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L’unique n°9 (avril 1946)
La Fontaine et sa Philosophie
Article mis en ligne le 7 décembre 2007
dernière modification le 19 juillet 2008

par Ixigrec
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Rousseau, dans son Émile, parlant des fables en général et de celles de La Fontaine en particulier (qu’il admire d’ailleurs) dit a peu près ceci : « on fait apprendre les fables de La Fontaine à tous les enfants et il n’y en a pas un seul qui les entende. Quand ils les entendraient ce serait encore pis, car la morale en est tellement mêlée et si disproportionnée à leur âge qu’elle les porterait plus au vice qu’à la vertu ». Un peu plus loin il dit encore : « Ainsi donc la morale de la première fable est pour l’enfant une leçon de la plus basse flatterie ; celle de la seconde une leçon d’inhumanité ; celle de la troisième une leçon d’injustice ; celle de la quatrième une leçon de satire ; celle de la cinquième une leçon d’indépendance. Quand vous leur donnez des préceptes qui se contredisent quel fruit espérez-vous de vos soins ? ».

Son point de vue est assez juste concernant le rôle éducatif et pédagogique de ces fables et, il aurait pu relever bien d’autres contradictions et amoralités dans l’œuvre du sage fabuliste, mais sa tendance moralisatrice lui interdisait l’analyse de cette conception de la vie si différente de la sienne.

Comment, dira-t-on, peut-on parler ici de philosophie, puisque le fabuliste n’a fait que versifier des fables qu’il n’a point inventées et dont la morale n’est pus de lui ? Tout au plus peut-on lui reconnaître un réel génie poétique, un remarquable don pour la création de ces petits chefs-d’œuvre, qui charment pur leur fraîcheur et leur harmonieuse composition, mais tout cela sans apparence suivie, cohérence et bien définie.

Nous verrons, au cours de cette étude, que si La Fontaine a puisé dans les fables de ses devanciers la plupart de ses sujets, il a tout de même fait un choix conformément à ses conceptions personnelles et que ces sujets eux-mêmes disparaissent au second plan, tandis que ces observations, ses conclusions constituent à elles seules le fond véritable de ses méditations. Nous verrons d’autre part, en résumant ces observations, que sous d’apparentes et nombreuses contradictions se devinent une parfaite unité, une compréhension très profonde de la psychologie humaine, une création surprenante d’un type humain indépendant, débrouillard, généreux, prudent, aventureux, rusé, audacieux, s’inspirant d’une réelle philosophie individualiste peu susceptible de créer de « bons citoyens ».

C’est donc dans les réflexions personnelles dont sont émaillées ses fables qu’il faut trouver cette philosophie, et c’est en étudiant l’œuvre dans son ensemble, et non partiellement, qu’il est possible de supprimer les contradictions et les « morales » amorales.

Quand on sait que c’est près de la cinquantaine que La Fontaine se mit à composer ses fables, et qu’il les continua jusqu’à sa mort, on peut supposer que c’est bien là le fruit de ses observations et, de ses méditations.

Ces fables au nombre de 239, réparties en 12 livres, se présentent sans ordre particulier et il est difficile de savoir si leur auteur les a créées dans l’ordre où elles ont été publiées, ou si elles ont été ensuite ordonnées et classées autrement, Je les ai donc toutes reprises et reclassées selon leur caractère dominant.

J’ai reconnu quatre de ces caractères : 1° Lutte pour la vie. 2° Entr’aide. 3° Éthique. 4° Psychologie.

Le premier de ces groupes compte 7 fables ; l’Entraide 12 ; l’Éthique 93 ; la Psychologie 55. Quatre fables m’ont paru indécises.

On voit tout de suite que la lutte l’emporte sérieusement sur l’entraide, mais le détail de ces classements nous réserve quelques surprises.

