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Témoins n°29 (mars 1962)
Lectures
Yves Gibeau, La guerre, c’est la guerre…, Calmann-Lévy.
Article mis en ligne le 3 mars 2008

par Proix (Robert)
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Yves
Gibeau nous avait déjà gâtés avec deux
précédents ouvrages de la même veine :
Allons-z-enfants et Les Gros Sous. La guerre, c’est la
guerre…
ne pourra que nous confirmer dans notre opinion que le
roman dit « engagé » n’est pas forcément,
comme le prétendit naguère Eugène Montfort, un
mauvais roman. Certes on comprend bien, dès l’abord, qu’Yves
Gibeau n’a pas tellement voulu faire œuvre littéraire : le
réalisme des situations qu’il nous décrit ne s’y
prêterait guère, en un sens. Tous ces soldats et
officiers, de réserve ou de carrière, s’expriment
comme vous et moi, et les circonstances où il se débattent
ne leur permettent pas de parler comme M. Daniel-Rops en mission de
conférencier littéraire auprès des auditoires
bien-pensants…

Aux
prises avec la « drôle de guerre », puis avec les
premiers assauts de la Luftwaffe, le peloton de motorisés
auquel appartient Scalby, principal protagoniste de l’histoire, est
un microcosme de ce que pouvait être l’armée française
à cette époque, livrée à l’incompétence
d’états-majors toujours en retard d’une guerre et à
la stupidité combien suffisante d’officiers subalternes
primaires et mal embouchés. Ceux qui ont « fait 14-18 »
et qui avaient dépassé l’âge de « faire
39-45 » retrouveront là des situations parfaitement
identiques à celles qu’ils ont vécues il y a 45 ans,
car rien ne se modifie dans le comportement de l’homme en général
et du galonné en particulier, en quelque siècle et sous
quelque méridien qu’ils se manifestent. Un capitaine
Wasselet, chef direct de Scalby, se reproduit à de nombreux
exemplaires, sous l’uniforme ; « dans le civil » marchand
forain, ou mécano, ou garçon de café, ou
manœuvre industriel, l’individu que sa « bravoure » a
promu dans la hiérarchie militaire devient pour ses
subordonnés, huit fois sur dix, un vulgaire tortionnaire.

Ceux qui
n’ont oublié ni le soldat Bersot, fusillé en 1917
pour avoir refusé de porter un pantalon ensanglanté, ni
les martyrs de Vingré, reconnaîtront dans le malheureux
motocycliste Jouf la victime toute désignée, pour les
prochains « exemples » par la hargne d’un trois-galons !
Ils ne liront pas sans émotion les carnets de guerre du père
de Scalby, composés en 1915 et 1916, et que le fils découvre
par hasard lors de la mort du vieillard, à la veille de
l’offensive allemande de mai 1940. Ils reverront l’armée
retrouver là, comme toujours, son noble visage en forme de
gueule hirsute. Et certains aventuriers d’aujourd’hui se
reconnaîtront aisément sous les traits du capitaine
Wasselet, condottiere et truand façon XXe siècle.

Scalby,
« dans le civil » écrivain, et archéologue,
se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère. De par
des circonstances longuement décrites au cours de l’ouvrage,
il se trouve en proie à un drame de conscience dont il ne se
libérera que par la désertion.

Dans sa
« prière d’insérer », l’éditeur a
la gentillesse de déclarer qu’il ne s’agit là
« nullement d’un livre contre l’armée ». Non,
c’est seulement un livre tout ce qu’il y a de plus
antimilitariste. A part ça…

R. P.


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