La Presse Anarchiste
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Iztok (hors série de septembre 1982)
Une manifestation en faveur de Paraschiv
Article mis en ligne le 11 juillet 2008
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Si nous publions ce reportage, c’est d’une part parce qu’il constitue un compte rendu complet et irréprochable d’une importante action menée en faveur de Paraschiv et, d’autre part, pour que le lecteur français puisse se faire une idée plus précise sur ce poste de radio qui est, de loin, le plus écouté en Roumanie. Néanmoins pour que cette idée ne soit pas erronée, plusieurs remarques s’imposent.

Fondée pendant la guerre froide, longtemps surveillée par la CIA, actuellement financée par le Congrès américain Radio Free Europe est conçue, organisée et fonctionne selon les intérêts des États-Unis. Ceci s’est vérifié dans le passé ― lorsque cette radio appelait la population à la résistance contre l’URSS et les partis satellites promettant démagogiquement un appui militaire américain ―, et apparaît clairement aujourd’hui lorsqu’il s’agit des informations concernant les agissements impérialistes des USA dans le monde, surtout en Amérique Latine. Néanmoins, la désinformation grossière et surtout l’absence d’information qui règne à l’Est ainsi que le fait que les USA n’ont pas des intérêts précis dans ces pays, confèrent incontestablement à Radio Free Europe une marge d’autonomie et d’objectivité dans le domaine des informations concernant le camp « socialiste ». Le combat à l’Est tient compte et s’appuie sur cet aspect de la radio, la solidarité avec ce combat ne peut pas l’ignorer. Mais contrairement au premier, dans le second cas on peut prendre une distance critique, politique à l’égard de cette radio. Malheureusement peu le font notamment chez les roumains dont les structures organisationnelles en exil (revues, cercles, comités, organisations politiques) sont très faibles. Pour ce qui est de nous libertaires, et de tous les opposants de gauche, même si les informations nous concernant (indispensables pour se faire connaître en Roumanie) sont correctes il est hors de question d’entretenir la moindre ambiguïté quant à nos rapports avec Free Europe. Non seulement nous considérons que l’on ne peut pas s’opposer à une superpuissance (soviétique) en s’appuyant sur une autre (nord-américaine), mais nous combattons pour l’autonomie totale aussi bien des luttes à l’intérieur que de la solidarité à l’extérieur.

Le texte qui suit constitue, rappelons le, la seule information que les gens en Roumanie ont eu sur l’action du Comité Paraschiv.

Radio diffusé par Radio Free Europe en Roumanie dans la soirée du 1er mars 1982

Vendredi 26 février à 18 heures au coin de la rue St Dominique et de l’avenue Bosquet, dans le VIIème arrondissement, c’est à dire devant l’entrée principale de l’ambassade de Roumanie.

bande sonore : « Nous voulons, nous aurons la vérité sur Paraschiv »…

L’ambassade, protégée par de nombreux policiers, ressemble plus que jamais à une casemate, avec toutes les lumières éteintes. Quelqu’un dit, en blaguant : « Tiens ils appliquent aussi l’économie d’électricité, comme à Bucarest ! » Une autre personne rétorque : « Mais non, ils ont peur de la lumière au propre comme au figuré ».

En effet ils ont peur. Ils ont peur de cette manifestation organisée par le Comité Paraschiv, comité de tendance anarchiste, fondé à Paris en février 1981. Nous avons pu apprendre, par des indiscrétions provenant de l’ambassade même, qu’il y règne depuis quelques jours une atmosphère d’état de siège, d’autant plus que l’ambassadeur n’a pas pu obtenir auprès de la préfecture de Paris l’interdiction de la manifestation. C’est pourquoi M. Manescu a tenté vendredi en désespoir de cause une manœuvre de dernière heure. Deux des plus importants syndicats français, la CFDT et la FEN, essayaient ― en vain ― depuis plus d’une semaine d’envoyer une délégation pour obtenir des nouvelles sur le sort de Paraschiv. Et voilà que soudain, le jour même de la manifestation, on leur téléphone à 11h pour leur annoncer que l’on veut bien les recevoir à 13h. Les délégations, dirigées par les responsables des relations internationales des deux syndicats, se sont entretenues durant trois quart d’heure avec M. l’ambassadeur Manescu. Mais ce dernier n’a pas pu ou n’a pas voulu donner des réponses concrètes aux demandes des syndicalistes concernant notamment l’envoi d’une délégation syndicale française en Roumanie afin de rencontrer Paraschiv. Quant au sort de celui-ci, l’ambassadeur a déclaré ― en utilisant le conditionnel ― que selon les informations dont il dispose, Paraschiv serait en vie.