Commençons par la lutte pour la vie, en voici le détail : les fables qui conseillent ou justifient la méfiance sont au nombre de 15, la prévoyance 10, la prudence 10, l’adaptation 7 ; de ne compter que sur soi 5, la fourberie 5, la raison du plus fort 5, l’ingratitude 5, la duperie 3, la corruption 2, la mauvaise association 2, à chacun son métier 2 ; enfin la méchanceté, la crédulité, l’apologie de la force, de la douceur de l’aventure, ne comptent qu’une fable.

L’Amitié se contente de 6 fables, tout comme l’Entraide.

L’Éthique avec ses 93 fables se détaille ainsi : Sagesse 17, Vanité-Orgueil 10, contre les grands 9, Avarice 6, contre le mariage et l’amour 6, Liberté 5, Optimisme 5, Modestie 4, Médisance 3, Irréligion 3, Procès. 3, Honnêteté 2, Scepticisme 2, pour l’amour 2, l’Utile contre le Beau 2. Toutes les autres particularités ne nombrent qu’une seule fable : Cruauté en amour, Oubli des défunts, Moquerie, Faux amis, Paresse, Indulgence, Exemple, Éducation, Courtisans, Importuns, Débiteurs, Droit des animaux, Parasites, Protestation contre le sort.

Enfin la Psychologie nous donne ceci : Sottise 8 fables ; Bavardage 7 ; Fanfaronnade 6 ; le naturel ne change pas 6 ; Intelligence des bêtes 4 ; Projets 3 ; S’aimer tel qu’on est 2 ; Illusion 2 ; Erreur 2 ; Ordre, méthode 2 ; Corriger la nature 2 ; Le savoir 2 ; Imitateurs 2 ; Pouvoir des fables 2. Les autres n’en comptent qu’une seule : Insouciance, Nullité, Incapacité, Le destin, Diversité des êtres.

On objectera que ce classement est arbitraire et qu’on pourrait en faire un autre, tout différent. Cela est sûr. Il y a des fables dont le contenu très riche comporte à la fois plusieurs conclusions, mais on verra par les nombreuses citations qui vont suivre que la caractéristique dominante est à peu près celle que j’ai choisie.

Si mon classement est juste, un premier fait s’impose : la sagesse vient en tête avec 17 fables, puis la méfiance avec 13, suivent la vanité et l’orgueil avec 10 ; viennent ensuite la prévoyance, l’adaptation, la prudence, l’hostilité aux grands qui n’en ont chacune que 9. Enfin la sottise et le bavardage ne viennent qu’après, bien que précédant l’entr’aide et l’amitié.

Ce qui veut dire que La Fontaine nous parle une fois de sagesse et d’amitié et nous avertit deux fois des traîtrises de la vie.

Enfin dans le domaine psychologique il aborde avec les deux sujets : « le naturel ne change pas » et : « s’aimer tel qu’on est » un des aspects les plus surprenants de la conscience, produit fortuit des hasards biologiques et on s’aperçoit qu’il a parfaitement analysé ce côté troublant de la personnalité.

- 0 -

Commençons par LA LUTTE POUR LA VIE, avec les fables sur la méfiance, la tromperie et la fourberie.

Dans « Le Renard et la Cigogne », La Fontaine conclut :

Trompeurs, c’est pour vous que j’écris,
Attendez-vous à la pareille.

Dans « Le Coq et le Renard », il termine ainsi :

Car c’est double plaisir de tromper le trompeur.

Il nous apprend plus loin que le loup devenu berger finit plutôt mal

Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre.
Quiconque est loup agisse en loup.
C’est le plus certain de beaucoup.

Le chevreau se méfiant du loup et lui demandant de montrer patte blanche amène cette réflexion :

Deux sûretés valent mieux qu’une
Et le trop en cela ne fut jamais perdu.

La mère souris, dans « Le Cochet, le Chat et le Souriceau », dit à celui-ci

Garde-toi tant que tu vivras
De juger des gens sur la mine.

