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Noir & Rouge n°11 (été 1958 ?)
Qu’est-ce qu’un « homme de gauche » ?
Article mis en ligne le 19 septembre 2008

par Jacques
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Avant Propos

Afin de saisir au mieux les caractéristiques de l’homme de gauche il nous est paru profitable de le situer.

En quoi l’Homme de Gauche se diffère-t-il de l’Homme de Droite ?

Mais aussi :

En quoi se diffère-t-il de l’Homme d’action révolutionnaire ?

L’action révolutionnaire étant notre principal souci, la thèse que nous tenterons de soutenir est que l’homme de gauche, s’il doit retenir notre attention par l’apport indéniable qu’il est susceptible de faire à la pensée révolutionnaire, doit nous intéresser aussi par ce fait qu’il en est à la fois la sauvegarde et le principe de renouvellement, mais aussi — en raison de la limite volontaire ou non de sa réflexion — parce qu’il exprime encore une surface variable d’adhésion à la droite. Cette dernière expression est la source de la grande équivoque de « La Gauche ».

En quoi diffère-t-il de l’Homme de droite ?

Et d’abord qu’est-ce que « La Droite » ? La droite est basée avant tout sur L’ACCEPTATION de ce qui est, la défense de ce qui est, CE QUI EST se définissant pour elle par tout ce qui peut constituer un privilège. CE QUI EST, toute la réalité, étant organisé par elle moralement, politiquement économiquement, en vue de ce seul privilège.

La droite finit donc par représenter la force d’inertie de l’état de choses.

Comme toutefois elle n’a pour but que le privilège, l’avidité qu’elle manifeste dans cette chasse éperdue, finit par « déclasser » ou fixer des classes d’individus à des hauteurs variables dans l’échelle de la possession des richesses.

Ce qui signifie qu’elle produit selon ce degré de possession, et inversement, des nuances diverses d’insatisfaits, qui, soit acceptent leur sort (généralement par idéologie ou confort), soit le refusent.

Ces derniers appartiennent à la « gauche ». On le voit, aussitôt, le REFUS est ce qui distingue l’Homme de Gauche de l’Homme de Droite.

Ce refus toutefois appelle une analyse à la fois quantitative et qualitative. Son origine, nous venons de le voir, le marquant d’une ambiguïté certaine. Soulignons pour l’instant, car nous y reviendrons, que cette ambiguïté provient de la plus ou moins grande part d’adhésion que l’Homme de gauche conserve avec CE QUI EST laissé à sa disposition par la « Droite ».

Par contre le REFUS, donc partiel, qu’exprime l’Homme de gauche le situe aussi par rapport à ce qui s’oppose le plus radicalement possible à la Droite et que nous appelons l’Homme d’Action révolutionnaire, puisqu’aussi bien il en revendique une partie de ses aspirations.

En quoi diffère-t-il de l’homme d’action révolutionnaire ?

Et d’abord qu’est-ce qu’un Homme d’Action Révolutionnaire ?

C’est un type d’homme en qui le penseur et l’homme d’action coïncident. C’est l’homme conséquent avec lui-même, l’homme cohérent, ennemi des contradictions et des fausses antinomies.

Par définition il se trouve donc plus étranger de l’Homme de Gauche que celui-ci par rapport à la Droite puisque rappelons-le, l’Homme de Gauche adhère encore à CE QUI EST. dans des proportions variables. En outre ces séquelles, comme nous le verrons, sont à la base de toutes les illusions fondées sur la Gauche. Il s’agira ici d’en déterminer les fondements.

Qu’est-ce donc qu’un homme de gauche ?

Plus proche de l’homme de droite que de l’homme d’action révolutionnaire, l’homme de gauche apparaît donc comme l’expression type de la Bourgeoisie, c’est-à-dire de l’homme capable de s’insurger contre une partie de CE QUI EST, cette réalité qui émet des prétentions telles qu’elle parvient à atteindre sa part de privilèges.

L’homme de gauche s’il est l’homme du refus est surtout l’homme du REFUS PARTIEL, du refus localisé.

Et ceci nous oblige à étudier de plus près ce que l’on peut entendre par ce mot de REFUS, nous comprendrons d’autant mieux la portée de l’équivoque des illusions et d’un certain mythe, fondés sur la Gauche.

