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Témoins n°30 (été 1962)
Lectures
Albert Camus, Carnets, mai 1935 - février 1942, Gallimard.
Article mis en ligne le 10 mars 2008

par Samson (Jean-Paul)
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Déjà
nous avions eu le privilège de pouvoir offrir, dans notre
précédent cahier, quelques extraits de ces « Carnets »
dont le présent volume rassemble le texte intégral
entre les dates ci-dessus indiquées. Mine de renseignements,
d’abord, quant à la genèse des grandes œuvres :
Noces, l’Etranger, Sisyphe, Caligula, la Peste. Mais
laissons cela aux spécialistes. Disons aujourd’hui
simplement que ce qui frappe tout d’abord, c’est, outre la
volontaire sûreté de l’expression, la progressive
accession au sens, toujours plus exigeant, de la liberté. Je
dis bien progressive accession car si Camus, dès 37, rompt
avec le parti, il lui faudra encore un certain temps (nous le notions
dans notre n° 29 à l’occasion de telles des pages du
début de la guerre) avant de s’élever résolument
sans cesser pour autant d’être solidaire des humiliés
et offensés, au-dessus de la tentation du grégaire. « De
plus en plus, devant le monde des hommes, finit-il par écrire,
la seule réaction est l’individualisme. » Pas exclu,
même, qu’il éprouve un instant (qui donc ne la
connaît ?) la tentation contraire. « Se retirer tout
entier, note-t-il, et jouer son jeu. » Presque du barrésisme ?
Que non — car tout aussitôt il ajoute cette parenthèse :
« (Idiot)… »

Cherchant
une autre référence, quelques instants je viens de
refeuilleter le livre — et tout à coup je me reproche de
parler surtout de sa pensée. Quelles pages de poète
parfait et sans recherche, sur Florence ou Fiésole, et surtout
sur son Algérie. Du 18 mars 41 : « Les hauteurs au-dessus
d’Alger débordent de fleurs au printemps. L’odeur de miel
des roses jaunes coule dans les petites rues. D’énormes
cyprès noirs laissent gicler à leur sommet des éclats
de glycine et d’aubépine dont le cheminement reste caché
à l’intérieur. Un vent doux, le golfe immense et
plat. Du désir fort et simple — et l’absurdité de
quitter tout cela. » Lire aujourd’hui ces derniers
mots ; ô honte à nous tous. —

Pour
la « pensée », où en étais-je ? Que son
sens de la liberté (« Beauté, mon pire souci, avec
la liberté ») peu à peu mûrit et se libéra.
Mais dès le début — et c’est ce qui fait qu’il ne
pouvait en être autrement de son message — tout l’homme est
donné. Quand par exemple il écrit dès la page
76 : « Ne pas céder : tout est là. Ne pas consentir,
ne pas trahir. »

Et
c’est la même lucidité, le même honneur (Camus
est l’un de ces hommes, si rares, chez qui le mot conscience a
toujours ses deux sens à la fois) qui préside à
sa conception du métier d’écrire : « La
véritable œuvre d’art est celle qui dit moins. Il y a un
certain rapport entre l’expérience globale d’un artiste,
sa pensée plus sa vie…, et l’œuvre qui reflète
cette expérience. Ce rapport est mauvais lorsque l’œuvre
d’art donne toute l’expérience entourée d’une
frange de littérature. Ce rapport est bon lorsque l’œuvre
est une part taillée dans l’expérience… — Le
problème est d’acquérir ce savoir-vivre (avoir vécu
plutôt) qui dépasse le savoir-écrire. Et dans la
fin le grand artiste est avant tout un grand vivant (étant
compris que vivre, ici, c’est aussi penser sur la vie — c’est
même ce rapport subtil entre l’expérience et la
conscience qu’on en prend). »

J.
P. S.


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