« Le Renard, le Loup et le Cheval » se termine par la déconfiture du loup et par ces sages paroles :

Frère, dit le renard, ceci nous justifie
Ce que m’ont dit des gens d’esprit ;
Cet animal vous a sur la mâchoire écrit
Que de tout inconnu le sage se méfie.

La fable du « Chat et du vieux Rat » nous montre un chat retors et un vieux rat des plus méfiants.

« Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille,
S’écria-t-il de loin au général des chats.
Je soupçonne dessous encor quelque machine
Rien ne te sert d’être farine.
Car quand tu serais sac je n’approcherais pas. »
C’était bien dit à lui : j approuve sa prudence.
Il était expérimenté,
Et savait que la méfiance
Est mère de la sûreté. »

Rousseau, dans son Émile, parlant des fables en général et de celles de La Fontaine en particulier (qu’il admire d’ailleurs) dit a peu près ceci : « on fait apprendre les fables de La Fontaine à tous les enfants et il n’y en a pas un seul qui les entende. Quand ils les entendraient ce serait encore pis, car la morale en est tellement mêlée et si disproportionnée à leur âge qu’elle les porterait plus au vice qu’à la vertu ». Un peu plus loin il dit encore : « Ainsi donc la morale de la première fable est pour l’enfant une leçon de la plus basse flatterie ; celle de la seconde une leçon d’inhumanité ; celle de la troisième une leçon d’injustice ; celle de la quatrième une leçon de satire ; celle de la cinquième une leçon d’indépendance. Quand vous leur donnez des préceptes qui se contredisent quel fruit espérez-vous de vos soins ? ».

Son point de vue est assez juste concernant le rôle éducatif et pédagogique de ces fables et, il aurait pu relever bien d’autres contradictions et amoralités dans l’œuvre du sage fabuliste, mais sa tendance moralisatrice lui interdisait l’analyse de cette conception de la vie si différente de la sienne.

Comment, dira-t-on, peut-on parler ici de philosophie, puisque le fabuliste n’a fait que versifier des fables qu’il n’a point inventées et dont la morale n’est pus de lui ? Tout au plus peut-on lui reconnaître un réel génie poétique, un remarquable don pour la création de ces petits chefs-d’œuvre, qui charment pur leur fraîcheur et leur harmonieuse composition, mais tout cela sans apparence suivie, cohérence et bien définie.

Nous verrons, au cours de cette étude, que si La Fontaine a puisé dans les fables de ses devanciers la plupart de ses sujets, il a tout de même fait un choix conformément à ses conceptions personnelles et que ces sujets eux-mêmes disparaissent au second plan, tandis que ces observations, ses conclusions constituent à elles seules le fond véritable de ses méditations. Nous verrons d’autre part, en résumant ces observations, que sous d’apparentes et nombreuses contradictions se devinent une parfaite unité, une compréhension très profonde de la psychologie humaine, une création surprenante d’un type humain indépendant, débrouillard, généreux, prudent, aventureux, rusé, audacieux, s’inspirant d’une réelle philosophie individualiste peu susceptible de créer de « bons citoyens ».

C’est donc dans les réflexions personnelles dont sont émaillées ses fables qu’il faut trouver cette philosophie, et c’est en étudiant l’œuvre dans son ensemble, et non partiellement, qu’il est possible de supprimer les contradictions et les « morales » amorales.

Quand on sait que c’est près de la cinquantaine que La Fontaine se mit à composer ses fables, et qu’il les continua jusqu’à sa mort, on peut supposer que c’est bien là le fruit de ses observations et, de ses méditations.

Ces fables au nombre de 239, réparties en 12 livres, se présentent sans ordre particulier et il est difficile de savoir si leur auteur les a créées dans l’ordre où elles ont été publiées, ou si elles ont été ensuite ordonnées et classées autrement, Je les ai donc toutes reprises et reclassées selon leur caractère dominant.

