La Presse Anarchiste
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La Plèbe n°1 (13 avril 1918)
Rumeurs et clameurs
Article mis en ligne le 19 juillet 2008
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L’armée de la plume

M. Maurice Barrès, désinvolte, écrit dans l’Écho de Paris : « Du côté de Montdidier, toutes choses se rétablissent très bien. »

Ah ! Ce « très bien », comme il fait fi des sacrifices humains ! Et comme on voit bien qu’il émane du parlementaire au cœur sec qui, sans émotion, osa comparer les morts de la guerre aux cerises que l’on piétine dans les vergers !

Comme c’est beau, la guerre, ô Barrès, avec la vie des autres !

Si le mépris est grand des soldats pour les journalistes, avouons que ceux-ci, qu’ils s’appellent Daudet, Hervé au Barrès, ne l’ont pas volé.

« Travail d’assassins »

En constatant les effets du bombardement de Paris par les avions allemands, M. Clemenceau se serait écrié : « Ça, c’est du travail d’assassins ».

Belle découverte, après quatre ans de massacres systématiques sur tous les fronts !

Qu’est-ce que la guerre, sinon du travail d’assassin sur une échelle démesurée ?

Nous entendons bien que M. Clemenceau veut établir une différence entre le meurtre d’un soldat et celui d’un civil.

On s’est habitué à tenir pour normale la guerre qui ne tue que des soldats. La guerre ne devient barbare qu’au moment où elle est faite à ces bons civils dont tant d’entre eux crient : « Jusqu’au bout ! » quand ce sont les autres qui tombent.

Le rôle des Parlements

Si, à l’origine du conflit, les peuples, consultés, avaient pu faire prévaloir leur volonté, jamais cette guerre atroce et bête n’eût pu naître.

Non seulement elle a éclaté à l’insu des peuples, mais encore sans le consentement des Parlements. Ceux-ci n’ont eu qu’à enregistrer le fait accompli. En France, la Chambre fut unanime à applaudir aux discours ultra-patriotes et « jusqu’au-boutistes » de MM. Deschanel et Viviani. À l’extrême gauche, pas une voix discordante ! Ce fut l’union sacrée absolue. Si quelques députés, qui ne sont pas tous du groupe socialiste, se sont ressaisis — un peu tardivement — leur influence est bien limitée.

Par contre, il semble qu’en Allemagne, où les risques sont plus grands, l’opposition soit plus hardie. Il en fut ainsi dès 1914. Mais pourtant la lutte véhémente que mènent quelques députés sociaux-démocrates ne peut contrebalancer l’inertie complice des autres parlementaires d’outre-Rhin.

Semeurs de haine

À la faveur du dernier raid aérien et de l’énervement des foules, des semeurs de haine, dans la presse et ailleurs, ont vitupéré le Germain barbare,

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qui ne recule devant aucune atrocité.

Ces bellicistes enragés ne voient aucun inconvénient à ce que la guerre dure, pourvu que les soldats soient seuls exposés. C’est leur métier, aux soldats, de se faire tuer. Ils sont armés. Ils peuvent se défendre. Donc ils peuvent mourir. Mais les civils — même s’ils sont animés de l’esprit de guerre — sont des « innocents » auxquels on ne peut toucher sans commettre le pire des crimes. « Représailles ! Représailles ! » hurlent ces déments — qui sont de tous les pays et ne voient les événements que sous un aspect unilatéral.

Un peu de raison

Au moment même où marmites et torpilles pleuvaient sur Paris, provoquant l’irréparable destruction de vies humaines, une femme, ne perdant pas la tête, s’est efforcée de comprendre : « Ils viennent chez nous, dit-elle. Nous allons chez eux. Il n’y a pas de raison pour que ça s’arrête. »

Ce sang-froid d’une femme dans le fracas des explosions est autrement sympathique que la fureur grotesque de ceux qui découvrent, aujourd’hui qu’ils sont menacés, que la guerre sévit et qu’elle tue des hommes.

Le respect de la vie humaine

À propos des conférences du Père Janvier, on a pu lire, dans l’Action Française du 17 mars, ces lignes incompatibles avec la mentalité guerrière de ce temps : « La vie de chaque être humain est sacrée, car Dieu nous l’a donnée et seul il peut la reprendre. Dieu nous défend formellement d’attentes à la vie d’autrui et à la nôtre. »

Si ce point de vue prévalait, nul catholique ne pourrait participer à la mêlée sanglante. Aussi le journal royaliste a-t-il soin d’ajouter : « Le commandement divin défend donc les violences entre les citoyens d’une même patrie. »

Cela rappelle la fameuse boutade de Pascal :

« Pourquoi me tuez-vous ? — Eh quoi ! ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau. »

Douce perspective

« La patrie, c’est tuer des Prussiens ! » constatait amèrement le douloureux et sincère Gaston Couté.

