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Iztok n°7 (septembre 1983)
Boukovski contre le pacifisme
Article mis en ligne le 12 juillet 2008

par Dimitrov
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Vladimir Boukovsky est très clair dès le titre de son ouvrage, qui résume en cinq mots 124 pages de texte : « Les pacifistes contre la paix ». Plus qu’un livre, c’est un pamphlet assez incisif qui n’hésite pas à recourir à l’humour et à la dérision, dans lequel Boukovsky essaie de montrer le danger que représente pour l’Occident le pacifisme, manipulé par l’URSS.

Pour démontrer sa thèse, Boukovsky n’hésite pas à remonter assez loin dans l’histoire, aux origines même du régime qui est caractérisé par un discours de paix (pour développer son influence) et une pratique de guerre (pour asseoir son pouvoir). En 1917, il est né en utilisant les sentiments pacifistes de la population russe qui voulait en finir avec la guerre ; en fait, il a conduit une guerre qui a fait 20 millions de morts. En 1939, par contre, ce sont les vertus de la propagande soviétique qui se sont révélées. Avec le pacte germano-soviétique, les communistes du monde entier ménagent Hitler et fustigent la guerre impérialiste de l’Angleterre et de la France. Le 22 juin 1941, avec l’invasion de l’URSS, tout change : c’est le fascisme qui devient l’ennemi à abattre et les impérialistes des alliés. Cette conception de la guerre et de la paix (il y a des guerres « justes », celles qui favorisent l’URSS, et les guerres « injustes », celles qui la défavorisent) alliée à l’expansionnisme soviétique et à une propagande efficace va amener la création après 1945 du mouvement pacifiste.

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le retard des Soviétiques sur les Américains en matière atomique est manifeste. L’URSS va donc impulser un important mouvement pacifiste à l’Est, pour le décorum, et surtout à l’Ouest, contrôlé ou manipulé par elle. La bombe soviétique, la mort de Staline et la détente le rendent inutile au milieu des années 50, et c’est la fin de la première vague pacifiste. La seconde vague que nous connaissons actuellement apparaît avec l’invasion de l’Afghanistan et la « petite guerre froide » qui l’a suivie.

Boukovsky donne des faits, des dates, des textes qui prouvent bien que la manipulation du mouvement pacifiste occidental n’est pas un mythe, mais une réalité. Rien que pour ces passages, la lecture de son livre est très instructive. Mais il manque ensuite nettement d’objectivité. À part ce secteur manipulé du mouvement, sa direction selon Boukovsky, le gros des troupes est constitué de divers opportunistes (politiciens ou prêtres à la recherche de publicité ou de popularité par exemple) et surtout d’une masse de jeunes imbéciles, sincères mais qui n’en font pas moins le jeu de l’URSS. Le jargon léniniste a même une expression pour les qualifier : les « imbéciles utiles ».

Ce livre contient quand même des arguments plus profonds que celui-là. « L’une des plus graves erreurs du mouvement pacifiste européen et de ses idéologues est leur refus manifeste de prendre en compte la nature du régime soviétique » dit-il. Le désarmement est une idée utopique car l’URSS n’est pas comparable aux USA. Le régime repose sur cette politique agressive. Les dirigeants soviétiques n’ont pas peur de l’Occident mais de leur propre population : tout échec dans leur expansion peut avoir des répercussions internes et entraîner leur chute, car cet échec serait un signe d’affaiblissement. On ne parviendra à la paix mondiale que si le régime soviétique se démocratise. Dans ce cadre, la tactique pacifiste est vouée à l’échec, mais le surarmement occidental aussi. Il ne sert à rien d’entasser des bombes et des missiles pour lutter contre l’URSS, mais il faut aider la population soviétique dans sa lutte contre les communistes. Pour cela, il faut interrompre l’aide économique aux Pays de l’Est, aide qui permet à ces régimes de mieux tenir leur population. Mais les banquiers et les industriels de l’Ouest s’y opposent car ils ne veulent pas sacrifier une part de profits.

L’erreur de Boukovsky est double : d’un côté il met tous les pacifistes dans le même sac à partir d’une dénonciation de certains d’entre eux manipulés ou utilisés par Moscou, de l’autre il donne une solution au problème de la paix dans le monde assez satisfaisante puisqu’il s’agit de la chute du régime soviétique, mais sans donner de moyens pratiques pour y parvenir. Écrit en 1982, ce pamphlet n’aborde à aucun moment le pacifisme de l’Est qui est déjà bien développé à cette date : mauvaise information ou mise à l’écart de faits ne cadrant pas avec la thèse générale ? « Il y a à l’Est 400 millions d’êtres humains dont on a volé la liberté et qui mènent une existence misérable. La paix ne sera pas possible tant qu’ils seront esclaves et c’est seulement avec eux (et non avec leurs bourreaux) que nous devrions travailler à instaurer la paix universelle ». Une partie du mouvement pacifiste occidental, celle qui manifeste contre les Pershing II et les SS20 et qui collabore avec les pacifistes de l’Est et les soutient, semble avoir décidé d’appliquer cette recommandation de Boukovsky. Oui, il existe des pacifistes qui travaillent réellement pour la paix. Et comble d’ironie, ce sont des « imbéciles » qui mettent en pratique les réflexions théoriques de Boukovsky, sans les connaître probablement.

Dimitrov

Vladimir Boukovsky, « Les pacifistes contre la paix », Laffont, Paris 1982


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