Le refus

Abandonner une partie du patrimoine acquis par l’appartenance à une classe privilégiée dépend au moins de deux déterminations : du calcul ou de la saine réflexion. Du calcul, et cela devient de l’affectation, du snobisme, c’est le luxe supplémentaire, la concession faite aux « idées modernes », l’abandon grâce auquel il devient possible à la fois de jouir librement des richesses conservées et de se vanter d’être « à gauche », c’est-à-dire « d’être avec son temps ». De la saine réflexion, et cela peut aller loin en effet, mais pas plus loin tout compte fait d’une position un peu plus à gauche. Et c’est là que nous décelons les caractères quantitatifs et qualitatifs du refus dont nous avons déjà parlé.

Savoir que ce n’est pas la quantité de refus partiels successivement opposés « à ce qui est » qui fait passer d’un bond l’homme de gauche à l’homme d’action révolutionnaire, comme si la position de ce dernier était faite de la somme de tous les refus.

Le passage exige un acte QUALITATIF — acte de conscience réfléchie — qui est la reconnaissance D’UN PRINCIPE COMMUN À CHACUN DE CES REFUS. Cet acte de conscience peut être ou naturel ou du ressort de l’option.

L’option

Remarquons d’emblée que la question même de refuser ou non ne se pose qu’à celui qui n’est pas en état de dépossession (pratique ou théorique). Celui à qui tout serait refusé n’aurait pas d’effort à fournir pour refuser quelque chose, c’est-à-dire pour repousser une tentation quelconque ou à se féliciter des mérites que se reconnaissent parfois à être « de gauche » ceux à qui leur classe dispensent ses privilèges.

C’est pourquoi celui à qui tout est refusé est naturellement le révolutionnaire-né. (Du moins théoriquement, nous verrons pourquoi). Pour l’autre, pour l’homme de gauche, il dépend de lui d’une disposition de son esprit, pour qu’il rejoigne le révolutionnaire. Cela s’appelle l’option, c’est-à-dire le choix lucide, issu de la reconnaissance d’un principe commun à tous les refus, pour la classe des dépossédés.

L’équivoque

L’équivoque provient surtout de l’inconséquence des hommes de gauche dont les refus localisés se retrouvent dans toutes les perspectives politiques, y compris la droite la plus pure, alors que ces refus constituent néanmoins, à les joindre théoriquement, la texture des programmes de l’homme d’action révolutionnaire.

Elle provient aussi, au niveau du seul vocabulaire politique, de ce qu’il y a toujours une extrémité idéologique à gauche (comme à droite) ne serait-ce que la plus dérisoire.

En bref, si elle demeure « a priori » insaisissable c’est qu’elle paraît être partout et de tous les horizons ; si elle demeure équivoque c’est que d’être partout elle se fait ainsi complice DE CE QUI EST, c’est-à-dire par inconséquence, de la Droite.

C’est désagréable sans doute à considérer par l’homme d’action révolutionnaire d’autant plus que ce dernier constate au gré de sa lutte, que si le combat de l’Homme de Gauche s’applique à une libération concrète bien définie qu’il soutient lui-même, cette libération est purement locale qu’elle échappe à la perspective révolutionnaire et que pratiquement par cette localisation elle la fausse et en même temps fausse l’esprit des masses.

Toutes ces causes d’ambiguïté apparaîtront mieux avec quelques exemples pris parmi beaucoup d’autres.

Rappelons encore qu’un homme est dit « de gauche » par le (ou les) acte de refus qu’il oppose à un (ou aux) secteur de CE QUI EST et qui empêche un homme d’être un homme.

Ceci étant posé venons-en à l’exemple suivant : refuser d’admettre comme borne spirituelle celle que représente la religion, cela donne le laïcisme en politique. Or le laïcisme est une revendication de gauche.

Dans le parti R.G.R., « G. » signifie « Gauche », et Gauche signifie, ici seulement, Laïcisme. Le laïcisme est le seul trait commun à la gauche aux hommes de ce parti. Donc si l’on considère le contenu d’un tel parti et si l’on veut bien mesurer l’exacte valeur de la laïcité, on ne peut que conclure à un amoindrissement de cette revendication, amoindrissement qui sera forcément commandé par son intégration au reste du programme R.G.R. qui, lui, EST de droite. Ceci dans le cas le meilleur si l’on peut dire car il est des cas où la présence d’un trait de gauche semblable n’est ni plus ni moins de la mystification tactique.

Tel est le cas d’un parti tel que l’U.G.S. Ici « G. » signifie aussi « Gauche », et l’on sait cependant qu’en dépit de ses déclarations laïques et socialistes, ce parti est composé presque exclusivement de cléricaux. L’U.G.S. — prétendue conciliation du christianisme et du marxisme — se situe cependant plus à gauche que le R.G.R. puisque théoriquement il rejette le régime social dont s’accommodent les hommes de gauche du R.G.R.

