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Les Temps Nouveaux n°12 (20/26 juillet 1895)
Mouvement social
Pays espagnols
Article mis en ligne le 19 juillet 2008
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Un correspondant du Clarion, journal socialiste de Londres, écrit de Buenos-Ayres : « Les ouvriers n’ont pas d’organisation dans le pays. Cette circonstance, l’exploitation sans vergogne pratiquée par les riches, jointe à la corruption du gouvernement et de ses fonctionnaires, les font aller aux théories anarchistes plus qu’aux leçons des socialistes. Les envois de Buenos-Ayres montrent combien les idées libertaires se développent dans l’Argentine. Il ne se passe pas de semaine que nous n’ayons à signaler des articles ou quelques brochures. Como no diez man (Comme on nous exploite), la troisième publication de l’Expropriation, groupe de propagande communiste-anarchiste, est un exposé méthodique des maux que nous font les gouvernants et les dirigeants. Voici les titres de quelques chapitres : Aux champs ; Dans les mines ; Dans les fabriques ; À l’atelier ; Dans la boutique ; Le salaire, etc. Ce sont de très bons cadres, parfois insuffisamment remplis. Les réflexions générales prennent trop souvent la place des faits précis. Toutefois il faut louer les auteurs d’avoir tenté d’écrire une étude positive et d’avoir fait descendre la critique libertaire du ciel sur la terre. Nos adversaires nous reprochent souvent de nous tenir dans la métaphysique, de critiquer l’autorité, de réclamer la liberté, sans les définir, presque comme des divinités dont le nom seul est bienfaisant. Montrons-leur que nous ne sommes pas embarrassés pour fonder nos raisonnements sur la réalité.

De Buenos-Ayres également nous vient une bonne feuille corporative, El Obrero panadero (L’ouvrier boulanger), organe de la Société cosmopolite de résistance et de placement des boulangers, Calle Cuyo, 1327. Le journal a été fondé à la suite d’une grève faite par les ouvriers boulangers de Buenos-Ayres, de la Plata et de plusieurs autres villes pour obtenir la suppression du travail de nuit, l’augmentation des salaires de 30% pour tous les ouvriers boulangers sans exception, l’emploi dans toutes les boulangeries d’un nombre d’ouvriers supérieur d’un homme au nombre de sacs de farine employés. La grève n’a pas réussi parce que les boulangers n’étaient réunis que par leur mécontentement. Depuis leur insuccès, ils s’organisent en sociétés de résistance. « La dernière grève ne nous a pas réussi, dit un de leurs appels, mais ce n’est pas une raison pour abandonner nos réclamations. Au contraire, nous devons profiter de la leçon et recommencer avec plus d’activité et de décision notre travail de propagande parmi les ouvriers boulangers afin de les persuader de s’unir à nous pour travailler à ce qui sera le bien de tous. Pas de divisions entre les travailleurs. Sachons que rien ne s’obtient sans lutte, par ce que les privilégiés n’ont jamais renoncé spontanément. à leurs avantages, et toujours les hommes ont été obligés de les leur arracher par la force. » Malgré cette affirmation révolutionnaire, je crains que plusieurs camarades n’attachent pas assez d’importance à cette association de boulangers et à tous les groupes ouvriers, syndicats ou autres. À ceux-là je dirai : « Comment voulez-vous détourner l’ouvrier de voter et de prendre parti dans la lutte politique, si vous ne lui montrez pas qu’il peut vivre mieux sans l’aide des bourgeois ni de leur gouvernement ? Comment comptez-vous faire la Révolution si vous n’avez pas avec vous, contre les capitalistes, tous les véritables producteurs et, parmi eux, ceux qui fabriquent notre nourriture ? » Les rédacteurs d’El Obrero panadero préparent cette union. Ils prêtent leur salle à la Société toute nouvelle des tourneurs sur bois. Ils annoncent l’apparition de La Union obrera (L’Union ouvrière), périodique de quinzaine, rédigé en espagnol, italien et français, organe des Sociétés de résistance des mécaniciens, maçons, plâtriers, sculpteurs, forgerons, ouvriers du tabac, etc.

« L’aspiration socialiste, écrit un d’entre eux, c’est de former une seule classe sociale de producteurs égaux et libres, affranchis de toute exploitation et de toute tyrannie. » Enfin, ce journal annonce les publications et les traductions de la librairie de la Question Sociale, c’est-à-dire La Société mourante et l’Anarchie, La Conquête du pain, etc. Il publie actuellement en variétés la brochure de nos camarades de La Corogne : Et proceso de un gran crimen (l’histoire des condamnations prononcées contre les anarchistes de Barcelone), et il accompagne cette publication de la note suivante : « El Obrero panadero, bien qu’il soit un organe corporatif en dehors des partis, a commencé, sans hésiter, la publication de cette brochure, pour que tout le monde sache ce que l’égoïsme de classe peut faire. En présence des monstruosités commises par la bourgeoisie espagnole, il n’y a plus de partis : l’humanité offensée doit élever la voix pour condamner comme ils le méritent ces assassins et ces malfaiteurs de la pire espèce. » L’avant-dernier numéro contient un article plein d’émotion sur la tombe de Vaillant.

Voilà ce que l’on trouve dans ce journal, à côté des correspondances et des échelles de prix relatives à la profession des boulangers. Une feuille spéciale de ce genre passe sous les yeux d’une foule d’ouvriers qui ne voient jamais les journaux de combat ; elle étend la propagande très loin parmi les travailleurs. Rappelons-nous l’œuvre du Pot à Colle dans le faubourg Saint-Antoine et nous souhaiterons d’avoir avec nous beaucoup de périodiques corporatifs comme El Obrero panadero.

El Esclavo, qui porte en sous-titre : journal ouvrier hebdomadaire, paraît en espagnol à Tampa, ville de la Floride (États-Unis). Il est consacré directement à l’exposition des théories libertaires. Il publie des traductions de plusieurs ouvrages français, des extraits ou des comptes rendus des brochures publiées en Espagne et à Buenos-Ayres : on voit que dans tous les pays de langue espagnole, les propagandistes se donnent la main et nous ne savons jusqu’où s’étend l’influence de El Esclavo. Il nous apprend qu’à la Havane et à Santiago de Cuba, il y a environ 20.000 ouvriers sans travail par suite de la guerre civile. Martinez Campos, si féroce envers les grévistes et les révolutionnaires de Catalogne, est beaucoup plus doux avec les sans-travail de Cuba ; pour les détourner de se joindre aux insurgés, il va faire construire un chemin de fer et des routes. Fort bien ! mais si la révolte est réprimée, nous verrons les manières du dictateur changer et les travailleurs de La Havane sauront s’il fait bon se fier aux gouvernants et à leurs généraux. Au Mexique, il y a quelques grèves : dernièrement les cigarières de Mexico ont cessé le travail pour empêcher une diminution des salaires. Mais, dans ce pays, les ouvriers ne sont pas encore pénétrés des idées communistes et de l’esprit de révolution. Il y a de la besogne là-bas pour nos amis de Floride.

De l’Espagne, les derniers numéros de la Idea Libre (Madrid) et de El Porvenir social (Barcelone) ne nous apprennent rien de nouveau.

El Corsario (La Corogne), obligé de suspendre momentanément sa publication après 212 numéros et un grand nombre de brochures, annonce qu’il va se reconstituer au moyen d’actions à 5 pesetas (un peu plus de 6 francs) et fait appel à la fraternité de ceux qui peuvent l’aider.

CX.


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