Léon Daudet, qui admira sans réserve la culture allemande, proclame aujourd’hui :

« Français et Allemands sont des ennemis héréditaires, c’est entendu, en tant que nations armées ». Donc, les haines doivent être éternelles. (Heureusement, les folies d’une génération sont parfois dénoncées et reniées par les générations suivantes.

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Voici la douce perspective que nous ouvre, pour l’après-guerre, le directeur de l’Action Française :

« Il y aura un grand nombre d’hommes valides — (proportionné au nombre des victimes) — qui n’auront plus qu’une pensée, qu’un but ici-bas : tuer, ouvertement ou sournoisement, le plus grand nombre d’Allemands. Tout moyen sera bon : le poison, le couteau, le revolver, le guet-apens ; il paraîtra d’autant meilleur qu’il laissera moins de traces et permettra de recommencer. »

La guerre permanente, quel idéal pour un « civilisé » du XXe siècle !

Les responsables

Après avoir porté la guerre sur tous les continents, les civilisés d’Occident n’ont rien trouvé de mieux que de se battre entre eux. C’était fatal, on ne prépare pas impunément des armements formidables, on n’entasse pas sans danger des masses d’explosifs. Qui prépare la guerre n’obtient pas la paix, quoiqu’en dise une devise mensongère. Or, tous les États d’Europe se préparaient à la guerre, les uns bien, les autres mal. ([2 ou 3 mots censurés)] de responsabilité dans le cataclysme.

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Comment ne pas voir, pourtant que la folie des armements, le colonialisme et l’impérialisme devaient tôt ou tard faire exploser la vieille Europe ?

La leçon est cruelle dont profiteront nos descendants — si toute raison n’est pas à jamais abolie chez les hommes.

Le triomphe de la raison

La raison est exilée des peuples en guerre. On croirait volontiers qu’elle s’est réfugiée chez les neutres. Hélas ! Les neutres ont une presse guère moins « lamineuse de crânes », guère moins vénale que celle des pays en feu. Et la puissance d’intoxication de la presse, au cours de cette guerre, est infinie. Le mal qu’elle peut faire dépasse l’imagination.

De libres esprits ont pu résister à la folie belliqueuse qui emporte tous les peuples vers la victoire… du néant. Ils ne sont pas plus écoutés que ne le furent, en d’autres temps, Érasme ou Voltaire.

Mais les paroles, d’un Romain Rolland et d’un Forster resteront. Elles attesteront un jour, quand le mal infectieux aura perdu de sa virulence, qu’un seul homme peut avoir raison contre tous les autres.

Mais qui nous consolera du massacre ? Et qui nous rendra le goût de vivre ?

Représailles

« Ils cesseront sans doute de massacrer des innocents dans nos villes ouvertes lorsque nous aurons porté l’incendie et la mort dans leurs propres cités », écrit M. Louis Latapie dans la République française.

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La violence engendre la violence et il n’y a aucune raison pour que ça finisse.

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Gompers, président de la Fédération américaine du travail, — le Jouhaux des États-Unis — vient de déclarer que le mouvement travailliste des États-Unis ne serait jamais représenté au cours de la guerre à une conférence quelconque à laquelle prendraient part des représentants de l’ennemi.

Défaitistes

La presse de l’Entente et les gouvernants alliés ont toujours dit que cette guerre ne pourrait se terminer avant la défaite militaire des Empires centraux.

De leur côté, les gouvernants allemands, s’il faut en croire le Temps, estiment que « la défaite de l’Angleterre et la mutilation de la France sont les conditions indispensables de cette domination maritime qui doit procurer à l’Allemagne les matières premières, les débouchés, les richesses du monde entier. »

Avec des points de vue aussi divergents l’accord est à jamais impossible.

« Impavidum ferient ruinae »

Les journaux officieux des 2, 3 et 4 avril nous rapportent que M. Clemenceau est revenu du front « satisfait » ; ou bien il a dit à un journaliste : « je suis content ». Ce qui nous rappelle un article de M. Clemenceau dans l’Homme libre du dimanche 30 août 1914, dans lequel il disait de son prédécesseur M. Millerand :

« M. le ministre de la Guerre nous fait annoncer qu’il a conféré avec M. le général Joffre et qu’il est revenu “très satisfait”. Je me permets de penser qu’il y a une mesure en toutes choses, et que, dans les circonstances actuelles, il n’y a peut-être pas lieu de s’élancer jusqu’à cet excès de satisfaction. »

Les laudateurs de M. Clemenceau doivent pouvoir commencer à établir le bilan de ce que nous a valu jusqu’ici son gouvernement. Par exemple : Bombardement diurne et nocturne de Paris, — suractivité de bombardement de Reims, de Bar, de Nancy, de Châlons, — Nouvelle ruée suivie d’une nouvelle invasion, — X… prisonniers, — X… morts. Les détails manquent.