Cette équivoque apparaît donc comme le propre de la Gauche. C’est la tache de l’homme d’action révolutionnaire de tenter de la dissiper en en développant les conséquences absurdes.

Car telle est l’évidence, l’Homme de Gauche est absurde. Son refus ne dépasse pas la simple opinion, ou bien, s’il s’inscrit dans la réalité comme contestation raisonnée d’un obstacle, sa réflexion s’arrête au seul domaine qui le heurte et il ne se rend pas compte que sa revendication, pour importante qu’elle soit (ce peut être l’abolition du régime capitaliste), se nie d’elle-même, n’a aucune chance d’être satisfaite, simplement parce que, par ailleurs, il supportera le reste de ce qui est (si c’est l’abolition du capitalisme, s’il supporte ce qui conditionne ce dernier).

L’illusion et le mythe

Nous l’avons vu et dit : la gauche est partout. Elle se singularise simultanément par un refus partiel de ce qui est et par une revendication correspondante (ce qui le distingue aussi du nihilisme, soit dit en passant).

Ce qui est, c’est toute la réalité sociale : famille, religion, armée, régime, travail ; la division des hommes en espèces, en classes, en sexes, en nationalités, en mœurs ; l’exploitation capitaliste, colonialiste ; l’argent, etc., etc.

L’homme de gauche est celui qui se révolte dans tel ou tel de ces secteurs ou dans plusieurs à la fois parmi ceux qui l’auront le plus heurté économiquement ou moralement, c’est-à-dire qui l’auront au niveau social où il se trouve limité ou mutilé, dans telle circonstance et pendant telle période de son existence, mais qui ne se rend pas compte de la solidarité naturelle de l’ensemble de ces secteurs. Ce qui ne lui donne ni peur ni honte à continuer de faire partie du reste, l’endossant au contraire sans même y penser.

Cela c’est la propre illusion de l’Homme de Gauche : il s’étonnera du déchirement de « la Gauche », il s’étonnera de ne pouvoir trouver un terrain d’entente avec tel autre homme de gauche, qui, lui, mènera une lutte dans un domaine parallèle au sien.

Mais il y a une autre illusion possible et c’est celle que les révolutionnaires sont parfois tentés de se faire en considérant une UNITÉ possible de la « gauche ».

Sans doute certains évènements ont-ils pu accréditer cette vue. Tels sont les phénomènes de l’espèce des FRONTS POPULAIRES. Malheureusement — de nombreuses analyses historiques l’ont mis en lumière — semblable cohésion n’est que superficielle ; elle n’est que le fait des alliances sous la pression d’évènements graves et exceptionnels.

Entachée de sa propre adhésion à ce qui est, il ne reste plus qu’à admettre que même dans l’invraisemblable cas de saturation qu’elle parviendrait à atteindre envers la totalité des programmes révolutionnaires cette union de gauche n’emporterait pas le morceau. Ces phénomènes inoubliables sans doute mais éphémères doivent éveiller l’intérêt des révolutionnaires intéressés par la stratégie politique, ou simplement par le cours de l’évolution ; ils ne doivent pas s’hypnotiser sur un tel but qui, à tout prendre, apparaîtraient à certains comme final.

L’unité de la Gauche est un MYTHE.

Un mythe pour cela même que l’Homme de Gauche donnera son appui à telle ou telle entreprise révolutionnaire pour autant que celle-ci englobera la (ou les) revendication qui lui a permis de se situer comme homme de gauche. Mais sans plus. Sa réflexion s’arrête autour de son refus personnel et son action ira dans l’unique sens de la revendication correspondante. Il ne veut pas aller plus loin parce qu’il n’en ressent pas le BESOIN ni n’en reconnaît la NÉCESSITÉ.

Il faut conclure : si la somme idéale des refus, le groupement théorique des actes de contestations individuels des hommes de Gauche représente le programme idéal de l’Homme d’Action révolutionnaire. l’unité pratique, la synthèse idéologique que ce dernier a acquise par réflexion ou option n’est pas possible au niveau d’une assemblée d’hommes de gauche qui par hypothèse représenterait la somme de ce programme révolutionnaire. Rappelons-le, individuellement ou collectivement pour que semblable mutation puisse intervenir, la présence d’un certain nombre de catalyseurs s’y révèle indispensable. Le passage est et ne peut être que qualitatif.

