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La Plèbe n01 (13 avril 1918)
Dans l’internationale
Article mis en ligne le 16 juillet 2008
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Allemagne

L’heure suprême de Brest-Litovsk a été tragique pour la révolution mondiale.

La diplomatie germanique avait d’abord tenté de suivre les bolcheviki sur leur franc et solide terrain du droit. Elle pensait amuser le tapis, mais le jeu en se prolongeant tournait contre elle. Les militaires intervinrent et Brest fut ouvertement la paix de l’épée. Annexions et indemnités. Aux appels déchirants de Trotsky, en Allemagne rien ne parut répondre.

Situation terrible pour les révolutionnaires de Russie, d’Allemagne, de partout. Les Allemands ne tenteraient-ils rien ? Il semblait que, dussent-ils même ne sauver que l’honneur, les positions réciproques étaient si claires qu’ils devaient se lever.

Pourquoi leur abstention ? Pourquoi, de la part de leurs gouvernants, cette violence presque avouée ?

On peut d’abord remarquer que la paix de Brest a été signée dans la période qui a suivi les grèves allemandes, grèves qui semblent avoir été très sérieuses. Mais plus elles auront été graves, plus profonde a dû être la dépression qui les a suivies. Circonstances néfastes à un mouvement. Il paraît bien par ailleurs, et c’est très vraisemblable, que les forces d’État aient mis tout en œuvre, surveillance policière et arrestations, campagne de mensonges sur les atrocités bolchevikistes, etc., pour prévenir toute action.

Mais il est d’autres explications, plus essentielles, pour ce grand épisode de la lutte.

Comme tous les gouvernements, les gouvernements des empires centraux sont aux prises, chez eux, avec deux forces contradictoires sur chacune desquelles ils sont contraints de s’appuyer successivement ; presque depuis les premiers mois de la guerre, cette politique de bascule a été celle de tous les états belligérants.

D’une part ils ont devant eux leurs éléments impérialistes, tenants du régime capitaliste et vrais responsables de la guerre, avec les complices inconscients et dupés de ceux-ci. En face il y a la misère, toute la misère, la mort des hommes, la ruine, l’affaissement des énergies, la démoralisation, tout le sombre nuage qui obscurcit l’horizon du monde.

C’est à cette seconde force que s’adressait en Allemagne avec succès, la propagande bolchevik, et c’est pour la ménager que les autorités impériales ont simulé, à la colère des pangermanistes, leur première attitude de conciliation à Brest-Litovsk. Mais elles ont dû reconnaître qu’elles ne pouvaient tenir dans ce rôle, qu’on ne fait pas sa part à l’esprit de révolution, et que finalement elle courait grand risque d’aller contre leur propre salut. Personne ne se dissimule que l’angoissant souci de tous les gouvernants, c’est l’échéance : Comment en sortirons-nous ? En composant avec la Révolution, des Allemands n’en sortiraient pas sans laisser des plumes, et ils s’en sont bientôt aperçus. D’où le renversement de leur politique russe.

Pour cette nouvelle attitude de contre-révolution et de violence, bien plus conforme à la nature de l’État, ils se sont appuyés, de tout leur poids sur leurs vraies troupes. Et pour en obtenir un plein appui, il ne pouvait être question de leur marchander les satisfactions. Aussi y est-on allé carrément.

« Le peuple d’une nation victorieuse ne fait pas de révolution. » Ce lieu commun de l’histoire est peut-être faux comme bien d’autres. Mais il est sûr que lorsqu’un gouvernement peut jeter à son peuple des profits, même spécieux, l’arme est bonne. La misère même s’y trompe, crois que l’avenir sera meilleur. C’est ce qui s’est passé. Les Renaudel et les Jouhaux de là-bas ont pu protester. Trop tard. Leurs ouvriers, leurs paysans, nationalisés, démoralisés par eux, ont escompté les prétendus bénéfices de la victoire. Ils ont été momentanément perdus pour la Révolution.

Et après Après, c’est l’offensive sur le front anglo-français. Et cette offensive, si les impériaux l’ont faite, c’est qu’ils y ont été contraints. Ils n’ignorent pas en effet les périls qu’elle comporte pour eux. On voit ainsi le peu que vaut la victoire militaire. C’est le gouffre non comblé, mais qui se creuse encore, devant tous, vaincus et vainqueurs.

Le militarisme est comme le cheval formidable de la légende. Son cavalier le flatte, rit de joie et de force. Mais enfin il voudrait s’arrêter. Non, non. La chevauchée s’accélère. Et avec son cavalier, qui n’est plus maintenant qu’un spectre misérable, tremblant de froid et de peur, le monstre ne s’arrêtera qu’à son terme : dans l’abîme et les reins cassés.

J.D.

Russie

Jamais sans doute on n’a vu gouvernement plus libéral que celui des bolcheviki. En effet, les commissaires du peuple de Petrograd ont laissé les correspondants étrangers les traîner dans la boue, dénaturer leurs faits et gestes, mentir avec une fantaisie et une frénésie inconnues jusqu’alors. La presse française s’est déshonorée par la façon dont elle a informé ses lecteurs sur les événements de Russie. Au premier rang des imposteurs brillent Claude Anet du Petit Parisien, et Paul Erio du Journal. Si adversaire que l’on soit de toute coercition, comme on aurait compris Lénine et Trotsky sommant ces impudents journalistes de rectifier leurs dires, ou de quitter le sol de la république russe ! Vraiment, le pouvoir socialiste des bolcheviki a fait preuve d’une tolérance excessive…

On commence, dans la grande, presse, à juger avec plus d’équité les révolutionnaires moscovites. Citons l’opinion de M. François, ex-correspondant du Matin, qui écrit dans l’Éclair :

« J’ai eu l’occasion, à Petrograd, de voir de très près quelques commissaires du peuple. La plupart me parurent des travailleurs énergiques, désireux de bien faire, intelligents et remplis de courtoisie. »

Cette opinion favorable ne saurait nous faire oublier les insultes vipérines des journaux capitalistes français à qui la haine aveugle du socialisme a fait commettre les pires vilenies.

Mort d’un ploutocrate

Le mois dernier, Marseille a vu les funérailles de l’illustre Jules Charles-Roux, commandeur de la Légion d’honneur ; ancien débuté ; vices-président de la Compagnie de Suez ; administrateur du P.L.M. ; président de la Société Marseillaise de Crédit industriel et commercial commercial et de dépôts ; président de l’Union Coloniale Française ; président du Comité des Armateurs de France ; président de la Compagnie Générale Transatlantique ; président des Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire ; administrateur du Comptoir d’Escompte de Paris ; président, des Chantiers et Ateliers de Provence ; président du Conseil de Surveillance de la Compagnie de Navigation Fraissinet ; administrateur des Raffineries de Sucre de Saint-Louis ; administrateur de la Société Franco- Africaine ; président de la Land Bank of Egypt, etc.

Ce capitaliste était un de ces potentats dont aucune révolution n’a jusqu’ici renversé la puissance.

L’affaire Durand qui revient sur l’eau et qui est une des plus grandes canailleries que le monde ait vues, en est une flagrante démonstration. Les deux pôles : J. Ch. Roux―Durand la ploutocratie financière et l’esclavage du travail, symbolisent toute l’ignominie sociale, guerre comprise, et montrent que tout, tout est encore a faire.


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