M Clemenceau écrivait dans l’Homme enchaîné du 29 mars 1915 : « Un mois avant la guerre, j’écrivais à un journaliste de Vienne : “J’aimerais mieux voir la France écrasée qu’asservie.”

Le balai rôti

Les journaux nous annoncent que M. Clemenceau visite les lignes de l’avant ou celles de l’arrière « en compagnie de son chef de cabinet, le général Mordacq ».

Le général Mordacq étant l’un des plus jeunes généraux et M. Clemenceau l’un des plus vieux parlementaires, il en résulte une bonne moyenne.

Le général Mordacq est le fils du commandant Mordacq du 131e. Il est le frère de Charles Mordacq, bien connu voilà quelque dix ou vingt ans dans le monde des cafés-concerts où il produisait quantité de chansons sous le pseudonyme de Rollz, et qui faisait paraître aussi de temps à autre une feuille boulangiste le Balai.

Le printemps sourit à Vichy.

Dans le Pays du 5, M. le capitaine Gaston Vidal conte qu’il a été à Vichy voir les blessés de la Somme, et que « tous, tous, ils sont joyeux ».

Rien de très surprenant. Il est humain de sourire encore au soleil quand on sort de l’enfer. Mais c’est du barrésisme de la première année de vouloir donner aux lecteurs le change sur ce sentiment. Il n’y a pas que M. Vidal qui cause avec les rescapés.

Quant au sadisme excitateur qui imbibe cet article, ce n’est pas de le trouver chez le renfloueur du Pays qui nous émerveille, mais plutôt de voir ses collaborateurs qui font profession de pacifisme s’en accommoder si bien.

Avertissement

En cas d’alerte, les honnêtes gens sont priés d’éviter la cave du boulevard du Port-Royal où deux mouchards amateurs ont provoqué M. Rappoport. Ces deux individus, nommés Blein et Weil, sont reconnaissables à leur accent germanique très prononcé.

Les « jusou’auboutistes » peuvent sans danger se rencontrer avec les délateurs de Rappoport.

censure sur 30 lignes

Il est des morts qu’il faut qu’on tue

L’arrestation de Ch. Rappoport est un sursaut d’Iswolski ou de ceux qu’il tient. La machination sinistre dont Jaurès fut la première victime, exige, en effet, que tous les témoins intéressants du procès Villain disparaissent, ou que l’on ruine par avance leur témoignage en les discréditant ou en pillant leurs papiers.

Tout-Paris policier

Le mouchard national a fait école. Ce maniaque de la délation a des imitateurs. Il s’est fondé à Paris une Ligue civique de mouchardage. Les chauvins qui en font partie s’arrogent le droit — sous le prétexte fallacieux de « défaitisme », — d’arrêter qui bon leur semble.

C’est le régime des suspects. Est « suspect » quiconque a des opinions internationalistes ou simplement humaines. Les misérables qui se livrent à cette odieuse besogne n’ont pas toujours l’excuse qu’a Daudet — lequel, comme chacun sait, travaille au renversement de la République et a de plus la naïveté de prendre au sérieux ses « galéjades » et le courage de les signer. Romancier imaginatif, il lui faut, coûte que coûte, des traîtres. Il les cherche parmi ses adversaires. Avec une bonne foi ingénue il entasse des Pélions d’erreurs sur des Ossas de mensonges. Ça prend toujours sur le public gobeur, et quelquefois même nos maîtres feignent de tenir compte de ces sottises. Daudet est au fond un grand comique. Mais que dire de ses pâles suiveurs qui, sur la voie publique ou dans les caves, mettent la main au collet de leurs contradicteurs ?

censure sur 15 lignes

Défense d’admirer

Pour commémorer le 68e anniversaire de la mort du poète Slowacki, des étudiants, des artistes et des littérateurs polonais devaient se réunir le 7 avril sur sa tombe au cimetière Montmartre. Il leur fut interdit de prononcer le moindre discours. L’auteur de l’Arabe, de En Suisse, de la Vipère et de tant d’œuvres délicates ou fortes serait-il considéré comme un esprit subversif dangereux à évoquer ? Le bâillon que l’on inflige à ses admirateurs prouve une fois de plus que la liberté agonise en France.


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