J’ai reconnu quatre de ces caractères : 1° Lutte pour la vie. 2° Entr’aide. 3° Éthique. 4° Psychologie.

Le premier de ces groupes compte 7 fables ; l’Entraide 12 ; l’Éthique 93 ; la Psychologie 55. Quatre fables m’ont paru indécises.

On voit tout de suite que la lutte l’emporte sérieusement sur l’entraide, mais le détail de ces classements nous réserve quelques surprises.

Commençons par la lutte pour la vie, en voici le détail : les fables qui conseillent ou justifient la méfiance sont au nombre de 15, la prévoyance 10, la prudence 10, l’adaptation 7 ; de ne compter que sur soi 5, la fourberie 5, la raison du plus fort 5, l’ingratitude 5, la duperie 3, la corruption 2, la mauvaise association 2, à chacun son métier 2 ; enfin la méchanceté, la crédulité, l’apologie de la force, de la douceur de l’aventure, ne comptent qu’une fable.

L’Amitié se contente de 6 fables, tout comme l’Entraide.

L’Éthique avec ses 93 fables se détaille ainsi : Sagesse 17, Vanité-Orgueil 10, contre les grands 9, Avarice 6, contre le mariage et l’amour 6, Liberté 5, Optimisme 5, Modestie 4, Médisance 3, Irréligion 3, Procès. 3, Honnêteté 2, Scepticisme 2, pour l’amour 2, l’Utile contre le Beau 2. Toutes les autres particularités ne nombrent qu’une seule fable : Cruauté en amour, Oubli des défunts, Moquerie, Faux amis, Paresse, Indulgence, Exemple, Éducation, Courtisans, Importuns, Débiteurs, Droit des animaux, Parasites, Protestation contre le sort.

Enfin la Psychologie nous donne ceci : Sottise 8 fables ; Bavardage 7 ; Fanfaronnade 6 ; le naturel ne change pas 6 ; Intelligence des bêtes 4 ; Projets 3 ; S’aimer tel qu’on est 2 ; Illusion 2 ; Erreur 2 ; Ordre, méthode 2 ; Corriger la nature 2 ; Le savoir 2 ; Imitateurs 2 ; Pouvoir des fables 2. Les autres n’en comptent qu’une seule : Insouciance, Nullité, Incapacité, Le destin, Diversité des êtres.

On objectera que ce classement est arbitraire et qu’on pourrait en faire un autre, tout différent. Cela est sûr. Il y a des fables dont le contenu très riche comporte à la fois plusieurs conclusions, mais on verra par les nombreuses citations qui vont suivre que la caractéristique dominante est à peu près celle que j’ai choisie.

Si mon classement est juste, un premier fait s’impose : la sagesse vient en tête avec 17 fables, puis la méfiance avec 13, suivent la vanité et l’orgueil avec 10 ; viennent ensuite la prévoyance, l’adaptation, la prudence, l’hostilité aux grands qui n’en ont chacune que 9. Enfin la sottise et le bavardage ne viennent qu’après, bien que précédant l’entr’aide et l’amitié.

Ce qui veut dire que La Fontaine nous parle une fois de sagesse et d’amitié et nous avertit deux fois des traîtrises de la vie.

Enfin dans le domaine psychologique il aborde avec les deux sujets : « le naturel ne change pas » et : « s’aimer tel qu’on est » un des aspects les plus surprenants de la conscience, produit fortuit des hasards biologiques et on s’aperçoit qu’il a parfaitement analysé ce côté troublant de la personnalité.

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Commençons par LA LUTTE POUR LA VIE, avec les fables sur la méfiance, la tromperie et la fourberie.

Dans « Le Renard et la Cigogne », La Fontaine conclut :

Trompeurs, c’est pour vous que j’écris,
Attendez-vous à la pareille.

Dans « Le Coq et le Renard », il termine ainsi :

Car c’est double plaisir de tromper le trompeur.