Le passage

Le problème qui se pose dès lors à l’homme d’action révolutionnaire est le suivant : de tout ce qui n’est pas franchement de Droite à tout ce qui n’est pas franchement révolutionnaire c’est la Gauche.

L’homme qui appartient ou se dit appartenir à cette « gauche » n’est en aucune façon un révolutionnaire.

Il ne le deviendra qu’à l’instant où étant parvenu à un niveau de conscience collective, il saura réaliser en lui-même la synthèse des refus et des revendications, et y décèlera des points communs tangibles où appuyer l’action révolutionnaire. Dès cet instant cet homme n’appartiendra plus à la gauche mais à l’aile marchante de la révolution.

Où saisir, dialoguer, activer l’esprit, développer les conséquences d’attitudes, orienter ? Tel est la véritable question pour l’homme d’action révolutionnaire face à la multitude gauchiste.

La seule réponse possible : dans les milieux « pré-révolutionnaires » c’est-à-dire là où un certain nombre d’Hommes de gauche se solidarisent pour étudier et lutter en commun pour… le même et parfois l’unique problème qui les inquiète. De tels groupes ou mouvements minoritaires offrent en effet le climat « ouvert » propice à la réflexion, à la recherche des conséquences pratiques de leur attitude commune. Et cela est favorable à la prise de conscience nécessaire au « passage ».

Souvent les hommes qui composent ces minorités appartiennent également à un parti politique. Pour nous il doit être clair que cette double appartenance est le signe d’une insatisfaction majeure, d’un besoin continu qui cherche à se connaître précisément du côté de la minorité choisie. Or, si nous sommes MATÉRIALISTES incontestablement, ce signe du BESOIN est pour nous le moteur capable d’entraîner la réflexion vers la NÉCESSITÉ.

Les constantes

Pour ces hommes (et cela a été dit dans l’article précédent) il existe un DEVENIR HUMAIN, un devenir social, basé sur le sentiment que la nature humaine est bonne, en tout cas perfectible ; ils ont foi dans l’avènement d’une société qui permettra le libre épanouissement des facultés humaines par le règne de l’égalité et de la justice.

Toutes leurs recherches si localisées qu’elles soient, visent cette libération ÉGALITAIRE DANS LES RICHESSES, et s’appuient sur un principe LIBERTAIRE, déclaré ou non, tant dans leur façon de s’éduquer que de combattre.

Soulignons-le, ces CONSTANTES n’appartiennent presque déjà plus à la Gauche en cela qu’elles sont propices au « passage » : ces hommes combattent et réfléchissent, réfléchissent et combattent, sur un programme peut-être limité mais qui connaît déjà ses causes, ses tenants et ses aboutissants. Il ne leur manque plus qu’une vision d’ensemble, qu’ils pourront acquérir, par des contacts avec des mouvements semblables où s’exercera la libre confrontation, l’antidogmatisme, l’anticonformisme, axés sur la volonté de dépassement DE CE QUI EST.

Certes ils adhèrent encore « à la gauche », c’est-à-dire, nous pensons l’avoir démontré, pratiquement encore à des sphères du réel (ce qui est), qui, elles, dans notre société, sont réactionnaires.

Mais pratiquement ils luttent et en connaissance de cause même si cette cause ne leur apparaît pas encore dans toute son ampleur, et leur volonté de recherche et de lutte en font des hommes dignes de l’intérêt que doit leur porter l’homme d’action révolutionnaire. Et puis posons-nous cette question : est-il possible au regard d’une existence d’en exiger un REFUS TOTAL ?

L’utopie est là braquée sur telle réponse affirmative que l’écœurement, le désespoir, la hâte compréhensible d’en finir une bonne fois, pourraient nous faire crier.

Utopie simplement parce que le renversement de la société exige un acte QUALITATIF de la conscience de la part des « bonnes volontés » de Gauche. Tout le reste est mouvement de masses, force d’appoint « utilisable » lorsque son comportement, sous la pression du besoin contrarié, vient coïncider avec la nécessité globale.

Que cette coïncidence ne soit pas fortuite et c’est sans doute ce qu’il faut aussi retenir : la masse prolétarienne est spontanément « de gauche » dès qu’elle revendique. Notre terme « utilisable » employé plus haut tombe ici de lui-même en son sens manœuvrier. Mais la masse prolétarienne si proche soit-elle du « révolutionnaire-né » par son degré de dépossession, par toutes les faces DE CE QUI EST persiste à appartenir à la réaction : il faut survivre avant tout et cela à tel point le dénuement est impératif.

