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Les Temps Nouveaux n°1 (15 juillet 1919)
Deux hommes
Article mis en ligne le 17 décembre 2007

par Jacques (Henri)
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Henri
JACQUES, l’auteur de Nous… de la Guerre, collaborera aux
Temps Nouveaux.

Je
tiens personnellement à remercier notre camarade de
l’empressement avec lequel il accepta de collaborer à notre
Revue. Henri Jacques est un ami de pendant la guerre ; nous
appartenions à la même unité et nous y avons
connu les mêmes souffrances, les mêmes angoisses et aussi
les mêmes espoirs.

Que
ce soit dans la boue « glorieuse » du Santerre,
suivant l’expression d’un général commandant notre
corps d’armée, dont le génie s’exerça
principalement à brimer le poilu. Que ce soit sur les flancs
de ce Mont Cornillet crayeux et dénudé, dont la cime
semblait être un volcan crachant du matin au soir et du soir au
matin une pluie de fer et de feu !… Que ce soit dans ce Verdun
maudit où la mort nous guettait à chaque pas, partout
nous avons connu les mêmes horreurs de cette guerre infernale
et partout, hélas ! nous avons laissé dans
quelques endroits déjà oubliés, de bons
camarades au cœur généreux.

Et
puisque cette grande faucheuse d’hommes qu’est la guerre a daigné
nous épargner, travaillons de toute notre énergie et de
notre intelligence, nous qui, mieux que M. Barrès, savons tout
le mal qu’elle a fait, à en empêcher le sombre et
sanglant retour.

Jacques
Guérin

Deux hommes

Un même obus les a plongés
Dans la boue où la mort se vautre,
Alors qu’ils fonçaient l’un sur l’autre
Comme deux taureaux enragés.
 
La même destinée leur creuse
Un trou quelconque à fonds perdus,
Leur sang, sur le sol répandu,
Fait la même tache vineuse.
 
De leurs prunelles agrandies
Dont la douleur ternit l’éclat,
Voici que la haine s’en va,
La grande colère est finie.
 
Ces gars que n’a jamais hanté
Le souci de savoir les causes,
Dans leur coeur, un instant, se pose
L’éblouissante vérité.
 
Ils se regardent, ils comprennent
Qu’ils sont les douloureux pantins
Que fait se choquer le destin
Au nom des principes de haine.
 
Ils ont obéi sans savoir
Cette sublime duperie :
« Pour moi, leur criait la Patrie ;
Conquêtes, honneurs… le devoir ! »
 
Ils se regardent en silence
Dans une sorte de réveil,
Ils se voient tristement pareils,
Ces deux ennemis en présence.
 
Si leurs mains s’étreignent encore,
Ce n’est plus pour l’oeuvre de guerre,
Ils se sentent comme des frères
Que va réconcilier la mort.
 
Les peuples jetés dans la lice
Sous l’oeil narquois des vieux Césars,
Esclaves des rouges hasards
Et d’une incertaine injustice.
 
Seront-ils toujours condamnés
À se reconnaître et s’absoudre,
Trop tard, à l’heure de la foudre,
A travers le gouffre entraînés ?

Henry Jacques (La symphonie héroïque, Marche funèbre.)


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