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Témoins n°30 (été 1962)
Lectures
Témoin et acteur
Article mis en ligne le 10 mars 2008

par Belle (Georges)
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Il
n’est point de vrai témoin qui ne soit aussi acteur. Une
lucidité, impitoyable et créatrice, n’a jamais sauvé
quiconque de la mort, bien au contraire. Et témoigner ne
dispense pas non plus de vivre. Le « Témoin » de
Roger Besus (aux Editions Albin Michel), poète tragique
— ne vit-il pas en poète avant même que d’écrire
des vers ? — et souffrant — ne va-t-il pas céder aux
assauts de la maladie ? — nous le prouve une fois de plus.

Livre
fort, roman sans concessions que cette dernière œuvre de
Besus, proche des œuvres d’un Bernanos ou d’un Green. Œuvre
romantique sans doute, les personnages ignorant toute compromission
sociale, toute préoccupation matérielle, mais humaine
surtout, car ces mêmes personnages ont pour lot une immense
part de rêve et d’amour. L’œuvre est écrite avec
une sorte de fièvre, sans repos ni faiblesses, où
s’insèrent d’une façon tout à fait
remarquable descriptions précises (celles, par exemple, de la
Seine des environs d’Elbeuf) et dialogues passionnés (ceux
du poète et de ses amis).

Quels
sont donc les amis de ce Témoin, frère d’un Antonin
Artaud plus encore que d’un Arthur Rimbaud ? Gabriel Audrieu,
compositeur très sensible à l’art du poète :
Lévy-Fuchs, juif généreux si tendrement
mystique ; Françoise, fille de ce dernier, enfant pleine de
ferveur qui vivra une exceptionnelle aventure en barque avec Jean
Dauvray (tel est le nom du poète-témoin) ;
Camilla, jeune bonne qui ne connaît que l’amour, dans
l’humiliation comme dans la souffrance ; Longueil médecin
médiocre et bafoué, ne manquant pourtant ni de courage
ni de clairvoyance, honnête dans sa profession sinon avec
lui-même, que Dauvray délivrera ; sa femme, Ida, jeune
bourgeoise ambitieuse, folle de son corps, belle jusqu’à la
honte.

Que
ces amis sont donc nécessaires au poète, qui lui
permettent de témoigner une ultime fois, et par l’œuvre et
par le geste ! Aussi, ce beau roman, si différent de ceux
que la mode affiche aux vitrines des librairies, illustre-t-il à
souhait l’épigraphe du livre, extraite d’un texte d’Andrée
Chedid : « Les poètes sont de la cité… Les
poètes ont visage de vivant. Ils assument leur siècle,
ses responsabilités — mais non ses formules. »
N’est-ce
pas là l’idéal auquel veut atteindre Jean Dauvray —
comme tout vrai et grand poète — : assumer les
responsabilités de son siècle et non ses formules, son
esprit et non ses mœurs.

Georges
Belle


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