Elle possède la force de la quantité, elle possède le naturel, la spontanéité de toute nature humaine limitée, mutilée ou diminuée qui alors se porte vers les solutions révolutionnaires, mais aussi elle n’en conçoit pas l’unité. En dépit de tout elle demeure « de gauche ».

L’acte qualitatif — à quelques rares exceptions près — n’est possible que dans les groupes et mouvements minoritaires.

La richesse quantitative de tels mouvements est la seule ouverture vers une véritable révolution sociale.

Les constantes, dans les refus et les revendications correspondantes, relevées au niveau de l’opinion publique lorsqu’elles se situent « à gauche » se distinguent des constantes relevées au niveau des mouvements minoritaires « de gauche ». Cette distinction est issue d’une recherche cohérente même dans les cas de localisation extrême de recherche. (Par exemple dans le cas de telle tendance « abondanciste », école de répartition des richesses). Cette volonté de cohésion, cette volonté de recherche et de lutte, doivent être pour l’Homme d’action révolutionnaire le signe d’une évolution qualitative à considérer pour son propre combat

Nous avons dit plus haut qu’ils ne leur manquaient plus (aux hommes de ces mouvements) que la vision d’ensemble. Que cette vision de la nécessité globale, ils avaient la possibilité de l’acquérir par des contacts avec des hommes appartenant à des mouvements de même nature, où s’exercerait la libre confrontation, l’antidogmatisme, l’anticonformisme axés sur la volonté de dépassement DE CE QUI EST.

Nous y revenons parce que — au point de cette étude — il faut amener nos dernières conclusions pratiques et que dans l’avant-propos notre thèse contenait aussi ces termes : l’homme de gauche doit retenir notre attention non seulement par l’apport indéniable qu’il est susceptible de faire à la pensée révolutionnaire, mais aussi par ce fait qu’il en est à la fois la sauvegarde et le principe de renouvellement.

Or, pour permettre les contacts nécessaires à une évolution qualitative là où celle-ci est. possible — et nous avions mis en relief cette possibilité dans les mouvements minoritaires spécialisés. qui se distinguent de « la gauche » — il tombe sous le sens qu’il faudrait aboutir à un MOUVEMENT GÉNÉRAL DE CONFRONTATION « ouvert », c’est-à-dire animé par les soucis précités (libre confrontation, antidogmatisme, anticonformisme, volonté de dépassement).

Tel doit être le but, et telle est peut-être — en puissance — LA LIBRE PENSÉE, dont par souci de précision nous analyserons plus loin la dernière déclaration de principes.

Ce ne sont pas les hommes de « gauche » — toute adhésion cessante à leur Parti — qui viennent s’y grouper qui viendront nous contredire. Leur afflux nouveau est symptomatique et vient confirmer la déchéance des partis traditionnels de gauche trop engagés dans « ce qui est ». L’exigence de ces hommes est précisément QUALITATIVE déjà.

Le malheur des PARTIS de « gauche » est que précisément ils sont DE GAUCHE et que de l’un qui s’égare dans la compromission prétendument tactique (S.F.I.O.) à l’autre qui en fait de même mais qui ajoute un DOGME par souci de rigueur idéologique (P.C.), il ne reste pour les révolutionnaires, comme pour les hommes de gauche soucieux de méthode, de vision claire, et de solutions, d’aller ailleurs.

Et cet « ailleurs » ne pourra jamais être un PARTI, notion qui implique ou le dogme ou l’inconséquence quand ce n’est pas les deux. Le dogme politique bâti à coup de grands mots vidés de leur sens mais enflés d’idéalisme où naissent les idoles et les mystifications aussi bien que l’inconséquence ignare des « meneurs » — beaucoup d’hommes de gauche en ont assez. S’ils ne cessent pas le combat, s’ils cherchent. encore dans les mouvements minoritaires « spécialisés », c’est que ces derniers offrent satisfaction encore à leur volonté de lutter dans des conditions de liberté mentale requises.

Cet « ailleurs » ne peut que se concrétiser dans un mouvement général de l’espèce déjà signalée. L’homme de gauche y pourra embrasser toutes les recherches localisées d’autre part dans les minorités, et l’exercice de sa réflexion le mènera à éprouver la nécessité globale et la volonté de dépassement. La libre confrontation le gardera du dogme et contribuera à la richesse de la solution de sa propre inquiétude à travers celle des autres.