À mentionner qu’un autre syndicat, FO, est intervenu auprès de la CISL et que par conséquent seule la CGT, communiste, ne s’est pas manifestée. Par ailleurs, une action en faveur de Paraschiv a été entreprise également par Amnesty International.

Mais revenons à la manifestation de vendredi soir qui s’est déroulée conformément à ce que l’on pouvait prévoir, dans l’absence de toute information sérieuse de la part de l’ambassade.

bande sonore : « En Pologne, en Roumanie, les travailleurs veulent vivre dans des syndicats libres ! »

Peu après 18h, comme l’ambassade a refusé de recevoir une délégation du Comité Paraschiv, les manifestants se rassemblent autour d’une banderole en toile rouge et noire, longue de plusieurs mètres, sur laquelle est marqué en grosses lettres blanches : « Vérité sur l’ouvrier syndicaliste Paraschiv ». Tout de suite après, d’autres banderoles sont déroulées et plusieurs pancartes surgissent, dont une exige la libération de Mme Carmen Popescu, membre du SLOMR récemment condamnée et qui a déclaré une grève de la faim en prison. Sur une autre, en dessous du nom et de la photographie du prêtre Gheorghe Calciu est marqué : « Demandez sa libération ! ». D’ailleurs les manifestants, parmi lesquels de nombreux roumains, ont crié à plusieurs reprises des slogans exigeant leur libération.

Les membres du Comité Paraschiv distribuent aux passants, nombreux à cette heure-là, des manifestes, dont l’un rédigé deux heures seulement auparavant, précise que la Securitate a de nouveau interrompu une liaison téléphonique du Comité avec la famille Paraschiv. Plus loin, le manifeste démasque, nous citons : « les mesures toujours plus autoritaires, anti-populaires et répressives prises par le régime roumain » et finit par ces phrases, nous citons à nouveau : « Non au décret anti-ouvrier du 29 février 1981 Vive la lutte des travailleurs roumains pour la constitution de syndicats libres et autogérés ! »

Les responsables du Comité Paraschiv s’adressent par haut parleur aux passants ainsi qu’aux diplomates roumains verrouillés à l’intérieur de l’ambassade :

bande sonore : « Nous avons lancé un appel public mais nous n’avons reçu aucune réponse de la part des autorités roumaines qui en ce moment se cachent là derrière les fenêtres, protégées par la police. Nous voulons la vérité ! Vous avez éteint les lumières, mais vous pouvez très bien nous voir même sans lumière, ce n’est pas compliqué n’est-ce pas Qu’est devenu l’ouvrier syndicaliste V. Paraschiv, disparu en Roumanie il y a trois ans ? Le comité demande qu’une délégation soit reçue à l’ambassade ! »

À la manifestation organisée par le Comité Paraschiv ont pris également part plusieurs membres de la Ligue pour la Défense des Droits de l’Homme en Roumanie ainsi que le dissident soviétique Victor Fainberg et l’écrivain Paul Goma. Le premier nous a déclaré en russe qu’il joint sa voix à celles des amis roumains et français qui exigent la libération de Paraschiv.

bande sonore

Les slogans et déclarations que vous venez d’entendre n’ont pas besoin de commentaires. Ceux qui à Bucarest sont responsables de la répression contre Paraschiv, Carmen Popescu, Gheorghe Calciu et tant d’autres devraient réfléchir un peu plus aux réactions de l’opinion publique occidentale.

Correspondance de Paris de Radio Free Europe


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