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Iztok n°12 (mars 1986)
La femme bulgare
Un jour pour tout paiement
Article mis en ligne le 20 novembre 2008

par Stoichov (R.)
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La fête de la femme, le 8 mars, fait partie des célébrations de valeurs sociales et morales douteuses. Dès la mi-février, il est presque impossible de réserver une table dans les restaurants d’un certain niveau la plupart des entreprises les ont retenues pour leurs banquets du 8 mars. Une telle « célébration entre collègues » est un curieux spectacle. Les femmes ont une nouvelle permanente, l’orchestre joue une mélodie folklorique à devenir sourd, les messieurs un peu saouls invitent les dames à danser. Pour la majorité des femmes, malheureusement, c’est la seule fois de l’année où elles sortent au restaurant. Le budget familial ne leur permet pas de le faire souvent, car la femme bulgare ne vit pas assez bien.

Que lui a apporté cette émancipation communiste tant vantée, sinon de nouveaux soucis ? Cette prétendue « égalité » dans le domaine du travail est effective, car le niveau de vie des Bulgares est tombé si bas qu’il est impossible à un époux de nourrir sa famille avec son salaire. Le travail de la femme dans le secteur public ne l’a pas libérée, bien au contraire il n’a fait que s’ajouter à ses préoccupations familiales Comme l’allègement effectif des travaux domestiques en est resté à un stade primitif, la femme bulgare n’y a gagné que huit heures de travail et deux heures de transport en plus.

Des instituts sociologiques ont fait de très rares enquêtes sur l’emploi du temps des femmes en Bulgarie. Les résultats sont si tristes qu’on préfère ne pas les publier. On verrait alors clairement combien de temps est perdu pour faire les courses, conduire les enfants à la crèche, aller au travail, participer à l’éducation politique obligatoire, etc. Un calcul simple montre que la femme ne dispose pratiquement pas de temps pour elle-même, pour s’instruire, lire, aller au cinéma. Comme elle n’a pas de temps non plus pour se qualifier professionnellement, elle fait les travaux les moins payés, où le travail est des plus pénibles. On peut voir que les femmes, dans les champs, sont de dix à cent fois plus nombreuses que les hommes. La situation dans les usines n’est pas meilleure. La presse avait constaté une fois que les femmes qui voulaient améliorer leur qualification professionnelle avaient des difficultés dans la production et dans les travaux ménagers, et que pour la période 1965-69, 73,8% des femmes travaillant en usine n’avaient pas de qualification professionnelle ni suivi de cours de formation. Les statistiques montrent que les femmes participent grandement aux professions qualifiées, médecine, éducation, bibliographie, ingénierie, etc. Cet optimisme disparaît quand on sait que les trois premiers secteurs sont parmi les moins payés et que les femmes qui exercent dans le quatrième sont rarement admises à des postes de responsabilité. Les statistiques montrent aussi qu’il y a trop de postes de sinécure au détriment des femmes, surtout dans l’éducation et dans les organisations de masse. Par exemple, il arrive que la directrice d’un musée historique n’ait pas de formation en histoire ou bien que le chef d’un comité local de la culture ait une formation économique (de l’Institut économique Karl Marx) ! Cela arrive parce que ce genre de poste est occupé par des membres de l’élite du parti communiste, soit local, soit central, et les femmes qualifiées dans ces domaines n’y trouvent pas de travail correspondant à leurs capacités.

Malgré les escalopes viennoises et les nombreuses bouteilles de vin, un seul jour peut-il compenser le vide des 364 autres jours de l’année pendant lesquels la femme bulgare subit une discrimination et une exploitation sans merci ?

R. Stoichov (Traduit de Iztok bulgare)


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