M. Tamás et L. Rajk faisant le point sur la prétendue libéralisation de la loi électorale en Hongrie.

Vladimir Skvirski
« Mais le KGB espérera toujours en vain que je me laisse intimider par la répression. Tant que je vivrai, je lutterai pour la liberté du mouvement ouvrier en URSS, pour la liberté de l’information, pour le respect des droits de l’homme. Ni l’exil, ni le camp, ni le fait de m’accuser d’être un criminel ne m’arrêteront. Il ne leur reste plus qu’à me tuer. »

Ces six derniers mois, Iztok ne s’est pas borné à développer ses ambitions éditoriales. En tant que collectif, il a pris une part active à la Journée contre l’Enfermement, intitulée « Défaite de l’Humanité », qui s’est tenue à Paris le 14 septembre dernier à l’initiative de nombreuses organisations luttant contre le totalitarisme à l’Est. Échanges de points de vue et contacts se sont ensuivis. Notons qu’une partie de l’argent recueilli à cette occasion permit aux organisations participantes d’envoyer un télégramme de soutien à notre compagnon Vladimir Skvirski, fondateur du second syndicat indépendant d’URSS, actuellement détenu au camp de Semipalatinsk, après cinq condamnations successives depuis mai 1979.

Les camps ont beau fonctionner à plein et s’étendre, la révolte trouve toujours le moyen d’exprimer ses défis. Ainsi nous venons d’apprendre l’existence à Gdansk de Homek, « revue libertaire pour la jeunesse », qui a plusieurs années d’existence et qui en serait à son trentième numéro. Nous donnons de larges extraits des textes qui ont pu nous parvenir à titre de documents. Cette information, confirmant d’autres indices, montre que les tendances libertaires qu’août 80 avait dévoilées rencontrent un écho élargi. Il ne peut en être autrement dans un pays où la subversion ouvrière a déjà poussé si loin ses attaques que l’expérience de la défaite conduira de plus en plus à une radicalisation des consciences, notamment contre l’aliénation religieuse.

Iztok

NOTA BENE
Comme annoncé dans l’éditorial du numéro 11, le numéro de juin se présentera sous la forme d’une brochure pouvant être diffusée toute l’année, ceci pour pallier les difficultés de diffusion traditionnelles à la veille des vacances d’été. Il sera constitué essentiellement d’un dossier sur Cuba, comportant un article historique sur l’anarchisme cubain provenant de matériaux inédits traduits de l’espagnol et le dernier volet de l’étude de C. Tostado sur la littérature à Cuba.

Chronique d’une société clandestine

« L’Entente Solidarité Combattante est un mouvement politique ouvert. Son but est de construire une République Solidaire. Nous voulons un gouvernement démocratique, une économie autogérée et des relations sociales qui protègent l’individu de l’exploitation économique et de l’impuissance politique. […] Le principe du rôle dirigeant du POUP consiste en fait en une dictature des laquais de Moscou et n’a rien à voir avec la démocratie socialiste. […]

Trompés depuis trente-huit ans, nous ne croyons plus à l’entente avec ce pouvoir, ni à la possibilité de réformer ce système. Nous voulons en changer et priver ce pouvoir de pouvoir. […] Nous estimons que la guerre d’escarmouches doit être menée à tous les niveaux et par tous les moyens. […] « Les seize mois de Solidaność après la révolution pacifique d’Août furent une tentative de construction d’un nouvel ordre social. Le 13 décembre n’a pas anéanti cette tentative, mais a seulement démontré que cela ne serait pas facile. […]

Nous ne luttons pas uniquement pour l’indépendance des syndicats, ni même pour l’indépendance de la Pologne, nous luttons pour la solidarité des hommes et des nations. Le monde nous regarde. La solidarité est notre raison d’être et la victoire sera à nous.

Solidarité Combattante a été créée en juin 1982. Sa presse, diffusée à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, se fait l’écho des gestes du refus manifestations et combats de rue, grèves, témoignages sur la vie quotidienne, discussions sur le passé et l’avenir, blagues politiques. Elle montre la richesse subversive d’une société clandestine que la répression et l’isolement n’ont pu « normaliser » et qui ne se laisse pas réduire, comme on l’a fait trop souvent ici, à un simple phénomène antitotalitaire, national ou religieux.

Ces documents, pour la plupart inédits en français, sont précédés d’un entretien avec plusieurs membres de Solidarité Combattante.


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