Il nous apprend plus loin que le loup devenu berger finit plutôt mal

Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre.
Quiconque est loup agisse en loup.
C’est le plus certain de beaucoup.

Le chevreau se méfiant du loup et lui demandant de montrer patte blanche amène cette réflexion :

Deux sûretés valent mieux qu’une
Et le trop en cela ne fut jamais perdu.

La mère souris, dans « Le Cochet, le Chat et le Souriceau », dit à celui-ci

Garde-toi tant que tu vivras
De juger des gens sur la mine.

« Le Renard, le Loup et le Cheval » se termine par la déconfiture du loup et par ces sages paroles :

Frère, dit le renard, ceci nous justifie
Ce que m’ont dit des gens d’esprit ;
Cet animal vous a sur la mâchoire écrit
Que de tout inconnu le sage se méfie.

La fable du « Chat et du vieux Rat » nous montre un chat retors et un vieux rat des plus méfiants.

« Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille,
S’écria-t-il de loin au général des chats.
Je soupçonne dessous encor quelque machine
Rien ne te sert d’être farine.
Car quand tu serais sac je n’approcherais pas. »
C’était bien dit à lui : j approuve sa prudence.
Il était expérimenté,
Et savait que la méfiance
Est mère de la sûreté. »

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LA PRÉVOYANCE est illustrée par « La Cigale et la Fourmi », fable souvent discutée, « L’Hirondelle et les petits Oiseaux », « La Mouche et la Fourmi ».

« La Fortune et le Jeune Enfant » renferme une merveilleuse leçon contre l’imprévoyance. Cet enfant est endormi sur le bord d’un puits :

La fortune passa, l’éveilla doucement, Lui disant :
« Mon mignon je vous sauve la vie.
Soyez une autre fois plus sage je vous prie.
Si vous fussiez tombé, l’on s’en fut pris à moi
Cependant c’était votre faute.

Et le fabuliste ajoute :

Est-on sot, étourdi, prend-on mal ses mesures
On pense en être quitte en accusant son sort
Bref la Fortune a toujours tort.

Mêmes réflexions au sujet de « L’ingratitude et de l’injustice des hommes envers la Fortune », un commerçant favorisé mais imprévoyant se trouve ruiné et son ami lui dit :

D’où vient cela ? — De la Fortune, hélas !
—Consolez-vous, dit l’autre, et, s’il ne lui plaît pas
Que vous soyez heureux, tout au moins soyez sage.

Et notre poète observe :

Le bien, nous le faisons ; le mal c’est la Fortune.
On a toujours raison, le destin toujours tort.

Nous connaissons tous « Petit Poisson et le Pêcheur » que termine cette réflexion devenue célèbre :

Un tiens vaut, se dit-on, mieux que deux tu l’auras
L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.

« Le Loup et le Chien maigre », ainsi que « Le Vieux Chat et la Jeune Souris » abondent également dans ce sens. Enfin « Le Renard et le Bouc » nous montre l’imprévoyance de ce dernier. Le renard tiré d’affaire lui dit narquoisement :

Si le ciel t’eut, dit-il, donné par excellence
Autant de jugement que de barbe au menton
tu n’aurais pas à la légère
Descendu dans ce puits. Or adieu, j’en suis hors
Tâche de t’en tirer et fais tous tes efforts.

Et le profit à tirer de ceci est :

En toute chose il faut considérer la fin.

En cette fable, comme en beaucoup d’autres, nous voyons la fripouillerie triompher de la bonne foi et, qu’en fin de compte, la morale tout court, celle qu’on veut enseigner dans les écoles, n’y trouve pas son dû.

L’ADAPTATION est fort bien illustrée par « Le Chêne et le Roseau » par « La Chauve-Souris et les deux Belettes ». La première de ces fables se résume en quelques mots :

Je plie et ne romps pas.