L’apport — La sauvegarde — Le renouvellement

L’homme de gauche de ces mouvements minoritaires possède déjà une volonté de lutte, il possède selon le besoin qu’il aura le plus ressenti dans sa vie ou l’option qu’il aura faite au cours de ses réflexions, un sujet précis (localisé avons-nous dit) de combat, d’expérience, et d’enrichissement de ses réflexions. Parce que ce problème l’intéresse avant tout, poussé par le besoin et la volonté de le résoudre socialement, il le connaîtra mieux que tout autre politicien. Son apport sûr ce terrain précis est incontestable, et sera permanent, même après la révolution car il y a aussi le progrès technique.

Son « problème » et sa solution révolutionnaire, aura néanmoins tendance à ignorer d’autres faces de la réalité. On ne peut avoir toutes les connaissances pour y échapper.

Mais s’il vient à le confronter avec d’autres hommes de gauche inquiets d’autres problèmes, il y aura apport réciproque et volonté pour une solution d’ensemble de leurs inquiétudes réciproques.

On le voit, à développer ce principe entre mouvements minoritaires de gauche spécialisés dans la solution pratique des problèmes soulevés par la pression DE CE QUI EST, on échappe à toute tentative de dogme partisan, et par le développement de la réflexion, tous ces hommes en arrivent à découvrir d’une façon matérialiste la grande nécessité globale de la Révolution. Ces contacts, coupés de l’esprit de parti d’ailleurs inutile au niveau de leurs recherches pratiques, restent favorables à la solidarité, à la compréhension, à la lucidité.

Ainsi pourrait se définir un « mouvement » de gauche animé de la volonté de dépassement, et qui lutterait pour sa propre disparition.

Si à considérer toute la gauche on a pu très justement dire qu’elle est en vrac LA RÉUNION IDÉALE DE TOUS LES REFUS SÉPARÉS, LE GROUPEMENT THÉORIQUE DES ACTES DE CONTESTATION DU RÉEL, cela signifie qu’elle contient TOUT le devenir.

Pour que ce devenir vienne à son heure, il nous appartient à chacun non pas de le projeter selon ses singularités en de multiples horizons politiques, mais au contraire de fixer ces singularités à leurs places et de les mettre en contacts

Résumé

1 — homme de Gauche se distingue de l’homme de Droite par le REFUS
2 — Ce refus est PARTIEL. Il s’adresse à tel secteur localisé du réel.
3 — La somme des refus de la Gauche n’exprime qu’un aspect QUANTITATIF.
4 — L’homme de Gauche qui les totaliserait ne se situerait jamais qu’un peu plus à Gauche.
5 — Le PASSAGE à une conscience révolutionnaire exige un « saut » QUALITATIF qui est prise de conscience réfléchie d’un principe commun à chacun des refus formulés par l’ensemble de la Gauche.
6 — Sans cette réflexion, la seule capable de lui faire mesurer les conséquences de ses actes, l’Homme de Gauche fait le jeu « DE CE QUI EST » origine de la confusion et du MYTHE DE L’UNITÉ.
7 — On peut distinguer une catégorie d’Homme de Gauche que l’on pourrait appeler « pré-révolutionnaire ».
8 — Ce sont des Hommes de Gauche, qui, groupés en minorités, opposent à la Société des refus précis et dont individuellement ils assument toute la portée pratique.
9 — Ils manifestent une volonté « ouverte » de recherche cohérente et de lutte catégorique.
10 — Il ne leur manque que la vision de la NÉCESSITÉ GLOBALE, ce qui les inscrit dans le secteur « ambigu » de la gauche, mais leur exigence, pour limitée qu’elle soit, est qualitative déjà.
11 — C’est en permettant la LIBRE CONFRONTATION de ces groupes minoritaires « spécialisés », dans un MOUVEMENT animé de la volonté d’un dépassement cohérent, reposant sur l’antidogmatisme et l’anticonformisme, que l’on peut envisager une possibilité de synthèse c’est-à-dire d’appréhension de la NÉCESSITÉ GLOBALE, par l’ensemble de cette « Gauche ».
12 — Nous posons que cette méthode est à la fois la seule capable de grouper les énergies réellement créatrices, d’en provoquer un renouvellement et un enrichissement continus à la mesure du progrès scientifique et de la vie contemporaine.
13 — Toute autre UNION de la GAUCHE relève de la MYTHOLOGIE UNITAIRE

Jacques


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