La seconde est riche d’enseignement car elle se prête à toutes sortes de moralités. La chauve souris entre les pattes d’une belette ennemie des souris s’écrie :

Moi souris ! des méchants vous ont dit ces nouvelles
Grâce à l’auteur de l’univers
Je suis oiseau : voyez mes ailes
Vive la gent qui fend les airs.

Mais, tombée entre les griffes de la deuxième belette qui hait les oiseaux, elle proteste

Moi pour telle passer ! vous n’y regardez pas.
Qui fait l’oiseau ? C’est le plumage.
Je suis souris : vive les rats
Jupiter confonde les chats.
Par cette adroite répartie
Elle sauva deux fois sa vie.

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NE COMPTER QUE SUR SOI s’illustre par « du Maître », « L’Alouette et ses petits avec le maître d’un champ », « Le Chartier embourbé », « Le Marchand, le Gentilhomme, le Pâtre et le Fils du Roi », « Le Fermier, le Chien et le Renard ».

Il n’est pour voir que l’œil du Maître, résume la première fable, mais c’est la troisième qui démontre le mieux ce point de vue. Voici la fin de cette fable connue de tous :

Prends ton pic et me romps ce caillou qui te nuit,
Comble-moi cette ornière. As-tu fait ? Oui, dit l’homme.
Or bien je vais t’aider, dit la voix : prends ton fouet.
— Je l’ai pris. Qu’est ceci ? mon char marche à souhait.
Hercule en soit loué. » Lors la voix « Tu vois comme
Tes chevaux aisément se sont tirés de là.
Aide-toi, le Ciel t’aidera. »

De la FOURBERIE je ne citerai que « Le Satyre et le Passant ». Cette petite fable nous offre cette particularité d’aboutir à une conclusion contraire à celle de « La Chauve-Souris et les deux Belettes ». Ici la franchise par la bouche du satyre énonce :

Ne plaise aux dieux que je couche
Avec vous sous le même toit.
Arrière ceux dont la bouche
Souffle le chaud et le froid.

Cinq fables justifiant la RAISON DU PLUS FORT. La première nous présente une étrange association : « La Génisse, la Chèvre et la Brebis, en société avec le Lion » et chassant avec lui. Au moment. du partage celui-ci déclara :

« Nous sommes quatre à partager la proie. »
Puis en autant de parts le cerf il dépeça,
Prit pour lui la première en qualité de sire :
« Elle doit être à moi, dit-il, et la raison,
C’est que je m’appelle Lion :
A cela l’on n’a rien à dire.
La seconde par droit me doit échoir encor :
Ce droit, sous le savez, c’est le droit du plus fort.
Comme le plus vaillant je prétends la troisième.
Si quelqu’une de vous touche à la quatrième.
Je l’étranglerai tout d’abord. »

« Le Loup et l’Agneau est une fable trop connue pour y insister. Je cite seulement le commencement :

La raison du plus fort est toujours la meilleure
Nous l’allons montrer tout à l’heure.

« Le Milan et le Rossignol » nous montre un malheureux rossignol argumentant et essayant de sauver sa vie par la virtuosité de son chant mais Le milan alors lui réplique :

Vraiment nous voilà bien : lorsque je suis à jeun
Tu me viens parler de musique.
J’en parle bien aux rois — Quand un roi te prendra
Tu peux lui conter ces merveilles
Pour un milan il en rira.
Ventre affamé n’a point d’oreilles.

Mais c’est surtout dans « Les Animaux malades de la peste » que l’on trouve cette vérité démontrée avec la plus heureuse ironie. En voici quelques passages :

Sire, dit renard, vous êtes trop bon roi
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien ! manger moutons, canaille, sotte espèce.
Est-ce péché ? non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
L’âne explique alors sa tentation :
La faim, l’occasion, l’herbe tendre
Quelque diable aussi me poussant
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
C’était donc lui le plus coupable :
Ce pelé, ce galeux d’où venait tout le mal.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Bien que la mort n’était capable
D’expier son forfait. On le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

À suivre ) Ixigrec


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